Thème de la semaine – Volume 03 Numéro 31

Topic of the Week - Volume 03 Issue 31
Last Updated: juillet 30, 2026By Categories: Thème de la semaine0 Comments on Thème de la semaine – Volume 03 Numéro 3115,3 min readViews: 5

Arba’een : Du sang du martyr au témoignage de la Oumma

Réflexion sur « la Jurisprudence du Témoignage » dans la Ziyarat Arba’een

Seyed Hashem Moosavi

Introduction

On connaît souvent l’Arba’een par le mérite de la visite pieuse, l’histoire de son tout premier pèlerin et la grandeur de sa marche. Pourtant, au cœur du texte de la Ziyarat Arba’een, des indices ouvrent un autre horizon : la répétition frappante du mot « Ashhadu » (« J’atteste » / « Je témoigne »).

Le pèlerin qui se tient devant l’Imam al-Husayn (que la paix soit sur lui) ne se contente pas d’adresser des salutations, et ne parle pas seulement de sa peine : inlassablement, il témoigne :

«أَشْهَدُ أَنَّكَ أَمِينُ اللهِ وَابْنُ أَمِينِهِ»

« Et je témoigne que tu es le digne dépositaire d’Allah et le fils de Son dépositaire »

«وَأَشْهَدُ أَنَّ اللّٰهَ مُنْجِزٌ مَا وَعَدَكَ»

« et je témoigne qu’Allah accomplira ce qu’Il t’a promis »

«وَأَشْهَدُ أَنَّكَ وَفَيْتَ بِعَهْدِ اللهِ»

« et je témoigne que tu as tenu l’engagement envers Allah. »

Enfin, le pèlerin prend Allah à témoin qu’il est l’ami de ceux qui s’allient à al-Husayn et l’ennemi de ceux qui s’opposent à lui.

Quel est le but de tous ces témoignages ? La vérité d’Achoura n’avait-elle pas déjà été manifestée par le sang de l’Imam et de ses compagnons ?

La réponse réside dans la distance qui sépare l’avènement de la vérité de sa pérennité. Achoura a révélé la vérité, mais l’Arba’een demande à la Oumma de veiller à ce que cette vérité ne soit ni dissimulée, ni falsifiée, ni rendue inopérante. L’Imam est tombé en martyr le jour d’Achoura ; c’est désormais à la Oumma de se faire témoin.

Par « jurisprudence du témoignage », nous n’entendons pas ici le chapitre technique du témoignage judiciaire dans le droit positif islamique, mais plutôt l’ensemble des responsabilités intellectuelles, morales et sociales qui incombent à un peuple ayant accédé à la connaissance de la vérité et qui n’a plus le droit de demeurer indifférent face à sa falsification.

Le martyre de l’Imam n’était pas la fin de la responsabilité

Aucune vérité ne perdure au seul motif qu’elle s’est produite dans l’histoire. Les événements peuvent être niés, et les puissances victorieuses peuvent transformer leur défaite morale en triomphe politique. C’est pourquoi le martyre de l’Imam al-Husayn (que la paix soit sur lui) requérait des témoins capables d’affirmer qui a été tué, pour quelle raison il a été tué, et par quel courant il a été assassiné.

Le Noble Coran ne considère pas le fait de dissimuler un témoignage comme un silence inoffensif. Il énonce :

«وَلَا تَكْتُمُوا الشَّهَادَةَ وَمَنْ يَكْتُمْهَا فَإِنَّهُ آثِمٌ قَلْبُهُ»

« Et ne cachez pas le témoignage : quiconque le cache a, certes, un cœur pécheur. »

(Al-Baqrarah, 2 :183)

Sur cette base, quiconque connaît la vérité mais s’abstient de la proclamer au moment opportun ne fait pas seulement défaut à une vertu : il prête main-forte à la pérennité du faux.

Si l’on considère Achoura comme le sommet de l’accomplissement du devoir par l’Imam, l’Arba’een doit alors être envisagée comme le point de départ d’une étape nouvelle dans la responsabilité de la Oumma : le sang de l’Imam a extrait la vérité des décombres de la falsification, et le témoignage de la Oumma se doit de la préserver dans la mémoire de l’histoire.

Karbala et la bataille qui a commencé après la fin des combats

L’armée de ‘Umar ibn Sa‘d considérait la bataille militaire achevée dans l’après-midi d’Achoura. Pourtant, la conduite du gouvernement omeyyade montre qu’il ne jugeait pas sa victoire sur le champ de terrain garantie sans une victoire sur le récit. Il a donc cherché à dépeindre l’Imam al-Husayn (que la paix soit sur lui), non pas comme le petit-fils du Prophète et un réformateur de la Oumma, mais comme un rebelle s’étant dressé contre le dirigeant des musulmans.

Un exemple manifeste apparaît dans les propos d’Ubaydullah ibn Ziyad. Après l’entrée des captifs à Koufa, il se présenta comme le représentant de la « vérité » et, à Dieu ne plaise, qualifia l’Imam al-Husayn (que la paix soit sur lui) de « menteur et fils de menteur ». Dame Zaynab (que la paix soit sur elle) réduisit en pièces ce récit en déclarant :

«إِنَّمَا يُفْتَضَحُ الْفَاسِقُ وَيَكْذِبُ الْفَاجِرُ وَهُوَ غَيْرُنَا»

« Seul le pervers perd son honneur et seul le scélérat ment ; et nous sommes loin de tout cela. »

Ibn Ziyad déploya de grands efforts pour attribuer le meurtre de l’Imam al-Husayn (que la paix soit sur lui) et de ses compagnons à la « volonté directe de Dieu », cherchant ainsi à se dédouaner de toute responsabilité dans ce crime. Lorsqu’il aperçut l’Imam al-Sajjad (que la paix soit sur lui) parmi les captifs et le reconnut, il s’écria : « Dieu n’a-t-Il pas tué Ali ibn al-Husayn à Karbala ? » À cet instant, l’Imam al-Sajjad (que la paix soit sur lui) rétorqua avec courage :

«كانَ لي أَخٌ يُسَمّى عَلِيّاً قَتَلَهُ النّاسُ»

 « J’avais un frère nommé Ali que les gens ont tué. »

Comme Ibn Ziyad insistait : « C’est plutôt Dieu qui l’a tué », l’Imam al-Sajjad récita ce verset :

«اللَّهُ يَتَوَفَّى الْأَنْفُسَ حِينَ مَوْتِهَا»

« Allah saisit les âmes au moment de leur mort » (Al-Zumar, 39 :42)

Par ce verset, l’Imam montrait que si le rappel des âmes relève de Dieu, le meurtre et le crime demeurent les actes délibérés d’êtres humains coupables.

Cette brève réplique mit au jour un autre instrument de falsification : l’occultation de la responsabilité humaine derrière le voile du décret divin. La caravane des captifs ne permit point au régime de faire passer son crime politique pour la destinée voulue par Dieu. Ces échanges ont été rapportés dans les ouvrages de Shaykh al-Mufid, d’al-Tabari et d’autres sources.

Des captifs devenus les premiers témoins

De Karbala à Koufa et Damas, les Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux) apparaissaient en apparence comme des captifs, mais ils devinrent en réalité les premiers témoins officiels d’Achoura. Ils firent pénétrer au cœur de la société ce que le régime cherchait à dissimuler : le lien unissant l’Imam au Prophète, les objectifs de son soulèvement, la trahison des habitants de Koufa, la nature du pouvoir de Yazid et l’oppression subie par les martyrs.

Dans la cour royale de Damas, Yazid frappa les dents bénies de l’Imam al-Husayn (que la paix soit sur lui) avec une canne et récita des vers exprimant sa vengeance pour ses ancêtres païens tués à Badr. À cet instant, Dame Zaynab (que la paix soit sur elle) se leva et prononça un sermon fulgurant, déclarant :

«أَظَنَنْتَ يا يَزِيدُ حَيْثُ أَخَذْتَ عَلَيْنَا أَقْطَارَ الْأَرْضِ… أَنَّ بِنَا عَلَى اللَّهِ هَوَاناً وَبِكَ عَلَيْهِ كَرَامَةً؟»

« « Ô Yazid, imagines-tu que parce que tu as resserré sur nous les horizons de la terre… c’eût été par humiliation pour nous auprès d’Allah et par honneur pour toi auprès de Lui ? »

Puis, par une phrase historique, elle annonça d’avance l’issue de ce combat :

«فَكِدْ كَيْدَكَ… فَوَاللهِ لَا تَمْحُو ذِكْرَنَا»

« Emploie donc ta ruse… Par Allah, tu n’effaceras jamais notre souvenir. »

L’Imam al-Sajjad (que la paix soit sur lui), quant à lui, se présenta à plusieurs reprises dans la mosquée de Damas :

«أَنَا ابْنُ مَكَّةَ وَمِنَى، أَنَا ابْنُ زَمْزَمَ وَالصَّفَا… أَنَا ابْنُ مُحَمَّدٍ الْمُصْطَفَى، أَنَا ابْنُ فَاطِمَةَ الزَّهْرَاءِ…»

« Je suis le fils de La Mecque et de Mina ; je suis le fils de Zamzam et de Safa… Je suis le fils de Mohammad al-Mustafa ; je suis le fils de Fatima al-Zahra… »

Ainsi, la seconde phase du mouvement husaynite ne s’est pas poursuivie par l’épée, mais par le témoignage. Le sermon, les larmes, la narration et la visite pieuse sont devenus les instruments de cette nouvelle lutte. Si les corps ont été assiégés le jour d’Achoura, c’est le sens même qui l’a été après cette date.

Si les Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux) n’avaient pas libéré la signification d’Achoura du siège médiatique et propagandiste des Omeyyades, Karbala aurait pu, dans l’historiographie officielle de l’époque, ne pas être consignée comme un mouvement divin et réformateur, mais reléguée au rang de simple rébellion intestine vouée à l’échec.

Arba’een : Transformer un événement en mémoire de la Oumma

Un événement historique, aussi grave, héroïque ou tragique soit-il, finit par s’enfermer dans les limites du passé s’il est abandonné au fil du temps ; il se réduit alors à une simple page de livres d’histoire, utile aux seuls érudits. Mais lorsqu’une communauté revient consciemment et régulièrement à ce point de repère, l’événement quitte le simple calendrier pour s’enraciner dans l’identité collective et la mémoire commune.

Arba’een remplit précisément ce rôle vital. Il ne permet pas au grand événement d’Achoura de demeurer un simple rapport douloureux tiré de Moharram de l’an 61 de l’Hégire. Chaque année, l’Arba’een sort ce dossier historique des archives, le rouvre, convoque des témoins et interpelle les nouvelles générations d’une voix claire : « Quelle est votre position aujourd’hui face à la vérité et face à l’oppresseur ? »

Un individu peut nourrir un amour intime pour l’Imam al-Husayn (que la paix soit sur lui) dans l’intimité de son foyer et verser des larmes sur son oppression ; c’est une noble tradition, mais elle s’avère insuffisante pour résister aux structures injustes. Une falsification publique et organisée ne se corrige jamais par une affection cachée et individuelle.

Le crime de Karbala ne fut pas une simple agression ou un incident commis dans l’obscurité ; ce fut un crime au grand jour, appuyé par la puissance médiatique du pouvoir en place et assorti d’une propagande massive conçue pour présenter la vérité comme le faux et le faux comme la vérité. Dès lors, la défense de la vérité étouffée à Karbala ne saurait être d’ordre privé : elle doit être visible, transnationale et sociale.

Dans cette perspective, l’Arba’een ne se résume pas à un simple décompte de pèlerins ou à des statistiques ; il constitue le grand rassemblement des témoins.

Dans un monde où les récits virtuels s’efforcent d’altérer les réalités, marcher vers Karbala relève d’une forme de « témoignage par le corps ». Le corps du pèlerin sur la route d’Arba’een se fait média. Ce témoignage par les pas prouve qu’Achoura n’est point achevée ; bien au contraire, Arba’een marque le point de départ de la présence continue de la Oumma sur le front de la vérité.

« Ashhadu » : La clé pour comprendre la Ziyarat Arba’een

La Ziyarat Arba’een, rapportée par Shaykh al-Tusi d’après Safwan al-Jammal et émanant de l’Imam al-Sadiq (que la paix soit sur lui), possède une structure d’une profonde signification. Le pèlerin commence par attester de l’identité de l’Imam :

«أَشْهَدُ أَنَّكَ أَمِينُ اللهِ وَابْنُ أَمِينِهِ»

 « J’atteste que tu es le digne dépositaire d’Allah et le fils de Son dépositaire. »

Puis, il porte un jugement sur la nature de la vie et de la mort de l’Imam :

«عِشْتَ سَعِيداً وَمَضَيْتَ حَمِيداً وَمُتَّ فَقِيداً مَظْلُوماً شَهِيداً»

 « Tu as vécu dans le bonheur, tu t’en es allé louer, et tu es mort regretté, opprimé et martyr. »

Enfin, il témoigne de la fidélité de l’Imam au pacte divin :

«وَأَشْهَدُ أَنَّكَ وَفَيْتَ بِعَهْدِ اللهِ وَجَاهَدْتَ فِي سَبِيلِهِ حَتّى أَتَاكَ الْيَقِين»

« Et j’atteste que tu as rempli l’engagement envers Allah et que tu as lutté dans Son sentier jusqu’à ce que la certitude te parvienne. »

Mais la Ziyarat ne s’arrête pas à la simple commémoration du passé. Après avoir reconnu l’identité de l’Imam et porté un jugement sur l’événement, le pèlerin doit également clarifier sa propre position :

«اللّهُمَّ إِنّي أُشْهِدُكَ أَنّي وَلِيٌّ لِمَنْ وَالاهُ وَعَدُوٌّ لِمَنْ عاداهُ»

« Ô Allah, je Te prends à témoin que je suis l’allié de quiconque l’a pris pour allier et l’ennemi de quiconque s’est opposé à lui. »

Ainsi, le mot « Ashhadu » passe de l’énoncé d’un fait historique à la proclamation d’un engagement moral et social.

L’architecture de la Ziyarat est d’une grande précision : d’abord la reconnaissance, ensuite le jugement, et enfin l’engagement.

  • Quiconque ignore la raison pour du soulèvement de l’Imam n’est point un témoin éclairé.
  • Quiconque discerne le vrai du faux mais refuse de prendre position n’est point un témoin juste.
  • Et quiconque affiche une position verbale tout en agissant à l’opposé n’a pas encore assumé les conséquences de son témoignage

Un témoin n’est pas la même chose qu’un spectateur

Un spectateur peut assister à un événement, en être ému, puis retourner à sa vie ordinaire. Un témoin, en revanche, conçoit la vue comme une responsabilité. Nombreux sont ceux qui connaissaient la véracité de l’Imam et ont pleuré son martyre, et pourtant, ils n’ont payé aucun prix pour soutenir la vérité.

Le coran dit :

«كُونُوا قَوَّامِينَ بِالْقِسْطِ شُهَدَاءَ لِلَّهِ وَلَوْ عَلَى أَنْفُسِكُمْ»

« soyez des témoins (véridiques) comme Allah l’ordonne, fût-ce contre vous-mêmes » (Al-Nisa, 4 : 135)

Selon la vision coranique, le témoignage prend de la valeur là où l’intérêt, l’attachement et même la réputation personnelle n’empêchent pas une personne de dire la vérité. Si les habitants de Koufa souhaitaient passer du statut de spectateurs à celui de témoins, ils devaient d’abord avouer leur propre trahison, leur peur et leur opportunisme avant d’accuser les autres.

C’est pourquoi Arbaeen n’est pas seulement un tribunal où les assassins de l’Imam sont jugés ; c’est aussi un miroir dans lequel la conscience de la Oumma est jugée. Le pèlerin ne demande pas seulement : « Qu’ont-ils fait à Husayn ? » Il est inévitablement contraint de se demander : « Qu’aurais-je fait de la vérité dans une situation similaire ? »

Du témoignage de la langue à la disposition au soutien

Le point culminant de la Ziyarat Arba’een est atteint lorsque le témoignage passe de la langue au cœur, à la décision et à l’action :

«وَقَلْبِي لِقَلْبِكُمْ سِلْمٌ، وَأَمْرِي لِأَمْرِكُمْ مُتَّبِعٌ، وَنُصْرَتِي لَكُمْ مُعَدَّةٌ»

« Mon cœur est en paix avec le vôtre, mon affaire se conforme à la vôtre, et mon soutien vous est préparé. »

Ce passage de la Ziyarat illustre l’architecture du cheminement humain, de l’intériorité vers l’action extérieure, et esquisse trois niveaux de loyauté :

  • L’harmonie émotionnelle et intellectuelle ;
  • L’obéissance pratique et personnelle ;
  • L’engagement social et la disposition à prendre position.

Tout d’abord, le cœur d’une personne doit se réconcilier avec les valeurs des Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux) et se préoccuper de ce qui souciait l’Imam. Ensuite, le programme de sa vie doit se conformer à leurs directives. Enfin, elle doit maintenir ses capacités et ses ressources prêtes à soutenir la vérité. Une visite pieuse (Ziyarat) accomplie n’est donc pas celle qui se contente de faire couler davantage de larmes ; elle doit impérativement engendrer une plus grande disposition à agir.

Cette disposition à agir se traduit parfois par la proclamation d’une vérité oubliée pour briser la spirale du silence ; parfois par la défense d’un opprimé réduit au silence ; parfois par le refus d’un avantage illicite ; et parfois par l’éducation d’une génération capable de dissocier la propagande de la vérité.

Toutes ces démarches partagent un même point commun : la rupture avec l’indifférence. À travers les mots «نُصْرَتِي لَكُمْ مُعَدَّةٌ» « et mon soutien vous est préparé », la Ziyarat Arba’een arrache le pèlerin à la zone de confort de l’indifférence pour faire de lui un acteur engagé, responsable et témoin au sein de la société.

Arba’een et la responsabilité de l’être humain aujourd’hui

La Ziyarat Arba’een définit le but ultime du soulèvement en ces termes :

«وَبَذَلَ مُهْجَتَهُ فِيكَ لِيَسْتَنْقِذَ عِبَادَكَ مِنَ الْجَهَالَةِ وَحَيْرَةِ الضَّلَالَةِ»

« Et il offrit le sang de son cœur sur Ton chemin afin de délivrer Tes serviteurs de l’ignorance et du désarroi de l’égarement. »

Si la finalité était l’affranchissement de l’ignorance et de la perplexité, alors la commémoration d’Arba’een doit inévitablement conduire à un surcroît de lucidité et de clairvoyance.

L’ignorance ne se résume pas à la simple méconnaissance d’un fait historique. Parfois, un individu possède de nombreuses informations mais manque de discernement au milieu de récits contradictoires. Parfois, il connaît la vérité, mais la peur de l’isolement l’empêche de la proclamer. Parfois, il voit l’opprimé, mais l’intérêt personnel le force au silence. L’Arba’een existe pour combler cet écart entre savoir et prendre position.

Le pèlerin d’aujourd’hui doit se demander si sa présence contribue à rendre la vérité plus claire ; si sa famille, sa société et les médias environnants perçoivent une image plus exacte de l’école de Husayn (que la paix soit sur lui) à travers sa conduite ; et si l’amour pour l’Imam l’a rendu plus ferme dans la défense de la vérité, la recherche de la justice, le respect des pactes et le soutien aux opprimés. Si une telle transformation ne se produit pas, une personne peut être présente parmi l’assemblée des témoins tout en n’ayant pas dépassé le rang de simple spectateur.

Conclusion

Arba’een peut être compris comme le lien entre « le martyre de l’Imam » et « la responsabilité de la Oumma ». Le jour d’Achoura, l’Imam al-Husayn (que la paix soit sur lui) a témoigné par son sang que la religion de Dieu ne saurait être réduite au règne de l’oppression. Après Achoura, les Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux), par leurs sermons et leurs éclaircissements, n’ont pas permis à l’appareil omeyyade de s’approprier le sens de ce sang versé. Et lors de l’Arba’een, cette responsabilité a été transmise des premiers témoins aux générations successives de la Oumma.

Telle est la philosophie qui sous-tend la répétition de « Ashhadu » dans la Ziyarat Arba’een : le pèlerin commence par reconnaître l’Imam, juge ensuite de sa véracité et de la fausseté de ses ennemis, détermine sa propre place dans cette confrontation et déclare enfin sa disposition à poursuivre le chemin. De cette manière, la visite pieuse ne se réduit plus à une simple commémoration du passé, mais devient un pacte pour l’avenir.

Le jour d’Achoura, la question posée à l’Imam était de savoir s’il offrirait son sang pour la survie de la vérité. Le jour de l’Arba’een, la question posée à la Oumma est de savoir si elle témoignera de cette vérité, ou si elle la dissimulera au milieu de la foule des craintes, des intérêts et des calculs opportunistes. Achoura fut le jour du martyre de l’Imam ; l’Arba’een est le moment désigné pour que la Oumma devienne témoin.

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