Explorer la jurisprudence islamique – Volume 03 Numéro 40
La Pureté Rituelle (Taharah) en Jurisprudence Islamique (10)
Les agents purificateurs (Muṭahhirāt) (4) : L’évaporation des deux tiers du jus de raisin non-pasteurisé, la purification des bâtiments et des bassins, et la purification liée aux dépouilles (maytah)
Dans cette section sont présentés les derniers agents de purification rituelle, notamment « l’évaporation des deux tiers du jus de raisin non-pasteurisé », « la purification autonome de l’agent purificateur », ainsi que « les méthodes de purification des lieux et des bâtiments » et « les règles relatives aux dépouilles (maytah) ».
Critères jurisprudentiels et règles juridiques
A) L’évaporation des deux tiers du jus de raisin non-pasteurisé (‘Aṣīr ‘Inabī)
Si le jus de raisin est porté à ébullition sous l’action de la chaleur ou du feu, sa consommation devient interdite (ḥarām). Cependant, si la cuisson se poursuit jusqu’à l’évaporation des deux tiers du liquide et qu’il n’en reste qu’un tiers, il redevient rituellement pur (ṭāhir) et licite à la consommation.
Statut du jus de raisin non-pasteurisé entrant spontanément en ébullition due à la fermentation
- Ayatollahs Khamenei et Sistani : Il est intrinsèquement impur (najis) et interdit à la consommation (ḥarām) ; le faire réduire des deux tiers sur le feu ne le purifie pas. Le seul moyen pour qu’il redevienne pur est qu’il se transforme en vinaigre (inqilāb).
- Ayatollah Makarem Shirazi : Il n’est pas impur (najis), mais sa consommation est interdite (ḥarām) ; il redevient licite (ḥalāl) s’il est réduit des deux tiers par la cuisson ou s’il se transforme en vinaigre.
B) La purification autonome de l’agent purificateur
Lorsqu’un objet rituellement impur (najis) est lavé à l’eau, l’eau résiduelle du lavage (ghusālah), les mains et le récipient utilisés sont purifiés par contrecoup, du fait même de la purification de l’objet.
Purification du sol à l’eau de faible quantité (Mā’ Qalīl)
- Principe commun : En cas d’impureté causée par l’urine, il est obligatoire d’absorber et d’évacuer l’eau de lavage résiduelle (ghusālah).
- Divergences d’avis (Fatāwā) :
- Ayatollahs Khamenei et Makarem Shirazi : Il est nécessaire de verser l’eau à deux reprises.
- Ayatollah Sistani : Un seul versement d’eau suffit, à condition que la souillure d’urine (‘ayn al-najāsah) ait préalablement disparu.
C) Purification du sol, des murs et des bâtiments
Pour purifier un sol, un revêtement de salle, un pavage ou un mur devenus impurs (najis) :
- Élimination de la souillure : L’impureté matérielle (‘ayn al-najāsah) doit impérativement être retirée au préalable.
- Lavage à l’eau courante ou de grande quantité : En cas de lavage à l’eau de kurr ou à l’eau courante du robinet, la surface devient pure dès que l’eau l’atteint et la lave ; il n’est pas nécessaire d’évacuer l’eau de lavage (ghusālah).
- Purification à l’eau de faible quantité : Si la purification est effectuée au moyen d’une eau en faible quantité (mā’ qalīl, tirée par exemple d’une cruche ou d’un pichet), il convient d’en verser sur la surface, puis d’absorber ou de balayer l’eau résiduelle à l’aide d’un chiffon afin d’obtenir la pureté.
D) Purification des bassins et des piscines
- Bassins raccordés à une eau de kurr ou à une eau courante : Si une impureté y pénètre sans en altérer l’odeur, la couleur ni le goût, l’ensemble de l’eau demeure pur. En cas d’altération, le raccordement à l’eau de kurr doit être maintenu jusqu’à la disparition complète de la modification.
- Bassins vides : Si les parois ou le fond sont impurs (najis), leur lavage à l’eau de kurr purifie l’ensemble des surfaces dès que l’eau s’y écoule.
E) Purification liée aux dépouilles (Maytah)
- Dépouilles d’animaux : Si le corps ou un vêtement entre en contact direct (avec transfert d’humidité) avec la dépouille d’un animal à sang jaillissant, il devient impur (najis) ; un unique lavage à l’eau de kurr suffit alors à le purifier.
- Dépouilles humaines (Mayyit) : Le contact direct avec un corps humain, après son refroidissement complet et avant l’accomplissement du lavage funèbre (ghusl al-mayyit), rend la zone touchée impure (najis), ce qui exige un seul lavage pour être purifié. En outre, la grande ablution liée au toucher de la dépouille (ghusl mass al-mayyit) devient obligatoire pour pouvoir accomplir la prière.
Purification des récipients rendus impurs (najis) par un chien, un porc ou une dépouille
- Récipient léché ou touché par un chien : Il doit d’abord être frotté avec de la terre (ta‘fīr / khākmāl), puis lavé deux fois à l’eau de faible quantité (mā’ qalīl) ou une fois à l’eau de kurr.
- Récipient souillé par un porc, du vin ou une souris morte :
- Ayatollahs Khamenei et Makarem Shirazi : Il doit être lavé sept fois.
- Ayatollah Sistani : Un récipient ayant contenu du vin doit être lavé trois fois ; le lavage à sept reprises relève d’une précaution recommandée (iḥtiyāṭ mustaḥabb).
Questions courantes (selon les autorités contemporaines)
A) Éclaboussures d’eau de kurr lors de la purification. Les éclaboussures provenant de l’eau du robinet restent pures, à condition qu’aucune impureté matérielle (‘ayn al-najāsah) n’y soit visible et qu’elles n’aient pas pris l’odeur de la souillure.
B) Purification d’un petit bassin non raccordé à l’eau de L’eau impure (najis) doit être vidangée, les parois et le fond lavés, puis l’eau de lavage complètement retirée ; le fait de remplir à nouveau le bassin avec de l’eau pure le rend alors pure.
C) Contact d’un vêtement avec la dépouille d’un animal licite à la consommation. Si la dépouille est sèche et qu’il n’y a aucun transfert d’humidité, le vêtement ne devient pas impur (najis). En revanche, si l’un des deux est humide, la zone de contact devient impure et doit être lavée.
La facilité de la loi islamique et messages pédagogiques et éthiques
- Facilité de la Loi (Sharī‘ah) via la purification à l’eau de kurr : Le raccordement à l’eau courante simplifie considérablement la purification des lieux et dispense de l’obligation d’absorber ou d’évacuer l’eau de lavage.
- Dignité du corps humain à travers le toucher de la dépouille (mass al-mayyit) : L’obligation de l’ablution majeure et de la purification rappelle le respect fondamental dû à la personne humaine, y compris après la mort.
Méthode 1 : Purification à l’eau de kurr (eau du robinet)
C’est la méthode la plus simple et la plus courante, car elle ne nécessite pas l’extraction complète de l’eau absorbée.
- Retirer préalablement toute trace physique de la souillure (‘ayn al-najāsah).
- Faire couler l’eau directement sur la zone impure (najis).
- Presser légèrement afin de faire pénétrer et circuler l’eau au cœur des fibres du tapis (l’eau qui s’en écoule est alors réputée pure).
- Dès l’arrivée de l’eau de kurr et sous l’effet de cette légère pression, le tapis devient immédiatement pur (ṭāhir).
Remarque : Pour les moquettes fixées ou les tapis tenant au sol, il suffit d’essuyer la surface avec un chiffon pour absorber l’excès d’eau.
Méthode 2 : Purification à l’eau de faible quantité (Mā’ Qalīl)
- Élimination de la souillure : Retirer préalablement l’impureté matérielle (‘ayn al-najāsah).
- Verser l’eau : Arroser la zone touchée.
- Extraction du liquide : Presser le tapis pour en expulser et en évacuer l’eau de lavage (ghusālah), laquelle est considérée comme impure (najis).
Nombre de lavages requis :
- Impuretés autres que l’urine : Un seul lavage suffit.
- Urine : Deux lavages sont obligatoires.
Notes pratiques et divergences juridiques
- Pression ou essorage sous l’eau de kurr :
- Ayatollahs Khamenei et Makarem Shirazi : Exigé.
- Ayatollah Sistani : Non exigé si l’eau de kurr pénètre le tissu ; l’essorage relève d’une précaution recommandée (iḥtiyāṭ mustaḥabb).
- Utilisation d’injecteurs-extracteurs (nettoyeurs de tapis) :
- Si l’appareil est raccordé à l’eau de kurr (eau courante) et aspire simultanément l’eau résiduelle, le tapis devient immédiatement pur.
- Si l’appareil fonctionne à l’eau de faible quantité (mā’ qalīl), la purification n’est valide que pour les impuretés autres que l’urine ; en cas de souillure par l’urine, le processus doit obligatoirement être exécuté deux fois.
Questions courantes (selon les autorités contemporaines)
- Pénétration de l’impureté sous le tapis : L’eau de kurr doit obligatoirement atteindre la face inférieure du tapis pour que celle-ci soit purifiée.
- Propagation de l’impureté à l’ensemble du domicile : L’impureté ne se transmet que par le biais d’une humidité transférable (ruṭūbah surā’iyyah) ; un tapis sec ne propage pas la souillure.
Réponses aux questions fréquentes concernant le jus de raisin non-pasteurisé, l’ébullition et la fermentation
Q1) La règle de l’évaporation des deux tiers s’applique-t-elle à tous les alcools ?
Non ; elle s’applique exclusivement qu’au jus de raisin. Les autres boissons alcoolisées (khamr) ne deviennent pures que par leur conversion effective en vinaigre (inqilāb).
Q2) Quelle est la différence entre l’« ébullition sous l’effet de la chaleur » et la « fermentation » ?
- Ébullition due à la chaleur : Même sans aucune production d’alcool, le liquide devient interdit à la consommation (ḥarām). Il redevient toutefois licite (ḥalāl) dès lors que les deux tiers s’en évaporent sous l’action du feu.
Fermentation : De l’alcool y est produit, le classant ainsi parmi les boissons enivrantes (muskir). Le liquide devient intrinsèquement impur (najis) et interdit (ḥarām) ; la simple ébullition par le feu ne suffit pas à le purifier.
Q3) Quel est le statut du jus de raisin non-pasteurisé entrant spontanément en ébullition ?
- Ayatollahs Khamenei et Sistani : Il est najis et ḥarām ; sa mutation en vinaigre (inqilāb) constitue son unique mode de purification.
- Ayatollah Makarem Shirazi : Il n’est pas najis, mais sa consommation est ḥarām. Il redevient licite (ḥalāl) par la réduction des deux tiers à la cuisson ou par sa transformation en vinaigre.
Q4) Ajout dans un plat de jus de raisin bouilli n’ayant pas réduit des deux tiers :
La consommation du plat est interdite (ḥarām), à moins d’avoir la certitude que les deux tiers de ce jus de raisin spécifique se sont évaporés au cours de la cuisson.
Q5) Ébullition des dattes, des raisins secs (mawīz) dans les aliments :
Leur ébullition au sein des préparations culinaires (qu’il s’agisse de mijotés ou de fritures) ne provoque ni impureté ni interdiction : leur consommation reste entièrement licite (ḥalāl).
sélection de la rédaction
Actualités par boîte de réception
Abonnez-vous à la newsletter.

