Thème de la semaine – Volume 03 Numéro 44
L’importance du moment opportun dans l’histoire, la foi et la vie quotidienne
L’art d’agir au bon moment : Du soulèvement des Tawwabin à nos responsabilités d’aujourd’hui
Seyed Hashem Moosavi
Introduction :
Dans notre vie personnelle comme dans l’histoire des peuples, certains moments ont une valeur qu’aucune horloge ni aucun calendrier ne peut mesurer. Une décision avisée peut changer le cours de l’avenir, tandis que l’hésitation peut causer des torts que des années d’efforts ne parviendront peut-être jamais à réparer. Parfois, le problème ne vient ni d’une incapacité à reconnaître la vérité ni d’un refus de faire des sacrifices : c’est simplement que nous faisons un pas en avant une fois que l’opportunité cruciale est déjà passée.
L’histoire islamique offre des exemples saisissants de cette réalité. Parmi les plus éclairants figure le soulèvement des Tawwabin (les « Pénitents ») : plusieurs milliers d’hommes de Kufa qui, au lendemain de la tragédie d’Achoura, se sont soulevés, rongés par le remords, pour venger l’Imam Husayn (que la paix soit sur lui), le Maître des martyrs, et ont sacrifié leur vie. Pourtant, pour avoir manqué le moment opportun, cet immense sacrifice n’a pu ni changer le cours des événements déjà survenus, ni empêcher cette terrible tragédie. Réfléchir à leur parcours nous aide à comprendre la nécessité de prendre des décisions et d’agir au moment propice, que ce soit dans notre vie personnelle, familiale et sociale, ou dans notre préparation à la venue de l’Imam al-Mahdi (qu’Allah hâte sa noble réapparition).
Leur remords et leur sacrifice méritent une profonde réflexion. Pourtant, une question douloureuse demeure : si cette détermination née après Achoura s’était manifestée sous la forme d’un soutien concret au préalable, quelles opportunités auraient pu s’ouvrir pour défendre la vérité ? L’histoire des Tawwabin nous place face à une interrogation toujours vivante aujourd’hui : accomplissons-nous nos devoirs du jour dès aujourd’hui, ou nous condamnons-nous à n’avoir demain que des regrets ?
Les Tawwabin et l’opportunité manquée d’éviter la tragédie
D’après les récits historiques les plus répandus, la mobilisation publique des Tawwabin, menée par Sulayman ibn Surad al-Khuza‘i, a débuté au début du mois de Rabi‘ al-Thani de l’an 65 de l’Hégire, après la mort de Yazid. Elle visait le pouvoir omeyyade sous la période marwanide. Selon les sources, environ quatre mille hommes se sont rassemblés au départ, bien que les chiffres varient d’une étape à l’autre de leur mouvement. Lors de la bataille d’‘Ayn al-Warda, Sulayman et bon nombre de ses compagnons ont été tués, tandis qu’un groupe est revenu sous la conduite de Rifa‘a ibn Shaddad.[1]
Pour bien les évaluer, il convient d’éviter de mettre tous les individus sur le même plan ou de traiter les motifs d’absence de manière uniforme. Toute affirmation détaillée concernant l’attitude d’une personne en particulier lors du soulèvement de Muslim ibn ‘Aqil (que la paix soit sur lui) exige des preuves historiques autonomes. Ce qui importe ici, c’est la prise de conscience collective au sein du mouvement d’avoir manqué à soutenir l’Imam (que la paix soit sur lui) au moment opportun, suivie de leur effort pour racheter cette faute.
Nous ne pouvons affirmer avec certitude que la présence de deux mille partisans ou plus aux côtés du représentant de l’Imam dès le départ aurait nécessairement porté l’Imam Husayn (que la paix soit sur lui) au pouvoir à Kufa et renversé la domination omeyyade. Nous pouvons en revanche affirmer avec certitude qu’un soutien organisé et apporté au moment opportun aurait multiplié les occasions de défendre l’Imam (que la paix soit sur lui) ainsi que son représentant, et aurait rendu leur isolement beaucoup plus difficile. Une force mobilisée trop tard, en dehors de la période où elle aurait pu faire toute la différence, n’était plus en mesure d’empêcher la tragédie d’Achoura.
Le soulèvement des Tawwabin n’a pas été totalement vain. Il a exprimé une protestation claire contre le crime de Karbala et la volonté d’assumer le coût de la fidélité. Pourtant, la valeur du repentir et du sacrifice ne saurait remplacer la capacité de réparer les pertes du passé. Ils ont pu rejeter leurs manquements passés, mais ils ne pouvaient plus récupérer l’opportunité de soutenir l’Imam (que la paix soit sur lui) avant son martyre.
En expliquant cette leçon, l’ayatollah Khamenei (qu’Allah lui fasse miséricorde) a souligné la différence entre l’accomplissement d’un devoir au moment opportun et l’action menée une fois que l’occasion est passée. La leçon essentielle est que l’ampleur d’un sacrifice ne suffit pas à elle seule à garantir son efficacité : le moment exact où l’on choisit de s’engager façonne également l’issue des événements.[2]
La voie coranique : de la réflexion et de la consultation à l’action
Le Coran appelle les croyants à agir avec discernement et résolution. Ses enseignements rappellent clairement que les bonnes actions ne doivent pas être retardées par une attente indéfinie :
«فَاسْتَبِقُوا الْخَيْرَاتِ»
« Rivalisez donc dans les bonnes œuvres. »
(Al-Baqarah, 2 :148)
Ailleurs, il décrit la relation entre la consultation mutuelle et la prise de décision :
«وَشَاوِرْهُمْ فِي الْأَمْرِ فَإِذَا عَزَمْتَ فَتَوَكَّلْ عَلَى اللَّهِ»
« Et consulte-les à propos des affaires ; puis, une fois que tu t’es décidé, confie-toi donc à Allah. »
(Ali ‘Imran, 3 :159)
Ce verset propose un modèle d’action très clair : la décision doit découler d’une réflexion approfondie et de la concertation, mais dès lors que la voie à suivre est éclairée, il ne faut plus se laisser paralyser par l’hésitation. La confiance en Allah offre la force d’agir après avoir tranché. Une fois les préparatifs raisonnables accomplis, le croyant ne s’attarde pas à attendre que chaque résultat soit garanti d’avance.
Le Coran va jusqu’à distinguer la valeur d’actions en apparence similaires selon les circonstances et le contexte dans lesquels elles sont accomplies :
«لَا يَسْتَوِي مِنْكُمْ مَنْ أَنْفَقَ مِنْ قَبْلِ الْفَتْحِ وَقَاتَلَ»
« On ne peut comparer cependant celui d’entre vous qui a donné ses biens et combattu avant la conquête [et les autres] … » (Al-Hadid, 57 :10)
Apporter son soutien dans les moments d’épreuve, lorsque l’issue demeure incertaine et que les partisans sont rares, n’a pas la même portée que se joindre à une cause une fois le danger écarté. Ce principe s’applique tout autant à notre quotidien : tendre la main à une famille avant qu’elle ne se déchire, être à l’écoute d’un enfant avant que les liens affectifs ne se rompent, ou défendre la réputation d’un innocent avant que la calomnie ne se propage sont autant d’actes dont la valeur ne pourra jamais être totalement égalée par des interventions tardives.
Trouver le juste équilibre entre précipitation et hésitation
Mettre l’accent sur l’importance d’agir au moment opportun ne signifie nullement cautionner les décisions irréfléchies. Dans ses instructions adressées à Malik al-Ashtar, le Prince des croyants, l’Imam ‘Ali (que la paix soit sur lui), met en garde :
«وَإِيَّاكَ وَالْعَجَلَةَ بِالْأُمُورِ قَبْلَ أَوَانِهَا، أَوِ التَّسَاقُطَ فِيهَا عِنْدَ إِمْكَانِهَا»
« Garde-toi d’agiter les affaires avant qu’elles ne soient mûres, tout comme de faire preuve de lenteur lorsqu’elles deviennent réalisables. »
(Nahj al-Balagha, Lettre 53, instructions à Malik al-Ashtar.)[3]
Dans la suite de ce même passage, l’Imam (que la paix soit sur lui) souligne la nécessité de placer chaque chose à sa juste place et de mener chaque action au moment approprié. Nous devons donc nous préserver de deux erreurs : agir avant que les conditions nécessaires ne soient réunies, et temporiser lorsque notre devoir est clair et que l’action est réalisable. Parfois, une discussion délicate doit attendre que les esprits se soient apaisés ; à d’autres moments, ce même retard risque de léser les droits de quelqu’un.
L’Imam al-Sadiq (que la paix soit sur lui) rapporte de son noble père :
«إِذَا هَمَمْتَ بِخَيْرٍ فَبَادِرْ، فَإِنَّكَ لَا تَدْرِي مَا يَحْدُثُ»
« Lorsque tu as l’intention d’accomplir un bien, hâte-toi d’agir, car tu ne sais pas ce qui peut advenir. »
(Wasa’il al-Shi‘a, vol. 1, p. 111, Abwab Muqaddimat al-‘Ibadat, chapitre 27, hadith 2)
Cette recommandation vise les actions dont la valeur morale est déjà établie. Lorsque les conséquences d’un acte demeurent incertaines, une réflexion approfondie s’impose. Tout l’art de saisir le moment opportun réside dans cette capacité de discernement : savoir quand mûrir davantage sa pensée, et quand cesser d’hésiter pour passer à l’action.
Le peuple de Yûnus et Pharaon : deux dénouements opposés
Au sein d’une même sourate, le Coran met en regard deux scènes saisissantes de prise de conscience. Au sujet du peuple de Yûnus, il déclare:
« إِلَّا قَوْمَ يُونُسَ لَمَّا آمَنُوا كَشَفْنَا عَنْهُمْ عَذَابَ الْخِزْيِ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَمَتَّعْنَاهُمْ إِلَىٰ حِينٍ »
« Si seulement il y avait, à part le peuple de Jonas (Yûnus), une cité qui ait cru et à qui sa croyance eut ensuite profité ! Lorsqu’ils eurent cru, Nous leur enlevâmes le châtiment d’ignominie dans la vie présente et leur donnâmes jouissance pour un certain temps. »
(Yûnus, 10 :98)
Ce peuple a su faire marche arrière, et ce retour a transformé son destin collectif. Ce verset met en lumière le fait qu’un avertissement peut conduire à un éveil et à une réforme avant que le châtiment ne survienne. Une communauté qui sait reconnaître les signes du danger et rectifier sa trajectoire peut ainsi préserver son avenir.
À l’inverse, Pharaon n’a proclamé sa foi qu’au moment ultime de la noyade. La réponse divine fut alors:
« آلْآنَ وَقَدْ عَصَيْتَ قَبْلُ وَكُنْتَ مِنَ الْمُفْسِدِينَ »
« [Allah dit] : Maintenant ? Alors qu’auparavant tu as désobéi et que tu as été du nombre des corrupteurs ! » (Yûnus, 10 :91)
Il ne s’agit pas ici d’un simple retard de quelques minutes. Pharaon avait épuisé son temps de libre choix et d’obéissance dans la rébellion, pour ne manifester sa soumission qu’une fois confronté à la mort. Le Coran distingue ainsi clairement le repentir formulé à l’agonie de celui qui intervient tant que l’opportunité de la vie demeure offerte[4].
Ces deux récits offrent également un enseignement précieux pour nos familles et nos communautés : il est essentiel de prêter attention aux avertissements tant qu’un changement de direction reste possible. Corriger une petite erreur dès le départ permet bien souvent d’éviter des conséquences bien plus lourdes par la suite, tandis que le refus répété de voir les signaux d’alarme ne fait qu’amenuiser nos choix.
Al-Hurr et l’opportunité préservée
Si les Tawwabin nous rappellent le regret d’une occasion manquée, Al-Hurr ibn Yazid al-Riyahi démontre quant à lui qu’il ne faut jamais désespérer de se réformer tant qu’une véritable opportunité subsiste. Dans Al-Irshad, le Cheikh al-Mufid rapporte que le jour d’Achoura, au moment de faire le choix d’enjoindre les rangs de l’Imam Husayn (que la paix soit sur lui), Al-Hurr déclara :
« إِنِّي وَاللَّهِ أُخَيِّرُ نَفْسِي بَيْنَ الْجَنَّةِ وَالنَّارِ »
« Par Allah, je me vois choisir entre le Paradis et l’Enfer. »
(Cheikh al-Mufid, Al-Irshad, vol. 2, p. 99)
Ce jour-même, il quitta l’armée adverse pour se hâter aux côtés de l’Imam (que la paix soit sur lui). S’il avait manqué les occasions précédentes, il ne gâcha pas celle qui s’offrait encore à lui. Son histoire vient parachever l’enseignement des Tawwabin : nous ne devons ni retarder notre retour jusqu’à ce que toute possibilité d’action s’éteigne, ni prétexter qu’il est trop tard pour abandonner un devoir qu’il est encore possible d’accomplir.
Le remords devient constructif dès lors que nous nous posons ces questions : quelle obligation m’incombe aujourd’hui, et quelle part du tort commis puis-je encore réparer ?
Le foyer et l’impact durable des petites décisions
Tout le monde n’est pas confronté à de grands choix historiques, mais chacun de nous a l’occasion d’agir à son échelle, selon sa propre situation. Pour des parents, cela peut être le moment où un enfant anxieux cherche du réconfort auprès d’eux. Pour un conjoint, c’est l’instant où son partenaire, épuisé, a simplement besoin d’être écouté. Pour un enfant devenu adulte, c’est le moment où un parent âgé exprime un besoin sans même prononcer un mot. Chacune de ces situations peut être l’instant précis où le devoir nous appelle.
Dans ses orientations sur la manière de traiter ses parents, le Coran enseigne :
« فَلَا تَقُلْ لَهُمَا أُفٍّ وَلَا تَنْهَرْهُمَا وَقُلْ لَهُمَا قَوْلًا كَرِيمًا »
« …ne leur dis point : “Fi ! ” Et ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles affectueuses. » (Al-Isra’, 17 :23)
Cette bienveillance doit s’exprimer tout particulièrement lorsque nous sommes fatigués ou sous pression. Quelques minutes d’écoute sans jugement, un mot de remerciement sincère ou la simple reconnaissance d’une peine « je sais que cette journée a été difficile pour toi », peuvent consolider un lien fragile au moment exact où il en a le plus besoin. À l’inverse, humilier son conjoint en public ou reprocher son échec à un enfant dans un moment de vulnérabilité peut laisser des blessures durables.
Certes, une seule marque d’affection ne suffit pas à garantir la stabilité d’un foyer : la confiance se bâtit par une attitude constante. Cependant, certains instants revêtent un poids particulier. Offrir de la tendresse quand elle est nécessaire et faire preuve de respect au cœur d’un désaccord révèlent la véritable portée de cette constance au quotidien.
Le moment et le cadre d’une discussion ont tout autant d’importance. Une préoccupation qui aurait pu être abordée en privé et avec sérénité risque de susciter le rejet et la blessure si elle est exprimée en public sur un ton humiliant.
Responsabilité sociale et conséquences du silence
Dans la vie en société, l’attentisme ne se traduit pas toujours par de la neutralité. Lorsqu’une rumeur menace la réputation d’une personne, un rectificatif publié après que l’accusation s’est propagée ne touchera peut-être jamais tous ceux qui ont entendu la première version. De même, lorsqu’un droit est bafoué, une aide apportée une fois l’opportunité envolée ne saurait remplacer un soutien offert au moment précis du besoin. Qu’il s’agisse de responsables, d’enseignants, de figures religieuses ou de professionnels des médias, chacun porte une responsabilité proportionnelle à son autorité et à son influence.
Toutefois, prendre position au moment opportun ne signifie pas réagir à chaud à chaque information. Le Coran enjoint :
« فَتَبَيَّنُوا »
« Vérifiez les faits. » (Al-Hujurat, 49 :6)
Parfois, notre responsabilité immédiate consiste à cesser de colporter un bruit non vérifié pour commencer à enquêter. À d’autres moments, une fois la vérité mise en lumière, un silence prolongé ne fait qu’entretenir l’injustice. La promptitude doit donc toujours aller de pair avec l’exactitude et la justice.
L’attente de l’Imam et la pratique de la fidélité au quotidien
Cette perspective nous aide également à comprendre une dimension clé de la préparation spirituelle liée à l’attente de l’Imam al-Mahdi (qu’Allah hâte sa réapparition). L’amour pour l’Imam (que sa réapparition soit hâtée) prend véritablement racine dans la vie quotidienne lorsqu’il s’accompagne d’une disposition constante à honorer nos engagements envers lui. Nous exerçons cette préparation à travers l’honnêteté, la justice, l’entraide et l’accomplissement des responsabilités claires qui s’offrent à nous aujourd’hui.
L’incapacité des communautés passées à se préparer, leurs hésitations et leur manque de discernement pour agir au moment opportun auprès des Imams infaillibles (que la paix soit sur eux) ont conduit à l’occultation du guide désigné par Allah. La réapparition adviendra lorsque ses partisans auront pleinement compris la nécessité de leur présence et de leur devoir au moment opportun, et qu’ils seront prêts à agir.
Ceux qui attendent l’Imam (que sa réapparition soit hâtée) ont la responsabilité de se préparer et de soutenir la vérité. Quiconque remet sans cesse à plus tard un devoir clair et réalisable aujourd’hui devrait s’interroger sur sa capacité à assumer de plus grandes responsabilités. L’attente active et constructive nous rend plus responsables face aux opportunités dont nous disposons déjà.
Comment apprendre à reconnaître le moment opportun ?
Savoir reconnaître les exigences de son époque est une qualité essentielle chez une personne accomplie et responsable, mais cela nécessite bien plus que l’accumulation d’informations. L’Imam al-Sadiq (que la paix soit sur lui) enseigne :
« الْعَالِمُ بِزَمَانِهِ لَا تَهْجُمُ عَلَيْهِ اللَّوَابِسُ »
« Celui qui comprend son époque ne sera pas submergé par la confusion des choses. »
(Al-Kafi, vol. 1, p. 27, Livre de l’intelligence et de l’ignorance)
Plusieurs pratiques complémentaires peuvent nous aider à développer cette capacité de discernement :
1.Clarifier d’abord le devoir : Avant de chercher à déterminer le meilleur moment pour agir, nous devons définir clairement quelles sont nos obligations et quelle action relève réellement de nos compétences et de notre responsabilité. Une émotion intense, aussi vive soit-elle, ne suffit pas à instaurer un devoir.
2.Comprendre le contexte à travers des sources fiables : Il nous faut prendre la mesure des besoins réels de notre famille, de la situation au sein de la société, de nos propres capacités et des conséquences probables de notre action. Comprendre son époque, c’est savoir appréhender les individus, les relations humaines et l’évolution des circonstances.
3.Accorder un temps proportionné à la réflexion et à la concertation : Un enjeu complexe exige une recherche plus approfondie ; néanmoins, une analyse sans fin peut également servir de prétexte à la peur. Il convient alors de se demander : quelles informations sont réellement indispensables pour prendre cette décision, et combien de temps pouvons-nous attendre sans causer de tort ?
4.Évaluer également le coût de l’inaction : Nous percevons généralement très bien les risques liés à l’action, mais nous accordons beaucoup moins d’attention aux risques du laisser-faire. Si je n’engage pas cette conversation, si je n’offre pas cette aide ou si je ne corrige pas cette erreur aujourd’hui, quelle opportunité s’en trouvera amoindrie demain ?
5.Examiner avec honnêteté les raisons de notre hésitation : La situation manque-t-elle réellement de clarté, ou sommes-nous inquiets pour notre confort, notre statut, notre réputation ou le regard des autres ? Parfois, ce que nous qualifions de « prudence » n’est rien d’autre qu’une appréhension que nous n’osons pas encore nous avouer.
6.Traduire la décision en un premier pas concret : Plutôt que de dire « je dois améliorer cette relation », fixons un moment précis pour échanger. Au lieu de se dire « quelqu’un devrait venir en aide à cette personne », définissons clairement notre contribution individuelle et les actes que nous allons poser. Une décision qui ne s’accompagne d’aucun pas pratique risque fort de rester un simple vœu pieux.
7.Bilan quotidien des opportunités : Qu’ai-je accompli au moment opportun aujourd’hui ? Qu’ai-je remis à plus tard sans raison valable ? Que puis-je encore corriger ? Cet examen de conscience doit conduire à des démarches réparatrices, car les reproches stériles envers soi-même risquent d’épuiser une nouvelle occasion d’agir.
Conclusion
Les Tawwabin nous enseignent qu’une disposition aux plus grands sacrifices ne parvient pas toujours à réparer une opportunité perdue. Le peuple de Yûnus démontre qu’un retour en arrière effectué à temps peut transformer le destin d’une communauté. L’histoire de Pharaon nous met en garde contre le fait de gaspiller notre liberté de choix jusqu’à ce que la mort nous surprenne. Enfin, Al-Hurr nous rappelle que tant que le soutien et la réforme restent possibles, il nous appartient de trancher.
Dans le foyer, au sein de la société et sur le chemin qui mène vers Allah, il est des instants où notre devoir apparaît clairement et où nous disposons des moyens d’agir. En de tels moments, un seul pas réfléchi peut nous épargner des années de regrets. Avant de nous chercher des excuses pour ce que nous avons négligé, nous devons saisir la chance de l’accomplir. Demain, nous serons peut-être capables de sacrifices plus grands encore, mais l’opportunité de servir qui s’offre à nous aujourd’hui aura peut-être disparu à jamais.
[1] Al-Tabari, Tarikh al-Tabari, événements de l’an 65 AH, récit de la mobilisation des Tawwabin et de la bataille d’‘Ayn al-Warda.
[2] Site officiel du bureau de l’ayatollah Khamenei, compte rendu de la rencontre avec la population de Qom, 19 Dey 1395 / 8 janvier 2017, sur l’accomplissement des devoirs au moment opportun, en référence aux Tawwabin.
[3] Certaines éditions rapportent des variantes de lecture pour al-tasaqut, notamment al-tasaqqut ou al-tathabbut).
[4] Coran, Al-Nisa’ 4:18.
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