Thème de la semaine – Volume 03 Numéro 37

Topic of the Week - Volume 03 Issue 37
Last Updated: septembre 10, 2026By Categories: Thème de la semaine0 Comments on Thème de la semaine – Volume 03 Numéro 3716,1 min readViews: 5

Quand s’éteint la possibilité du repentir

Réflexion sur le récit du peuple du prophète Ṣāli (paix sur lui) et la philosophie du châtiment divin

Seyed Hashem Moosavi

Introduction 

Certains calendriers et écrits religieux situent au vingt-huitième jour du mois de Rabiʿ al-Awwal l’anniversaire du châtiment qui s’abattit sur le peuple du prophète Ṣāliḥ (paix sur lui). Le Coran ne précise pas cette date et toute attribution définitive nécessiterait des preuves historiques ou scripturaires plus explicites. Néanmoins, cette circonstance offre une occasion précieuse de revenir sur l’un des récits les plus édifiants du texte coranique.

L’intérêt de ce récit ne réside pas seulement dans l’anéantissement d’une population du passé. À travers lui, le Coran énonce des principes intemporels concernant le pouvoir et la responsabilité, la reconnaissance des bienfaits et l’ingratitude, la faute individuelle et la caution collective, ainsi que l’opportunité du repentir et le moment où s’achève le répit accordé aux hommes. Le peuple de Thamūd n’était ni arriéré ni démodé : il jouissait d’une civilisation prospère, d’une architecture remarquable et de ressources abondantes. Pourtant, lorsque la puissance matérielle s’est alliée à la corruption morale et à un refus obstiné de la vérité, même cette brillante civilisation n’a pu empêcher son propre effondrement.

Thamūd : une civilisation puissante sur des fondations ébranlées

Succédant au peuple d’ʿĀd, les Thamūd s’établirent dans la région d’al-Ḥijr. Le Coran souligne leur maîtrise technique dans l’art de tailler les montagnes pour y bâtir des demeures sécurisées :

«وَتَنْحِتُونَ مِنَ الْجِبَالِ بُيُوتًا فَارِهِينَ»

« Et vous taillez avec habileté des demeures dans les montagnes »

(Al-Shuʿaraʾ 26 :149).

Ils jouissaient de jardins, de sources, de cultures et de palmeraies verdoyantes. Pourtant, au lieu de susciter la gratitude et la dévotion, ces bienfaits éveillèrent chez beaucoup d’entre eux un sentiment d’autosuffisance, de supériorité et d’insoumission.

Dieu suscita parmi eux l’un des leurs, Ṣāliḥ, en qualité de prophète (paix sur lui). Si son appel débuta par le monothéisme, il ne se limita pas à la seule dévotion privée. Il leur rappela que Dieu les avait tirés de la terre et leur en avait confié le peuplement et la mise en valeur :

ه«هُوَ أَنْشَأَكُمْ مِنَ الْأَرْضِ وَاسْتَعْمَرَكُمْ فِيهَا فَاسْتَغْفِرُوهُ ثُمَّ تُوبُوا إِلَيْهِ»

« De la terre Il vous a créé, et Il vous l’a fait peupler (et exploiter). Implorez donc Son pardon, puis repentez-vous à Lui ! » (Hud, 11 :61)

L’exploitation des ressources terrestres doit dès lors s’accompagner de la foi, de la justice, du respect des droits d’autrui et du rejet de toute forme de corruption.

En guise de preuve de la mission de Ṣāliḥ, une chamelle fut donnée au peuple comme « un signe de Dieu ». Ṣāliḥ les mettait en garde contre toute atteinte à son égard et leur enjoignait de respecter la part d’eau qui lui était attribuée :

«هَٰذِهِ نَاقَةُ اللَّهِ لَكُمْ آيَةً ۖ فَذَرُوهَا تَأْكُلْ فِي أَرْضِ اللَّهِ وَلَا تَمَسُّوهَا بِسُوءٍ فَيَأْخُذَكُمْ عَذَابٌ أَلِيمٌ»

« …voici la chamelle d’Allah, un signe pour vous. Laissez-la donc manger sur la terre d’Allah et ne lui faites aucun mal ; sinon un châtiment douloureux vous saisira. »

(Al-Aʿraf 7 :73)

La sourate Al-Shuʿaraʾ précise de même que l’eau était partagée entre la chamelle et le peuple, chacun disposant d’un jour déterminé pour s’abreuver (26 :155).

Au-delà de sa dimension miraculeuse, ce commandement constituait une épreuve face à leur cupidité : accepteraient-ils de renoncer à une partie de leurs privilèges par obéissance à Dieu et de reconnaître le droit d’une autre créature ? Leur réponse pragmatique fut négative. Un groupe de corrupteurs entrava la chamelle et la mit à mort. La sourate Al-Shams attribue l’acte direct au plus misérable d’entre eux

«إِذِ انْبَعَثَ أَشْقَاهَا» ,« lorsque s’élança le plus misérable d’entre eux »,, tout en tenant l’ensemble du peuple pour responsable «فَعَقَرُوهَا» « mais ils l’égorgèrent », car les autres avaient apporté leur concours ou leur approbation à ce crime.

L’imam Ali (que la paix soit sur lui), évoquant cet épisode, rappela qu’un seul homme avait égorgé la chamelle de Thamūd, mais que l’ensemble de la collectivité subit le châtiment parce qu’elle avait approuvé son acte. Cela traduit un principe essentiel de responsabilité sociale : le silence, le soutien ou la caution publique peuvent transformer le crime d’un individu en une faute collective à l’échelle de toute une société.

Après cet événement, Ṣāliḥ leur accorda un répit de trois jours :

«تَمَتَّعُوا فِي دَارِكُمْ ثَلَاثَةَ أَيَّامٍ ذَٰلِكَ وَعْدٌ غَيْرُ مَكْذُوبٍ»

« Jouissez (de vos biens) dans vos demeures pendant trois jours (encore) ! Voilà une promesse qui ne sera pas démentie. » (Hud, 11 :65)

Pourtant, au lieu de se repentir, une faction complota pour assassiner, de nuit, Ṣāliḥ et sa famille (al-Naml 27 :48–50). Ṣāliḥ et les croyants furent sauvés, tandis que le châtiment s’abattit sur les rebelles. Le Coran le qualifie tour à tour de Cri, de Secousse, de Foudre, de Calamité foudroyante ou de Destruction écrasante, autant de facettes d’un seul et même événement terrifiant. Ils gisaient inanimés dans leurs demeures fortifiées, comme s’ils n’y avaient jamais habité.

La philosophie du châtiment divin

Le châtiment divin ne saurait être assimilé aux accès de colère ou aux désirs de vengeance propres à la nature humaine. Dieu n’incrémente nullement Sa grandeur par la souffrance de Ses serviteurs, et Son jugement ne procède ni du besoin, ni de la haine, ni du ressentiment. Les châtiments ultimes qui ont frappé les nations passées constituaient l’accomplissement de la justice et la manifestation concrète de choix délibérés, maintenus alors même que la vérité leur avait été pleinement manifestée.

Le Coran souligne ainsi que Dieu ne punit aucun peuple avant de lui avoir envoyé un messager et d’avoir parachevé la preuve :

«وَمَا كُنَّا مُعَذِّبِينَ حَتَّى نَبْعَثَ رَسُولًا»

« Et Nous n’avons jamais puni [un peuple] avant de [lui] avoir envoyé un Messager. »

 (Al-Israʾ 17 :15)

Dieu ne détruit pas non plus une cité dont les habitants œuvrent sincèrement à la réforme :

«وَمَا كَانَ رَبُّكَ لِيُهْلِكَ الْقُرَىٰ بِظُلْمٍ وَأَهْلُهَا مُصْلِحُونَ»

« Et ton Seigneur n’est point tel à détruire injustement des cités dont les habitants sont des réformateurs. » (Hud, 11 :117)

Les châtiments divins incarnent dès lors plusieurs sagesses : premièrement, l’accomplissement de la justice face à l’oppression et à la corruption qui ont obstrué toute voie de réforme ; deuxièmement, la délivrance des croyants et des opprimés à l’égard d’un ordre corrompu ; troisièmement, la démonstration que la puissance, la richesse, la maîtrise technique et la force apparente ne sauraient sauver une société effondrée de l’intérieur ; et quatrièmement, la transformation d’un événement historique en un avertissement pérenne à l’intention des générations futures.

Le châtiment supprime-t-il toute possibilité de guidance ?

Le châtiment ultime infligé par Dieu ne constitue pas le point de départ de Son interaction avec un peuple ; il marque au contraire le terme d’un long processus d’appels, de raisonnements, de miracles, de mises en garde et de délais accordés. Le peuple de Thamūd entendit le message de Ṣāliḥ durant des années, fut témoin de signes divins et bénéficia encore de trois jours de grâce après la mise à mort de la chamelle. La possibilité de la guidance ne leur fut donc pas confisquée : ils ont sciemment gâché des occasions répétées de se raviver à la vérité.

Cependant, tant que le châtiment n’est pas devenu inéluctable et ne s’est pas matérialisé, la porte du repentir demeure ouverte. L’exemple le plus éloquent est celui du peuple de Yôunous (Jonas). En apercevant les signes annonciateurs du châtiment, ils se ressaisirent à temps, embrassèrent la foi et amendèrent leur conduite ; Dieu dissipa alors la menace qui pesait sur eux :

«لَمَّا آمَنُوا كَشَفْنَا عَنْهُمْ عَذَابَ الْخِزْيِ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَمَتَّعْنَاهُمْ إِلَىٰ حِينٍ»

« Lorsqu’ils eurent cru, Nous leur enlevâmes le châtiment d’ignominie dans la vie présente et leur donnâmes jouissance pour un certain temps. » (Yunus, 10 :98)

À l’inverse, une profession de foi tardive, exprimée dans l’urgence alors que la mort et l’effondrement sont devenus inéluctables, à l’image de Pharaon proclamant sa foi lors de sa noyade, ne relève plus d’un choix libre et constructif. À ce stade, la soumission n’émane plus d’une prise de conscience éclairée, mais de la contrainte.

Pourquoi les châtiments des nations passées ont différé

La diversité des châtiments divins à travers l’histoire ne relevait ni du hasard ni d’une démonstration arbitraire de puissance. Conformément aux principes coraniques, la peine infligée à chaque peuple répondait à la nature de ses crimes, à sa géographie, à sa structure sociale et, tout particulièrement, à la source spécifique de son orgueil. Le Coran résume cette loi spirituelle en ces termes :

«فَكُلًّا أَخَذْنَا بِذَنْبِهِ ۖ فَمِنْهُمْ مَنْ أَرْسَلْنَا عَلَيْهِ حَاصِبًا وَمِنْهُمْ مَنْ أَخَذَتْهُ الصَّيْحَةُ وَمِنْهُمْ مَنْ خَسَفْنَا بِهِ الْأَرْضَ وَمِنْهُمْ مَنْ أَغْرَقْنَا ۚ وَمَا كَانَ اللَّهُ لِيَظْلِمَهُمْ وَلَٰكِنْ كَانُوا أَنْفُسَهُمْ يَظْلِمُونَ»

« Nous saisîmes donc chacun pour son péché : Il y en eut sur qui Nous envoyâmes un ouragan ; il y en eut que le Cri saisit ; il y en eut que Nous fîmes engloutir par la terre ; et il y en eut que Nous noyâmes. Cependant, Allah ne fut pas tel à leur faire du tort, mais ils se firent du tort à eux-mêmes. » (Al-ʿAnkabut, 29 :40)

  • Le peuple de Nouh — Le Déluge : Par leurs railleries incessantes envers leur prophète (paix sur lui) et leur déni obstiné, ils façonnèrent une société irrémédiablement corrompue (Hud 11 :38). L’eau, élément matriciel de la vie, devint l’instrument d’anéantissement d’un peuple qui avait éteint toute possibilité de vie spirituelle (al-Shuʿaraʾ 26 :119–120).
  • Le peuple d’ʿĀd Un vent glacial et impétueux : Fiers de leur corpulence colossale et de leurs édifices monumentaux, ils s’interrogeaient :

«مَنْ أَشَدُّ مِنَّا قُوَّةً»

« Qui donc nous surpasse en force ? » (Fuṣṣilat 41 :15)

Dieu transforma l’élément le plus léger, l’air, en un vent glacial dévastateur qui balaya leurs corps vigoureux, les abattant comme des troncs de palmiers déracinés durant sept nuits et huit jours (al-Ḥaqqah 69 :6–7).

  • Thamūd — Le Cri et la secousse au cœur des montagnes : Bâtisseurs et artistes accomplis, ils taillaient des demeures fortifiées à même la roche. Ces refuges minéraux leur instillaient une fausse assurance. Or, leur châtiment ne prit pas la forme d’un assaut extérieur contre leurs structures, mais d’une onde sonore et vibratoire intérieurement destructrice, qui les foudroya au sein même de leurs habitations en apparence inexpugnables (al-Ḥijr 15 :80–83 ; Fuṣṣilat 41 :17 ; al-Aʿraf 7 :78).
  • Le peuple de Loth — Le renversement des cités et la pluie de pierres : Leur conduite ayant renversé l’ordre naturel des choses, la sanction appliquée renversa à son tour leurs cités :

«فَلَمَّا جَاءَ أَمْرُنَا جَعَلْنَا عَالِيَهَا سَافِلَهَا وَأَمْطَرْنَا عَلَيْهَا حِجَارَةً مِنْ سِجِّيلٍ مَنْضُودٍ»

« Et, lorsque vint Notre ordre, Nous renversâmes [la cité] de fond en comble, et fîmes pleuvoir sur elle en masse, des pierres d’argile succédant les unes aux autres, »

(Hud 11 :82)

  • Pharaon et ses troupes — La noyade dans le Nil : Pharaon tirait vanité de la puissance de l’Égypte et des fleuves qui coulaient à ses pieds :

«أَلَيْسَ لِي مُلْكُ مِصْرَ وَهَٰذِهِ الْأَنْهَارُ تَجْرِي مِنْ تَحْتِي»

« Le royaume de Misr [l’Egypte] ne m’appartient-il pas ainsi que ces canaux qui coulent à mes pieds ? » (Az-Zukhruf 43 :51)

Cette eau même, symbole de son hégémonie politique et économique, devint son tombeau et celui de ses armées, démontrant ainsi que le socle de puissance d’un oppresseur peut se muer en son piège le plus fatal (al-Baqarah 2 :50).

Cette correspondance rigoureuse révèle que, sous l’empire des lois divines, le moyen précis sur lequel les hommes fondent leur orgueil et leur sentiment de sécurité peut devenir le théâtre même de leur impuissance et de leur ruine.

Distinguer le châtiment divin des événements naturels contemporains

La logique du Coran et des traditions ne nous autorise pas à qualifier chaque catastrophe naturelle, maladie, inondation, séisme ou calamité sociale d’aujourd’hui de « châtiment divin ». Les causes déterminantes des fléaux ayant frappé les peuples anciens ne nous sont connues que par le biais de la Révélation et des récits prophétiques.

Les événements contemporains peuvent relever de multiples autres causes reconnues par le Coran : une épreuve divine destinée à favoriser l’élévation spirituelle (al-Baqarah, 2 :155) ; un avertissement pour susciter une prise de conscience et détourner l’humanité d’une voie erronée (al-Rum, 30 :41) ; la conséquence naturelle des agissements humains, tels que la mauvaise gestion ou la dégradation de l’environnement ; ou encore l’effet des lois physiques régissant la Terre.

Par conséquent, les principes éthiques et juridiques de l’Islam considèrent que porter un jugement péremptoire contre des populations éprouvées, en les accusant d’être frappées par un châtiment divin sans connaissance ni preuve scripturaire, constitue une humiliation injustifiée, une attribution sans fondement à Dieu et une faute grave en soi. L’imam Ali (que la paix soit sur lui) met également en garde contre la tentation de faire des malheurs d’autrui un prétexte à l’autosatisfaction morale et aux jugements hâtifs.

Les modes de réaction face aux avertissements divins

En analysant le comportement et la psychologie des sociétés anciennes face aux avertissements prophétiques et aux signes de la création, le Coran répertorie plusieurs types de réactions. Elles révèlent que la réponse d’un individu aux appels à l’éveil spirituel dépend des dispositions de son âme, selon qu’elle penche vers la vérité, l’orgueil ou l’humilité.

  • La raillerie et le dénigrement des prophètes (que la paix soit sur eux) : Certains peuples ont commencé par rejeter les avertissements et par tourner les messagers en dérision. Le Coran décrit cela comme une constante chez les nations rebelles :

يَا حَسْرَةً عَلَى الْعِبَادِ ۚ مَا يَأْتِيهِمْ مِنْ رَسُولٍ إِلَّا كَانُوا بِهِ يَسْتَهْزِئُونَ

« Hélas pour les esclaves [les humains] ! Jamais il ne leur vient de messager sans qu’ils ne s’en raillent. » (Ya Sin, 36 :30)

Les peuples de Nouh et de Loth en offrent des exemples emblématiques.

  • La superstition et l’imputation du malheur aux réformateurs : Au lieu d’examiner leur propre conduite, certains imputaient les sécheresses et les catastrophes aux prophètes (paix sur eux) et aux réformateurs. Le peuple de Pharaon considérait la prospérité comme un dû, mais dès qu’un malheur le frappait, il en attribuait la responsabilité à Moussa et à ses fidèles :

«وَإِنْ تُصِبْهُمْ سَيِّئَةٌ يَطَّيَّرُوا بِمُوسَىٰ وَمَنْ مَعَهُ»

« …et si un mal les atteignait, ils voyaient en Moïse et ceux qui étaient avec lui un mauvais augure. » (Al-Aʿraf, 7 :131)

  • La foi temporaire et la violation répétée des engagements : Certaines populations priaient et promettaient d’amender leur comportement à l’apparition d’une calamité, puis retournaient immédiatement à leurs habitudes dès qu’elle était écartée. Le peuple de Pharaon demanda à plusieurs reprises à Moussa de prier pour les délivrer de fléaux successifs, s’engageant à croire, avant de manquer à sa parole :

«فَلَمَّا كَشَفْنَا عَنْهُمُ الرِّجْزَ إِلَىٰ أَجَلٍ هُمْ بَالِغُوهُ إِذَا هُمْ يَنْكُثُونَ»

« Et quand Nous eûmes ôté d’eux le châtiment jusqu’au terme fixé qu’ils devaient atteindre, voilà qu’ils violèrent l’engagement. » (Al-Aʿraf, 7 :135)

  • L’introspection sincère et le repentir collectif — Le peuple de Yôunous : Ils constituent une lumineuse exception. Devant les signes annonciateurs du châtiment, ils abandonnèrent l’orgueil, reconnurent leur responsabilité et se repentirent sincèrement. Le Coran leur rend hommage:

«فَلَوْلَا كَانَتْ قَرْيَةٌ آمَنَتْ فَنَفَعَهَا إِيمَانُهَا إِلَّا قَوْمَ يُونُسَ لَمَّا آمَنُوا كَشَفْنَا عَنْهُمْ عَذَابَ الْخِزْيِ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا»

 « Si seulement il y avait, à part le peuple de Jonas (Yôunous), une cité qui ait cru et à qui sa croyance eut ensuite profité ! Lorsqu’ils eurent cru, Nous leur enlevâmes le châtiment d’ignominie dans la vie présente et leur donnâmes jouissance pour un certain temps. » (Yunus, 10 :98)

Cet éventail de réactions prouve que l’épreuve ne constitue pas, en elle-même, une condition suffisante pour être guidé. Elle n’est qu’un cadre et un choc destinés à susciter un éveil ; son effet dépend entièrement des fondations morales et spirituelles de la personne. Dans une âme orgueilleuse et obstinée, elle peut engendrer plus d’endurcissement, de ressentiment et de fuite face à la vérité :

«ثُمَّ قَسَتْ قُلُوبُكُمْ مِنْ بَعْدِ ذَٰلِكَ»

« Puis, après cela, vos cœurs se sont endurcis » (Al-Baqarah, 2 :74)

À l’inverse, dans une âme équitable et éveillée, la souffrance peut inspirer l’humilité, un examen de conscience honnête et le brisement des fausses fiertés (Al-Anʿam, 6 :42).

Ce qui transforme les évènements amers et les avertissements environnementaux en occasions de croissance et de salut, c’est l’évaluation sincère de soi, la responsabilité assumée pour les fautes passées, le repentir du cœur et la réforme pragmatique, précisément le cheminement qui a conduit le peuple de Yôunous d’une destruction certaine vers la délivrance et la prospérité.

Pourquoi le Coran relate-t-il ces événements ?

Le Coran n’est pas un livre d’histoire au sens conventionnel du terme : il ne consigne pas systématiquement chaque nom, date ou détail géographique. Son objectif central réside dans la guidance de l’humanité :

«لَقَدْ كَانَ فِي قَصَصِهِمْ عِبْرَةٌ لِأُولِي الْأَلْبَابِ»

« Dans leurs récits il y a certes une leçon pour les gens doués d’intelligence. »

(Yusuf, 12 :111)

Le niveau de détail propre à chaque récit sert le propos fondamental de la sourate où il s’insère. La sourate Al-Aʿraf met en lumière le contraste entre Ṣāliḥ, les élites et les franges vulnérables de la population ; la sourate Hud lie la mise en valeur de la terre à la dynamique du repentir ; la sourate Al-Naml expose les complots des factions corrompues ; la sourate Al-Shams insiste sur la caution collective apportée au péché ; et la sourate Al-Qamar se concentre sur le déni des signes divins. Ainsi, la récurrence de ces histoires ne constitue nullement une redondance verbale : chaque évocation révèle un aspect inédit des lois régissant la guidance et le déclin des sociétés.

Enseignements pour les communautés futures

Le récit de Thamūd recèle des leçons intemporelles destinées aussi bien aux musulmans qu’à l’ensemble de l’humanité. Aucune civilisation n’est prémunie contre le déclin par la seule accumulation de richesses, la maîtrise technique ou la solidité de ses édifices. Exploiter la terre sans élever l’être humain ne saurait instaurer une sécurité durable. De même, une société ne peut demeurer neutre face à la corruption manifeste de ses élites, car le silence et la caution du public risquent de transformer le crime d’un groupe restreint en une destinée commune.

Cette histoire enseigne également que les ressources naturelles ne constituent pas la propriété absolue des puissants : l’usage de l’eau et de la terre doit répondre aux exigences de la justice et du respect des droits d’autrui. En outre, les avertissements ne prennent pas toujours une forme surnaturelle. La propagation de la corruption, l’accentuation des fractures sociales, l’oppression des plus faibles et la crise de la confiance publique constituent en elles-mêmes autant de signaux d’alarme qu’il convient d’entendre avant d’atteindre le point de non-retour.

Le message central du récit du peuple de Ṣāliḥ réside dans le fait que Dieu accorde des opportunités avant d’infliger le châtiment — mais que ces opportunités ne sont pas éternelles. Une société avisée ne nie pas les signes de danger, ne traite pas ses critiques sincères en ennemis et ne repousse pas le repentir jusqu’à l’effondrement. Le peuple de Jonas a démontré que même l’ombre du châtiment peut devenir l’aube du salut, pourvu qu’une société accepte la vérité et amende sa trajectoire avant qu’il ne soit trop tard.

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