Thème de la semaine – Volume 03 Numéro 30

Topic of the Week - Volume 03 Issue 30
Last Updated: juillet 23, 2026By Categories: Thème de la semaine0 Comments on Thème de la semaine – Volume 03 Numéro 3027,1 min readViews: 4

Le traité de paix de l’Imam Hasan al-Mujtaba (que la paix soit sur lui) et la jurisprudence de la responsabilité communautaire

Première partie : La paix. La fin de la responsabilité de l’Imam ou début du test de la communauté ?

Seyed Hashem Moosavi

Introduction

Dans l’analyse du traité de paix de l’Imam Hasan al-Mujtaba (que la paix soit sur lui), l’attention se focalise presque exclusivement sur la figure de l’Imam, et les interrogations s’articulent généralement comme suit : pourquoi l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) a-t-il conclu la paix ? Pourquoi n’a-t-il pas poursuivi la lutte armée ? Pourquoi ne s’est-il pas soulevé lorsque Mu‘awiyah a violé les termes du traité ? Ignorait-il que Mu‘awiyah ne respecterait pas ses engagements ?

Bien qu’importantes, ces questions ne reflètent pas la vérité dans son ensemble. Elles semblent postuler, dès le départ, que dans la société islamique, seul l’Imam porte la responsabilité, tandis que le peuple ne fait qu’observer ses décisions et ses actions. Selon cette perspective, il incomberait à l’Imam de lever l’armée, de guider la société, de faire front contre l’ennemi, de payer le prix de la lutte et, en outre, de compenser la faiblesse, l’hésitation, le matérialisme et les trahisons des membres de la communauté. Pourtant, le devoir qui incombe à cette dernière est bien moins souvent interrogé.

Toutefois, dans la perspective du Coran et de la Sunna, la responsabilité sociale ne repose pas exclusivement sur les épaules du guide divin. Si l’Imam trace la voie, parachève la preuve, distingue le vrai du faux et prend ses décisions en fonction des capacités réelles et des intérêts de la société, il appartient également au peuple de démontrer sa foi en soutenant la vérité, en honorant ses engagements, en résistant à l’oppression et en demeurant fidèle au guide légitime.

C’est pourquoi la question fondamentale concernant la paix de l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) ne devrait peut-être pas être : « Pourquoi l’Imam a-t-il conclu la paix ? ». Il conviendrait plutôt de demander : une fois le traité clairement établi par l’Imam et les engagements successivement violés par Mu‘awiyah, quel était le devoir de la communauté islamique, et dans quelle mesure s’en est-elle acquittée ?

Ce changement de perspective nous fait passer d’une discussion purement historique sur la décision de l’Imam à un champ d’étude plus vaste : celui de la jurisprudence de la responsabilité communautaire. Cette discipline interroge les devoirs du peuple à l’égard de l’Imam légitime, face à un gouvernement déviant, à des dirigeants parjures, à l’oppression politique, à la distorsion de la religion et aux menaces pesant sur l’intérêt général de la société islamique.

Avant d’aborder cette question, il convient de lever un doute fondamental : le traité de paix de l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) pouvait-il résulter d’une faiblesse, d’une crainte, d’un compromis ou d’un manque de discernement politique de sa part ? Si la réponse est négative, quelle vérité la personnalité de l’Imam et les preuves historiques révèlent-elles quant à la logique profonde de cette paix ?

La paix de l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) a-t-elle découlé de la faiblesse ou de la naïveté ?

Dans certaines analyses superficielles, la paix de l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) est mise en opposition avec le soulèvement de l’Imam Husayn (que la paix soit sur lui), l’une étant présentée comme le symbole du compromis et l’autre comme celui de la résistance. Cette comparaison est fondamentalement erronée. Les deux Imams infaillibles n’ont pas suivi des voies contradictoires ; au contraire, dans des circonstances distinctes, ils ont poursuivi un objectif commun : préserver la vérité de l’Islam et empêcher la déviation de s’emparer pleinement de l’espace religieux.

Pour évaluer la paix de l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui), il faut d’abord s’interroger sur la nature de celui qui a pris cette décision. Était-il inexpérimenté, étranger à la sphère politique, méconnaissant de l’ennemi ou rétif à l’affrontement ? Ou s’agissait-il d’une personnalité dont l’intellect, le savoir, le courage et la défense de la wilayah s’étaient manifestés avec éclat dès l’enfance ?

L’intellect incarné au sein de la Maison du Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui et sur sa famille)

Dans une narration attribuée au Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions soient sur lui et sur sa famille), il est rapporté :

«لَوْ كَانَ الْعَقْلُ رَجُلًا لَكَانَ الْحَسَنَ»

« Si lIntellect prenait figure humaine, ce serait Hasan. »

(Hamu’i Juwayni, Ibrahim ibn Muhammad, Fara’id al-Simtayn, vol. 2, p68)

Cette expression ne constitue pas un simple éloge de l’intelligence ordinaire de l’Imam. Dans la pensée islamique, l’intellect ne se réduit pas à la faculté de calculer des profits et pertes matériels ; il désigne la puissance de discerner la vérité, de reconnaître les intérêts supérieurs, de prévoir les conséquences et de choisir la voie la plus judicieuse parmi des options complexes. La sagesse politique se manifeste parfois dans l’offensive et le progrès, et parfois dans l’interruption d’une guerre dont la poursuite n’aboutirait qu’à la destruction des forces de la vérité et au renforcement de la propagande ennemie.

Sur cette base, si l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) est décrit comme l’incarnation de l’intellect, sa paix ne saurait être interprétée comme un acte passif ou une décision née de l’ignorance. La question n’est pas de savoir si l’Imam méconnaissait la nature de Mu‘awiyah ; il est fort probable, au contraire, qu’il ait mieux appréhendé que quiconque la figure de Mu‘awiyah, la réalité de l’armée de Syrie, le manque de constance des élites irakiennes, ainsi que les capacités réelles de sa propre société.

La sagesse dès l’enfance

Ibn Shahr Ashub rapporte qu’après avoir entendu les propos tenus par l’Imam Hasan à Abou Soufyan alors qu’il n’était âgé que de quatre ans, l’Imam Ali (que la paix soit sur lui) déclara : « Louange à Allah d’avoir placé au sein de la Maison du Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui et sur sa famille), et parmi la descendance de Muhammad al-Mustafa, un être semblable à Yahya ibn Zakariyya (Jean, fils de Zacharie), à qui la sagesse fut accordée dès l’enfance. »

الْحَمْدُ لِلَّهِ الَّذِي جَعَلَ فِي آلِ مُحَمَّدٍ مِنْ ذُرِّيَّةِ مُحَمَّدٍ الْمُصْطَفَى نَظِيرَ يَحْيَى بْنِ زَكَرِيَّا ﴿وَآتَيْنَاهُ الْحُكْمَ صَبِيًّا﴾»

« « Louange à Allah qui a placé parmi la famille de Muhammad, de la descendance de Muhammad al-Mustafa, un être semblable à Yahya ibn Zakariyya (Jean, fils de Zacharie) : « et Nous lui donnâmes la sagesse alors qu’il était encore enfant ». »

 (Ibn Shahr Ashub, Muhammad ibn Ali, Manaqib Al Abi Talib (que la paix soit sur eux), vol. 3, p. 173).

Ce récit démontre que la compréhension et la clairvoyance de l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) n’a pas émergé subitement au moment de son califat. Il a été élevé, dès l’origine, dans l’atmosphère de la Révélation, de l’Imamat et de la politique islamique. Il a été témoin de l’époque du Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui et sur sa famille), a observé les événements survenus après sa disparition, a vécu les années durant lesquelles le Commandeur des croyants (que la paix soit sur lui) fut tenu à l’écart de l’autorité publique, et fut, durant le califat de son père, au cœur des crises politiques et militaires les plus cruciales de la communauté islamique.

Par conséquent, la paix avec Mu‘awiyah ne fut point la décision d’un homme confronté pour la première fois aux complexités du pouvoir et de la politique.

L’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) fut-il prudent ou en retrait dans la défense de la wilayah ?

On pourrait arguer que la possession de l’intellect et de la sagesse n’implique pas nécessairement le courage de défendre la vérité. Il est donc nécessaire d’examiner comment l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) a défendu la wilayah et la sacralité de l’Islam lors des moments critiques.

La défense de la position du Commandeur des croyants (que la paix soit sur lui) dès l’enfance

Al-Baladhuri, dans Ansab al-Ashraf, rapporte d’après Urwah qu’un jour, Abou Bakr prononçait un sermon depuis le minbar. L’Imam Hasan (que la paix soit sur lui), alors qu’il était encore un jeune enfant, s’avança et déclara : «اِنْزِلْ عَنْ مِنْبَرِ أَبِي»; « Descends de la chaire de mon père. »

Lorsque cet acte fut attribué à l’Imam Ali (que la paix soit sur lui), comme s’il en avait été l’instigateur, il répondit : «لَيْسَ هَذَا مِنْ مَلَإٍمِنَّا»; « Ceci n’a point été fait sur notre instruction. » (Al-Baladhuri, Ahmad ibn Yahya, Ansab al-Ashraf, vol. 3, p. 26).

Au-delà des débats historiques et théologiques entourant ce récit, ce qui transparaît clairement, c’est la sensibilité de l’Imam Hasan quant à la position de la wilayah et à l’héritage du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions soient sur lui et sur sa famille). Un enfant qui, sans incitation ni ordre extérieur, défend ouvertement le droit de son père, ne saurait, parvenu à l’âge adulte, demeurer indifférent à l’usurpation des droits et à la déviation politique.

La confrontation directe avec Mu‘awiyah et ses agents

Même après la signature du traité de paix, l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) n’a jamais cessé de dire la vérité. La paix ne signifiait nullement accepter la légitimité religieuse de Mu‘awiyah, demeurer silencieux face aux falsifications, ou s’abstenir de dénoncer le passé des Omeyyades. Ses débats avec Mu‘awiyah et des personnalités telles qu’Amr ibn al-As, Marwan ibn al-Hakam, Walid ibn Uqbah, Mughirah ibn Shu‘bah et Utbah ibn Abi Sufyan démontrent que l’Imam a défendu la position des Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux) avec une clarté absolue, rappelant à ses opposants la réalité de leurs antécédents.

Dans le récit de ces joutes oratoires, les ennemis tentèrent, par des interventions coordonnées et préparées, de mettre l’Imam sous pression lors de l’assemblée de Mu‘awiyah. Pourtant, il répondit à chacun d’eux avec une pertinence magistrale ; dépassant la simple posture défensive, il contesta la légitimité morale, religieuse et historique de ses interlocuteurs. (Al-Tabarsi, Fadl ibn Hasan, Al-Ihtijaj ‘ala Ahl al-Lijaj, vol. 1, p. 288).

Par conséquent, la paix de l’Imam ne saurait être interprétée comme un silence face à l’imposture. S’il a mis fin à la guerre militaire dans des circonstances précises, il a poursuivi le combat doctrinal, culturel et politique. La suspension d’une forme de lutte ne signifiait nullement l’abandon de la résistance elle-même.

La distinction entre le compromis avec l’imposture et la gestion du champ de lutte

Selon la logique religieuse, le courage ne consiste pas toujours à tirer le sabre. Parfois, mener le combat alors que l’armée s’est effondrée de l’intérieur et que les commandants ont été corrompus ne relève pas du courage, mais met en péril la vie des croyants et l’avenir même du mouvement de la Vérité.

De même, la paix n’est pas systématiquement un signe de faiblesse. L’acceptation d’un traité peut devenir un moyen de préserver les forces de la Vérité, de démasquer l’ennemi et de transférer la lutte d’un champ de bataille inopportun vers une arène plus efficace.

L’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) n’éprouvait ni crainte à l’égard de Mu‘awiyah, ni illusion sur sa nature. Il distinguait le « principe de la résistance » de sa « forme ». Le principe de la confrontation avec la déviation omeyyade demeurait inchangé, mais sa modalité a évolué : d’une guerre dépourvue de soutien social, elle s’est transformée en une confrontation politique et historique. Par cet acte, Mu‘awiyah fut contraint d’accepter des engagements explicites devant la communauté, avant de révéler sa véritable nature en les violant.

L’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) possédait-il une expérience et une stature politiques suffisantes ?

Un autre doute, parfois non formulé mais sous-jacent à des analyses erronées, repose sur l’hypothèse que l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) aurait été avant tout une personnalité tournée vers l’éthique et la piété, dépourvue d’une expérience suffisante dans la gestion des crises politiques. Un examen de sa conduite durant le gouvernement du Commandeur des croyants (que la paix soit sur lui) démontre tout le contraire.

La clarification de la question de l’arbitrage

L’affaire de l’arbitrage fut l’une des crises les plus complexes du califat du Commandeur des croyants (que la paix soit sur lui). Un groupe parmi les habitants de Koufa insista, contre l’avis de l’Imam, pour choisir Abou Moussa al-Ach‘ari ; puis, lorsque les conséquences néfastes de cet arbitrage devinrent manifestes, au lieu d’assumer la responsabilité de leur choix, ils ne firent qu’envenimer davantage le climat social.

Dans une telle situation, le Commandeur des croyants (que la paix soit sur lui) demanda à l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) de s’exprimer sur Abou Moussa al-Ach‘ari et ‘Amr ibn al-‘As, et de clarifier la vérité sur cette affaire auprès du peuple.

Après avoir loué et glorifié Allah, l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) déclara que ces deux hommes avaient été désignés pour juger selon le Coran, et non selon leurs désirs. Or, lorsqu’ils placèrent leurs désirs avant le Coran, ils cessèrent d’être des « juges » ; ils devinrent eux-mêmes des « sujets jugés » pour leur erreur et leur déviation.

Il critiqua ensuite l’erreur d’Abou Moussa, qui avait proposé ‘Abdullah ibn ‘Umar pour le califat, sous plusieurs angles : ‘Umar ibn al-Khattab ne l’avait point jugé apte au califat et ne l’avait pas inclus dans le conseil des six ; ‘Abdullah lui-même ne recherchait pas le pouvoir ; enfin, les Muhajirun et les Ansar n’avaient nullement convenu de son autorité.

L’Imam Hasan, en se référant ensuite au jugement de Sa‘d ibn Mu‘adh dans l’affaire des Banou Qourayza, a distingué le principe de l’arbitrage et du jugement de l’abus commis par Abou Moussa et ‘Amr ibn al-‘As. Ainsi, il n’a ni rejeté hâtivement le principe de l’arbitrage, ni justifié la trahison des arbitres ; il a, au contraire, accepté avec précision la légitimité du jugement en son principe, tout en exposant la déviation dans son application particulière et dans la conduite des arbitres. (Qarashi, Baqir Sharif, Hayat al-Imam al-Hasan (que la paix soit sur lui), vol. 1, p. 479).

Ces paroles sont importantes à plusieurs égards :

Premièrement, l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) fut capable, dans l’un des différends politiques les plus complexes, de distinguer le principe juridique de l’arbitrage de la conduite fautive des arbitres.

Deuxièmement, il a fondé son raisonnement politique sur le Coran, la Sunna du Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui et sur sa famille), le précédent historique et la logique de la sélection publique.

Troisièmement, lors d’une crise exigeant une clarification publique, le Commandeur des croyants (que la paix soit sur lui) a présenté son fils à la société comme celui qui expliquerait la position du gouvernement.

Par conséquent, bien avant son propre califat, l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) n’était point une figure marginale ; il était l’un des porte-paroles et des défenseurs de premier plan du gouvernement alide.

Diriger la prière du vendredi : un signe de la confiance scientifique et politique du Commandeur des croyants

Durant la période initiale de la société islamique, la prière du vendredi n’était pas simplement un acte de dévotion individuel ou rituel. Le sermon du vendredi constituait la plateforme officielle la plus importante du gouvernement pour exposer les affaires religieuses, politiques et sociales. Diriger la prière du vendredi, particulièrement au cœur même du califat, exigeait une connaissance approfondie de la religion, une capacité d’analyse politique, une influence sociale et une légitimité publique.

Selon le récit d’al-Mas‘udi, chaque fois que le Commandeur des croyants (que la paix soit sur lui) était dans l’incapacité de diriger la prière du vendredi à Koufa, en raison d’une maladie ou d’un autre empêchement, il en confiait la responsabilité à l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui). (Al-Mas‘udi, ‘Ali ibn Husayn, Muruj al-Dhahab, vol. 1, p. 345).

Ce choix démontre que, aux yeux du Commandeur des croyants (que la paix soit sur lui), l’Imam Hasan possédait les compétences requises pour représenter le gouvernement, tant sur le plan scientifique que politique. Quiconque prononçait le sermon du vendredi dans la capitale du gouvernement alide n’était ni un inconnu aux yeux de la société, ni étranger aux complexités de l’administration publique.

Dans l’un des sermons qui lui est attribué, il a déclaré : « Allah n’a envoyé aucun prophète sans lui désigner, après lui, un successeur, une famille ou un groupe. Par Celui qui a choisi Muhammad (que la paix et les bénédictions soient sur lui et sur sa famille) comme prophète, quiconque fait preuve de négligence à notre égard, nous, les Ahl al-Bayt, verra ses œuvres diminuées par Allah ; et aucune autorité ne s’élève contre nous sans que sa fin ne nous appartienne. »

Cette déclaration démontre que l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) concevait le conflit politique de la communauté non pas comme une simple rivalité entre individus, mais dans le cadre de l’Imamat, de la succession du Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui et sur sa famille), et de la responsabilité de la communauté envers les Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux).

Après le martyre du Commandeur des croyants (que la paix soit sur lui), ceux qui prêtèrent serment d’allégeance à l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) n’avaient pas affaire à une personnalité inconnue. Ils avaient été témoins de son savoir, de son éloquence, de sa gestion politique, de sa présence militaire et de sa défense explicite du gouvernement alide. Par conséquent, la faiblesse de la société à soutenir l’Imam ne saurait être attribuée à une méconnaissance de son rang.

Si l’Imam connaissait Mu‘awiyah, pourquoi a-t-il conclu un traité avec lui ?

Une question plus cruciale se pose désormais : si l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) possédait une telle intelligence, un tel savoir, une telle expérience et une telle clairvoyance — et s’il connaissait parfaitement la nature de Mu‘awiyah —, pourquoi a-t-il conclu un traité avec un homme dont le parjure était hautement prévisible ?

Pour y répondre, nous devons d’abord examiner la perspective coranique concernant la conclusion de pactes avec l’ennemi.

Le Coran et le principe du respect des pactes

Le Noble Coran présente le respect des pactes comme l’un des signes les plus manifestes de la foi :

«يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا أَوْفُوا بِالْعُقُودِ»

« Ô les croyants ! Remplissez fidèlement vos engagements. » (Al-Ma’idah, 5 :1)

Il est dit aussi :

«وَأَوْفُوا بِالْعَهْدِ إِنَّ الْعَهْدَ كَانَ مَسْئُولًا»

« Et remplissez l’engagement, car on sera interrogé au sujet des engagements. »

 (Al-Isra, 17 :34)

Ces injonctions ne concernent pas uniquement les pactes conclus entre croyants. Dans les versets traitant des polythéistes également, le Coran fait obligation aux musulmans de demeurer fidèles à leurs engagements, pour autant que l’autre partie y demeure elle-même fidèle.

«إِلَّا الَّذِينَ عَاهَدْتُمْ مِنَ الْمُشْرِكِينَ ثُمَّ لَمْ يَنْقُصُوكُمْ شَيْئًا وَلَمْ يُظَاهِرُوا عَلَيْكُمْ أَحَدًا فَأَتِمُّوا إِلَيْهِمْ عَهْدَهُمْ إِلَى مُدَّتِهِمْ إِنَّ اللَّهَ يُحِبُّ الْمُتَّقِينَ»

« A l’exception des polythéistes avec lesquels vous avez conclu un pacte, puis ils ne vous ont manqué en rien, et n’ont soutenu personne [à lutter] contre vous : respectez pleinement le pacte conclu avec eux jusqu’au terme convenu. Allah aime les pieux. » (Al-Tawbah, 9 :4)

Ce verset considère que le respect d’un pacte, même envers des polythéistes, relève de la taqwa (la piété). Par conséquent, la conscience d’une possible trahison de l’ennemi ne rend pas, en soi, la conclusion d’un traité illégitime ou inutile.

Le Noble Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui et sur sa famille) a également conclu des traités avec des groupes polythéistes et juifs, bien qu’il fût conscient de leur hostilité, de leur rivalité et de leur propension à violer leurs engagements. Le traité de Hudaybiyyah en est l’un des exemples les plus manifestes. Un traité peut s’avérer nécessaire pour mettre fin à l’effusion de sang, préserver la communauté musulmane, démasquer l’agresseur, créer des opportunités de prédication, ou définir les obligations respectives des parties.

La mise en garde du Coran contre la naïveté dans les traités

Parallèlement à l’injonction de respecter les pactes, le Coran met à maintes reprises les musulmans en garde contre tout optimisme naïf vis-à-vis d’ennemis perfides. Au sujet d’un groupe de polythéistes, il dit :

«كَيْفَ وَإِنْ يَظْهَرُوا عَلَيْكُمْ لَا يَرْقُبُوا فِيكُمْ إِلًّا وَلَا ذِمَّةً»

« Comment donc ! Quand ils triomphent de vous, ils ne respectent à votre égard, ni parenté ni pacte conclu » (Al-Tawbah, 9 :8)

Puis il ajoute :

«لَا يَرْقُبُونَ فِي مُؤْمِنٍ إِلًّا وَلَا ذِمَّةً وَأُولَئِكَ هُمُ الْمُعْتَدُونَ»

« Ils ne respectent, à l’égard d’un croyant, ni parenté ni pacte conclu. Et ceux-là sont les transgresseurs. » (Al-Tawbah, 9 :10)

Et en cas de rupture du pacte et d’agression contre la religion, il ordonne la confrontation :

«وَإِنْ نَكَثُوا أَيْمَانَهُمْ مِنْ بَعْدِ عَهْدِهِمْ وَطَعَنُوا فِي دِينِكُمْ فَقَاتِلُوا أَئِمَّةَ الْكُفْرِ إِنَّهُمْ لَا أَيْمَانَ لَهُمْ لَعَلَّهُمْ يَنْتَهُونَ»

« Et si, après le pacte, ils violent leurs serments et s’attaquent à votre religion, combattez alors les chefs de la mécréance – car, ils ne tiennent aucun serment – peut-être cesseront-ils ? » (Al-Tawbah, 9 :12)

L’expression «لَا أَيْمَانَ لَهُمْ» (ils n’ont aucun serment) ne signifie pas que les musulmans doivent s’abstenir de conclure tout traiter avec de tels ennemis. Elle avertit plutôt que la sécurité et l’avenir de la communauté islamique ne doivent pas reposer, sans préparation ni vigilance, sur leurs seuls engagements verbaux.

De ces versets, trois principes peuvent être extraits :

  1. Les musulmans peuvent conclure un traité avec un ennemi si ce traité concorde avec les intérêts légitimes de la communauté islamique.
  2. Tant que l’autre partie demeure fidèle à son pacte, les musulmans doivent eux aussi y demeurer fidèles.
  3. La communauté islamique ne doit pas ignorer la possibilité d’une trahison et, en cas de rupture manifeste du pacte, doit répondre de manière légitime et proportionnée aux circonstances.

Ainsi, la logique du Coran n’est pas : « Puisque l’ennemi est susceptible de trahir, ne concluez jamais de traité avec lui. » Elle enjoint plutôt de conclure des traités, d’y demeurer fidèle, mais de ne point faire preuve de naïveté et de ne pas rester indifférent face à la rupture d’un pacte.

La paix de l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) doit être comprise à travers ce prisme.

L’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) n’a pas conclu la paix avec Mu‘awiyah par confiance morale ou personnelle. Il savait pertinemment que l’objectif premier de Mu‘awiyah était le pouvoir et qu’il usait, pour y parvenir, de la menace, de la corruption, de la propagation de rumeurs et de l’achat de chefs militaires.

Les sources relatives au traité de paix mentionnent des conditions selon lesquelles Mu‘awiyah devait se conformer au Livre d’Allah et à la Sunna du Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui et sur sa famille), garantir la sécurité des chiites et des partisans du Commandeur des croyants (que la paix soit sur lui), s’abstenir de porter préjudice à l’Imam Hasan et à l’Imam Husayn (que la paix soit sur eux), et ne pas désigner de successeur. Bien que les rapports diffèrent quant aux détails du traité, la protection des partisans du Commandeur des croyants (que la paix soit sur lui) et la limitation du pouvoir de Mu‘awiyah en constituent les éléments communs.

Ces conditions démontrent que la paix ne signifiait nullement livrer la communauté à Mu‘awiyah sans garde-fous. Par la rédaction de ce traité, l’Imam a soumis la conduite future de Mu‘awiyah à des critères clairs :

  • Resterait-il fidèle au Coran et à la Sunna ?
  • Respecterait-il la sécurité de ses opposants politiques ?
  • Transformerait-il le gouvernement en propriété privée ?
  • Convertirait-il le califat en une monarchie héréditaire ?
  • S’abstiendrait-il de nuire aux Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux) ?

De cette manière, le traité de paix est devenu un test politique et moral. Mu‘awiyah ne pouvait plus dissimuler sa conduite dans l’atmosphère ambiguë de sa propagande. Chaque rupture de pacte devenait un témoignage manifeste de l’écart entre son gouvernement et les principes islamiques.

La paix de l’Imam n’était pas un acte de confiance envers Mu‘awiyah ; elle visait à contraindre Mu‘awiyah à révéler sa véritable nature devant la communauté.

Pourquoi l’Imam n’a-t-il pas poursuivi la guerre à ce moment-là ?

Une réponse complète à cette question nécessite l’examen de l’état de l’armée irakienne, de ses commandants, des tribus et du climat social après les batailles de Jamal, de Siffin et de Nahrawan. En résumé, toutefois, l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) était confronté à une société dont une partie significative avait perdu la capacité et la volonté de payer le prix de la résistance.

Divers groupes étaient présents au sein des forces de l’Imam : des chiites loyaux, des kharijites, des hésitants, des opportunistes, des partisans de chefs tribaux, ainsi que ceux qui recherchaient le butin ou la sécurité personnelle plus que la défense de la vérité. Mu‘awiyah, conscient de ces divisions, a ciblé les commandants et les personnalités influentes par des promesses d’argent et de postes.

Les rapports historiques font état de confusion dans l’armée, de rumeurs sur l’assassinat de commandants, de correspondances entre certains chefs tribaux et Mu‘awiyah, d’une attaque contre la tente de l’Imam, et même de la blessure de ce dernier. Dans une telle atmosphère, poursuivre la guerre aurait pu mener, non pas à la défaite de Mu‘awiyah, mais à la capture ou au martyre de l’Imam aux mains de forces officiellement dans son propre camp, ainsi qu’à la destruction du front de la vérité encore existant.

Selon certains rapports, Ubaydullah ibn Abbas, commandant d’une partie de l’armée, a déserté le camp de l’Imam après avoir reçu une promesse financière de Mu‘awiyah — un événement qui révèle la profondeur de l’infiltration et de l’effondrement interne au sein de l’armée.

Dans cette situation, l’Imam n’avait pas à choisir entre deux options idéales et désirables ; il était confronté à deux voies difficiles :

  • Poursuivre la guerre avec une armée instable, dont les chances de victoire étaient infimes et dont le risque de détruire les forces de la vérité était très élevé ;
  • Ou accepter un traité conditionnel qui préserverait le sang des croyants, ne reconnaîtrait pas la légitimité religieuse de Mu‘awiyah, rendrait ses obligations publiques et préparerait le terrain pour le jugement historique de la communauté.

Choisir la seconde option n’était pas fuir ses responsabilités ; c’était assumer la responsabilité sous sa forme la plus difficile. Parfois, un dirigeant sacrifie sa popularité immédiate pour la survie de la vérité. Le combat aurait pu créer une image plus héroïque de l’Imam, mais ce dernier ne cherchait pas à se forger une image d’héroïsme ; il cherchait à préserver la religion et la communauté des croyants.

La paix n’a pas mis fin à la responsabilité de l’Imam ; elle a révélé celle de la communauté.

Après la conclusion du traité, l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) n’a pas abandonné ses devoirs. Il n’a cessé ni de dire la vérité, ni de critiquer le gouvernement omeyyade, ni de défendre les Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux), ni de former des forces fidèles, ni de préserver les frontières doctrinales de la société. La paix n’a modifié que la forme de la confrontation.

Parallèlement, une situation nouvelle a émergé. Mu‘awiyah avait pris des engagements devant la communauté islamique, et le peuple en avait été témoin. Dès lors, chaque fois que Mu‘awiyah s’écartait du Livre et de la Sunna, qu’il faisait pression sur les chiites, qu’il insultait le Commandeur des croyants (que la paix soit sur lui) ou qu’il préparait le terrain pour la succession de Yazid, il ne violait pas seulement son traité avec l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) : il rompait le caractère sacré d’un engagement pris publiquement devant la communauté islamique.

Ici, la responsabilité ne reposait plus uniquement sur l’Imam. La communauté islamique avait également le devoir de :

  • Reconnaître la rupture du pacte ;
  • Refuser d’accepter la propagande gouvernementale ;
  • Soutenir les opprimés ;
  • Ne pas rester silencieuse face à la transformation du califat en monarchie ;
  • Ne pas laisser l’Imam légitime seul ;
  • Et, dans la mesure de ses capacités, d’empêcher la consolidation de l’oppression et la dénaturation de la religion.

Mais le peuple a-t-il agit ainsi ?

Les figures de proue de la société ont-elles expliqué au peuple la rupture du pacte par Mu‘awiyah ?

Les savants, les récitants du Coran, les chefs tribaux et les personnalités influentes se sont-ils dressés contre la pression exercée sur les chiites ?

Les gens qui, auparavant, avaient appelé l’Imam à la guerre pour ensuite l’abandonner, ont-ils assumé leur responsabilité cette fois-ci ?

Ces questions nous placent au cœur du sujet. L’analyse du traité de paix de l’Imam Hasan (que la paix soit sur lui) n’est complète que lorsque la conduite de la communauté est évaluée parallèlement à celle de l’Imam. Peut-être qu’une grande part de ce qui a été qualifié de « conséquence de la paix de l’Imam » était, en vérité, la conséquence des manquements d’un peuple qui n’a offert ni un soutien digne durant la guerre, ni rempli ses responsabilités sociales après la violation du traité.

Dans la seconde partie, en nous appuyant sur les versets du Coran et les enseignements de la jurisprudence politique islamique, nous examinerons la responsabilité des différents groupes au sein de la société, des savants et des élites aux chefs tribaux et au grand public. Nous verrons également si le silence face à la rupture du pacte, aux meurtres de chiites, aux insultes proférées contre le Commandeur des croyants (que la paix soit sur lui) et à la préparation de la succession de Yazid relevait d’une simple faiblesse politique, ou s’il équivalait à un abandon pur et simple d’un devoir religieux et social.

Partagez cette histoire, choisissez votre plateforme!

Actualités par boîte de réception

Abonnez-vous à la newsletter.

Leave A Comment