Thème de la semaine – Volume 03 Numéro 05
Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux
Ali Akbar (que la paix soit sur lui) : un modèle de jeunesse consciente et guidée par la foi à l’ère de la crise identitaire
Seyed Hashem Moosavi
Introduction : La jeunesse d’aujourd’hui et la question oubliée du « pourquoi »
Le jeune d’aujourd’hui se tient face à plus de choix que jamais : choix de parcours de vie, d’identité, de mode de vie, et même du sens même de l’existence. De vastes opportunités, des libertés apparentes et un accès sans précédent à l’information se sont développés, parallèlement à un phénomène discret mais largement répandu : la crise identitaire.
Beaucoup de jeunes ne souffrent pas d’un manque d’options, mais d’un manque de sens. Des questions simples mais fondamentales demeurent sans réponse :
Pourquoi est-ce que je vis ?
Qu’est-ce qui mérite réellement qu’on s’y engage ?
La mort est-elle un échec ou un passage vers quelque chose au-delà ?
Le Saint Coran fait remonter l’origine de cette confusion à une vision du monde qui considère la vie comme dépourvue de sens, lorsque l’être humain suppose que la création n’a aucun but. Comme le Coran le demande :
أَفَحَسِبْتُمْ أَنَّمَا خَلَقْنَاكُمْ عَبَثًا وَأَنَّكُمْ إِلَيْنَا لَا تُرْجَعُونَ
« Pensiez-vous que Nous vous avions créés sans but, et que vous ne seriez pas ramenés vers Nous ? » (Sourate al-Mu’minun, 23:115)
Dans un tel contexte, revisiter l’Achoura n’est pas seulement un acte historique ou rituel ; c’est un retour à une école vivante de sens et d’identité. Parmi les figures de l’Achoura, la personnalité d’Ali Akbar (que la paix soit sur lui), le noble fils de l’Imam Husayn (que la paix soit sur eux deux), se distingue de manière particulière. Sa vie offre une réponse vivante et contemporaine à la crise de sens que rencontrent les jeunes d’aujourd’hui : un jeune homme qui s’est avancé sur le champ de bataille non pas poussé par une émotion brute, mais par une foi consciente, une clarté d’objectif et une profonde lucidité spirituelle.
La crise de sens : la lutte cachée de la jeunesse d’aujourd’hui
Le sens : un besoin humain fondamental
Un être humain peut survivre avec très peu sur le plan matériel, mais ne peut pas vivre sans sens. Le sens est la réponse à la question : « Pourquoi est-ce que je vis ? » La psychologie contemporaine confirme également cette vérité : une personne privée de sens, même entourée de confort et de prospérité, souffre inévitablement d’anxiété, de dépression et d’une profonde fatigue intérieure.
Le Saint Coran assimile la perte de sens à un effondrement existentiel, et non simplement à un déclin moral. Il déclare:
وَمَا خَلَقْنَا السَّمَاءَ وَالْأَرْضَ وَمَا بَيْنَهُمَا لَاعِبِينَ
« Nous n’avons pas créé les cieux et la terre et tout ce qui est entre eux en vain. » (Sourate al-Anbiyâ’, 21:16)
Autrement dit, lorsque la vie est perçue comme un jeu sans but, l’être humain perd progressivement sa cohérence intérieure et sa direction.
Signes de la crise de sens chez les jeunes d’aujourd’hui :
- Manque chronique de but et de finalité
- Fuite de la solitude par des divertissements excessifs
- Anxiété face à l’avenir
- Incapacité à endurer les difficultés et la souffrance
- Peur profonde et omniprésente de la mort
Cette crise n’est ni purement morale, ni simplement économique. Au cœur, il s’agit d’une crise de direction, d’une crise de sens.
Ali Akbar (que la paix soit sur lui) : un jeune homme à l’identité claire et au choix conscient
Ali Akbar (que la paix soit sur lui) se tient au cœur d’une crise immense, bien plus profonde que celles auxquelles font face les jeunes d’aujourd’hui. Devant lui ne se présente pas seulement la possibilité de la mort, mais la certitude du martyre. Pourtant, sa réponse à la mort n’est ni l’anxiété, ni l’hésitation.
La peur de la mort est souvent le produit d’une vie dépourvue de sens et de but. Une personne qui ignore pourquoi elle vit, qui n’a pas de destination claire, craint naturellement la fin, car chaque pas en avant semble la rapprocher du précipice.
Pour quelqu’un qui réduit tout sens à l’aisance matérielle et à la routine quotidienne, la mort représente la fin de tout. Cette fin paraît insupportablement douloureuse, car elle laisse derrière elle un profond sentiment d’incomplétude. Une personne dont le but n’est pas plus grand que soi-même a constamment l’impression de n’avoir « même pas commencé ». Pour elle, la mort est un voleur, qui lui ôte la chance de découvrir enfin le sens véritable de la vie.
Le Coran transforme radicalement notre perception de la mort. Du point de vue coranique, la peur de la mort prend racine dans deux causes : l’ignorance de la véritable nature de l’existence et l’attachement à une vie limitée et mondaine.
Le Coran ne décrit pas la mort comme une anéantissement, mais comme le tawaffī, la réception complète de l’âme par les anges. Pour celui dont le but dans la vie est le mouvement vers Dieu, « En vérité, nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous retournerons », la mort n’est pas une fin amère, mais un moment de rencontre, un retour à la véritable destination.
Dans la Sourate al-Jumu‘ah (versets 6–7), le Coran s’adresse à ceux qui se proclament choisis de Dieu mais qui craignent la mort, en disant :
ُلْ یَا أَیُّهَا الَّذِینَ هَادُوا إِنْ زَعَمْتُمْ أَنَّکُمْ أَوْلِیَاءُ لِلَّهِ مِنْ دُونِ النَّاسِ فَتَمَنَّوُا الْمَوْتَ إِنْ کُنْتُمْ صَادِقِینَ
« Dis : Ô vous, les Juifs, si vous prétendez être les alliés de Dieu à l’exclusion des autres, alors souhaitez la mort, si vous êtes véridiques. »
Le Coran explique ensuite la raison de leur peur : : «بِمَا قَدَّمَتْ أَیْدِیهِمْ — « À cause de ce que leurs propres mains ont avancé. »
Autrement dit, à cause de leurs actes vains et de leurs péchés. Cela montre clairement que l’action juste et pleine de sens donne à la vie sa valeur et supprime la peur de la mort.
En revanche, Ali Akbar (que la paix soit sur lui) ne voit pas la mort comme une menace, mais comme une épreuve qui confirme la justesse du chemin. Son courage ne naît ni de l’insouciance de la jeunesse ni de l’indifférence à la vie ; il est le fruit d’une clarté absolue de l’objectif. Il sait précisément pourquoi il vit et où il va, et n’a donc pas peur de la fin du chemin.
Toute cette vision du monde se révèle dans un dialogue bref mais profondément émouvant entre lui et son père. Sur le chemin de Karbala, l’Imam Husayn (que la paix soit sur lui) s’éveille d’un court sommeil et récite : «إِنَّا لِلّهِ وَ إِنَّا إِلَیْهِ رَاجِعُونَ»، — « En vérité, nous appartenons à Dieu, et c’est vers Lui que nous retournerons. »
Avec un calme remarquable, Ali Akbar (as) demande à son père pourquoi il a récité ce verset. L’Imam répond : « Mon fils, je me suis brièvement endormi et j’ai vu un cavalier qui disait : ‘Ces gens avancent, et la mort les suit également.’ J’ai compris que c’était l’annonce de notre mort. »
À ce moment décisif, Ali Akbar (as) pose une question fondamentale, révélant toute la profondeur de sa conscience : «بَلَى وَالَّذِي إِلَيْهِ مَرْجِعُ الْعِبَادِ؛ — « Ne sommes-nous pas sur la vérité ? ». Imam Husayn répond avec fermeté : «بَلَى وَالَّذِي إِلَيْهِ مَرْجِعُ الْعِبَادِ؛ — « Oui, par Celui vers qui tous les serviteurs retournent, nous sommes sur la vérité. »
Ali Akbar (as) prononce alors une phrase qui condense l’essence de la vie et de la mort :
ذًا لَا نُبَالِي أَنْ نَمُوتَ مُحِقِّينَ
« Alors, nous ne craignons pas de mourir tant que nous sommes dans le droit. »
À ce moment, l’Imam Husayn pria pour lui : « Que Dieu t’accorde la meilleure récompense qu’un fils puisse recevoir de son père. »
Cette déclaration n’est pas simplement un slogan héroïque ; elle reflète le résultat d’une vision complète du monde. Ali Akbar (as) ne considère pas la vie comme un but ultime, mais comme une préparation à la fidélité à la vérité. Dans sa compréhension, la valeur de la vie ne réside pas dans le fait de survivre, mais dans le fait d’être sur le droit chemin.
La mort n’effraie que celui qui ignore pourquoi il a vécu. Mais pour celui dont chaque instant est rempli de sens, la mort n’est rien d’autre qu’un passage d’un stade à un niveau supérieur. Le courage d’Ali Akbar (as) est celui de quelqu’un qui ne ressent aucune incomplétude intérieure. Il n’est pas quelqu’un qui « n’a pas encore commencé » ; il a atteint la plénitude de ce qu’il était destiné à être. C’est pourquoi la mort n’est pas pour lui un « voleur de sens », mais la preuve même du sens.
Selon la logique d’Ali Akbar (as), une vie sans but est plus terrifiante que la mort, et mourir sur le chemin de la vérité est la vie dans son sens le plus profond. C’est précisément la logique que le Coran enseigne : la peur de la mort naît de l’attachement à un monde limité et à des actions sans racines, tandis que la sérénité face à la mort est le fruit d’une vie juste, pleine de sens et centrée sur Dieu.
Une foi consciente : le pilier de l’identité d’Ali Akbar (que la paix soit sur lui)
Dans la vision coranique du monde, la foi (īmān) n’est pas une croyance statique ou purement intellectuelle. Elle est une force motrice, une manière de voir qui donne une orientation à la vie. Pour mieux comprendre, on peut comparer la foi à la lumière. La lumière n’est pas seulement quelque chose que l’on voit ; grâce à elle, tout devient visible et le chemin à suivre se révèle.
Un croyant ne voit pas le monde comme une suite d’événements aléatoires, mais comme des signes (āyāt) et des manifestations de la sagesse divine. Cette perspective confère à la vie à la fois sens et sécurité psychologique. Lorsque la foi pénètre le cœur comme une compréhension consciente et vécue, elle pose immédiatement une question pratique : Que dois-je faire ? C’est pourquoi, dans le Coran, la foi n’est presque jamais louée sans action juste. Une foi sans conséquence comportementale n’est, en réalité, pas véritablement foi.
De nombreux versets soulignent que la foi est une force qui oriente et transforme la vie. Le verset 257 de la Sourate al-Baqarah montre clairement que la foi transforme le mode même d’existence d’une personne :
اللَّهُ وَلِیُّ الَّذِینَ آمَنُوا یُخْرِجُهُمْ مِنَ الظُّلُمَاتِ إِلَى النُّور؛
« Ô vous qui croyez, répondez à Dieu et au Messager lorsqu’il vous appelle à ce qui vous donne la vie. »
Ici, l’appel de la foi est décrit comme un appel à la vie. Du point de vue coranique, une personne dépourvue de foi est considérée comme morte, même si elle est vivante sur le plan biologique. Cette « vie » est la compréhension qui permet à une personne d’avancer et de choisir correctement.
Dans la pensée islamique, la foi est un engagement conscient. Elle libère l’être humain de nombreux attachements insignifiants et humiliants et le lie à une vérité unique et immense. Comme le Coran le déclare :
مَن کَانَ یُرِیدُ الْعِزَّةَ فَلِلَّهِ الْعِزَّةُ جَمِیعًا
Quiconque cherche l’honneur, alors tout l’honneur appartient à Dieu.
Celui qui se relie à Dieu devient ‘azīz, c’est-à-dire digne, résistant et fort intérieurement. Une telle personne est véritablement libre, car elle n’est plus façonnée par la pression sociale ni par des forces extérieures qui cherchent à redéfinir son identité. En résumé, la foi dans le Coran est un nouvel angle de vue grâce auquel le monde acquiert du sens, ainsi qu’une feuille de route qui guide les pas d’une personne à travers les ténèbres morales et existentielles.
La sérénité d’Ali Akbar (que la paix soit sur lui) naît précisément de ce type de foi. Il est le fils d’un Imam, mais sa foi n’est ni héritée, ni habituelle, ni non examinée. Il s’agit d’une foi choisie et comprise. Sa question à son père est un signe clair de cette conscience : une question posée non par doute, mais par désir de certitude.
Sa question rappelle celle du Prophète Abraham (que la paix soit sur lui), lorsqu’il demanda à Dieu :
« Seigneur, montre-moi comment Tu fais vivre les morts. »
Dieu lui demanda : « Ne crois-tu pas ? »
Abraham répondit : «ولکن لیطمئن قلبی؛ « Oui, mais afin que mon cœur soit en paix. »
De la même manière, Ali Akbar (que la paix soit sur lui) cherche une certitude assurée. Il souhaite expérimenter la vérité du chemin avec tout son être, de sorte que les secousses de la crise ne puissent troubler sa sérénité intérieure.
C’est cela, la foi consciente : une foi qui apaise le cœur avant la tempête, qui éclaire le chemin au milieu de l’incertitude, et qui ancre l’identité dans la vérité plutôt que dans les circonstances.
Ali Akbar (que la paix soit sur lui) et la jeunesse d’aujourd’hui : une adaptation pédagogique
La différence des époques est indéniable, mais les questions restent les mêmes. Le jeune d’aujourd’hui se tient lui aussi à la croisée des chemins entre vérité et mensonge, sens et vide, choix conscient et dérive passive.
Le message d’Ali Akbar (que la paix soit sur lui) est que l’arène n’a pas besoin d’être un champ de bataille. Chaque jour est une arène où le sens se choisit. Pour atteindre la sérénité intérieure au milieu des tempêtes de la vie, il faut dépasser les croyances héritées ou imposées par l’identité et parvenir à la certitude choisie et vécue.
Dans cette vision du monde, le succès n’est ni la richesse, ni la renommée ; il consiste dans la fidélité au sens. Ali Akbar (que la paix soit sur lui), bien qu’il soit décrit comme celui qui ressemblait le plus au Prophète par son apparence et son caractère, est véritablement remarquable non pas seulement pour cette ressemblance, mais parce qu’il l’a préservée par sa volonté consciente et est resté fidèle au sens de sa vie.
Selon la logique du Coran, être le fils de Noé ne suffisait pas pour le salut ; en revanche, les actions injustes rompaient le lien du sang. À l’inverse, Ali Akbar (que la paix soit sur lui) a relié sa lignée biologique à un engagement idéologique et moral. Les liens du sang seuls ne le définissaient pas, ce sont les valeurs choisies qui le faisaient.
Conclusion : L’Achoura, une école de sens pour la jeunesse d’aujourd’hui
L’Achoura n’est pas seulement un récit de larmes et de tristesse ; c’est une carte du sens. Ali Akbar (que la paix soit sur lui) incarne une forme de jeunesse qui :
- Réfléchit avec conscience
- Choisit librement
- Vit avec foi
- Et meurt avec sens
Il n’est pas un modèle d’engagement aveugle ou irréfléchi ; il est le modèle du croyant conscient et volontaire.
Dans un monde où la crise de sens a volé la sérénité intérieure, revenir à l’Achoura revient à revenir aux réponses, des réponses qui nous enseignent : lorsque le sens est clair, même la mort perd sa terreur
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