Thème de la semaine – Volume 03 Numéro 23

Topic of the Week - Volume 03 Issue 23
Last Updated: juin 4, 2026By Categories: Thème de la semaine0 Comments on Thème de la semaine – Volume 03 Numéro 2315,4 min readViews: 20

La plus grande campagne médiatique de l’histoire de l’Islam

Seyed Hashem Moosavi

Introduction

Aujourd’hui, les grandes organisations mondiales investissent des millions de dollars dans des campagnes publicitaires et médiatiques à seule fin de transmettre un simple message. Pourtant, il y a plus de quatorze siècles, dans le désert brûlant du Hijaz à Ghadîr Khumm, un message fut proclamé qui devait atteindre l’humanité entière jusqu’à la fin des temps, et ce, sans Internet, sans satellites ni presses d’imprimerie.

Imaginez-vous en plein été de l’an dix de l’hégire. Le soleil du Hijaz écrase de ses feux un lieu aride nommé Ghadîr Khumm. Plus de cent mille personnes reviennent du pèlerinage d’adieu en compagnie du Prophète. C’est alors qu’un commandement divin est révélé :

ا أَيُّهَا الرَّسُولُ بَلِّغْ مَا أُنزِلَ إِلَيْكَ مِن رَّبِّكَ،

« Ô Messager ! Transmets ce qui t’a été descendu de la part de ton Seigneur. »

(Al-Ma’idah 5 :67)

L’ordre est donné de s’arrêter. Ceux qui ont pris les devants sont rappelés, et ceux qui sont en arrière les rattrapent. Tous ont conscience qu’une annonce décisive est imminente — une proclamation si vitale que, selon le verset coranique : « وَإِن لَّمْ تَفْعَلْ فَمَا بَلَّغْتَ رِسَالَتَهُ؛ (si tu ne le faisais pas, tu n’aurais pas transmis Son message), la mission entière de vingt-trois années demeurerait inachevée.

Dans la chaleur torride de ce milieu de journée, le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions soient sur lui et sa famille) se tint au sommet d’une chaire improvisée avec des selles de chameaux et prononça un sermon long et historique. En cet instant mémorable, il leva la main de ‘Alî ibn Abî Tâlib (que la paix soit sur lui) et déclara :

«من کنت مولاه فهذا علی مولاه؛ (« Celui dont je suis le maître et le guide, ‘Alî que voici est désormais son maître et son guide. »). Par cette proclamation, il n’introduisait pas seulement son successeur, mais il instituait également un modèle pérenne de direction, de guidance spirituelle et de gouvernance juste pour toutes les générations à venir.

Il ne s’agissait nullement d’une simple cérémonie d’introduction, mais bien du point de départ de la campagne médiatique la plus grandiose et la plus extraordinaire de l’histoire islamique. Lors de cette campagne, chaque musulman présent — en vertu de l’instruction explicite du Prophète stipulant que « ceux qui sont présents doivent transmettre ce message à ceux qui sont absents, et les pères à leurs enfants, jusqu’au Jour de la Résurrection » — se vit confier le rôle de reporter et de relais responsable. Ainsi, cette vérité ne risquait plus d’être ensevelie sous la poussière du temps, mais demeurerait un courant vivant traversant les âges.

Ghadîr marque ainsi la naissance d’un modèle médiatique original, qui a su faire des liens familiaux et de la transmission de bouche à oreille le réseau social le plus puissant de l’histoire.

Première partie : Retour sur les protocoles médiatiques du Prophète lors de l’événement de Ghadîr

Maintenant que l’importance du message de Ghadîr est clairement établie, une question cruciale se pose : comment ce message monumental a-t-il pu être délivré de manière à capter l’attention de dizaines de milliers d’auditeurs sur place, tout en garantissant sa transmission aux générations futures ? Une lecture attentive de la conduite du Prophète le jour de Ghadîr révèle qu’il fit bien plus que prononcer un discours ; il mit en œuvre des méthodes de communication précises et délibérées, exécutant ainsi un protocole médiatique minutieusement conçu.

  • Technique n° 1 : Créer le silence et focaliser l’attention médiatique

Une fois les rites du pèlerinage accomplis, un vaste réseau humain de plus de cent mille personnes fit mouvement vers Ghadîr Khumm sur instruction du Prophète. Même douze mille pèlerins venus du Yémen — dont l’itinéraire ne les menait pas naturellement vers le nord — se joignirent à cette marche afin d’être présents. Lorsque la foule atteignit Ghadîr, l’ordre d’arrêt fut donné. Ceux qui marchaient en tête rebroussèrent chemin, tandis que ceux qui fermaient la marche rallièrent le point de rassemblement. Une estrade surélevée fut ensuite construite à l’aide de pierres et de selles de chameaux, permettant ainsi d’éliminer toute source de distraction et de capter pleinement l’attention de l’auditoire.

  • Technique n° 2 : Obtenir l’assentiment public et assurer la rétroaction

Avant de délivrer le cœur de son message, le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui et sa famille) commença par obtenir un assentiment explicite de la foule : «ألستُ أولى بكم من أنفسكم؟؛ (« Mon autorité sur vous ne prévaut-elle pas sur celle que vous exercez sur vous-mêmes ? »). Cette question prépara l’auditoire sur les plans mental et spirituel à ce qui allait suivre. Dans le jargon des sciences de la communication, cela permit d’établir un alignement avec le public avant la diffusion du message central.

  • Technique n° 3 : Émettre un mandat universel de transmission

Le passage final du sermon représente le sommet de la stratégie médiatique de cette époque :

معاشر الناس انی ادعها امامة و وارثة فی عقبی الی یوم القیامة و قد بلغت ما امرت بتبلیغه حجة علی کل حاضر و غائب و علی کل احد ممن شهد اولم یشهد،ولد اولم یولد  فلیبلغ الحاضر الغائب وَ الْوَالِدُ الْوَلَدَ اِلَی یَوْمِ الْقِیَامَةِ

« Ô gens ! Je l’institut désormais comme un imamat et un héritage au sein de ma descendance jusqu’au Jour de la Résurrection. J’ai certes transmis ce qu’il m’a été ordonné de transmettre, en tant que preuve manifeste face à quiconque est présent ou absent, face à quiconque a été témoin ou ne l’a pas été, et face à quiconque est déjà né ou reste à naître. Que celui qui est présent transmette donc ce message à l’absent, et que le père le transmette à l’enfant, et ce, jusqu’au Jour de la Résurrection. »

(Biār al-Anwār, extrait du sermon de Ghadîr Khumm du Prophète Muhammad (que la paix soit sur lui)

De cette manière, le message de Ghadîr ne fut point abandonné à une élite restreinte ; il fut confié à la communauté tout entière.

Par ces mots, le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui et sa famille) brisa toute notion de monopole médiatique. Il ne limita pas la transmission à une classe spécialisée de prédicateurs ou de savants. Au contraire, il transforma le sermon de Ghadîr en ce que nous qualifierions aujourd’hui de message « viral » — une annonce que chaque individu, au sein de la société, avait la responsabilité de propager.

Deuxième partie : Les opérations psychologiques de l’ennemi

Lorsque cette stratégie de communication minutieusement conçue est mise en regard du commandement universel de transmission dicté par le Prophète, une autre vérité s’impose : partout où la vérité n’est pas transmise avec précision et persistance, la voie s’ouvre à la distorsion et à la falsification.

Dans l’histoire des médias, le danger ne réside pas toujours dans la négation pure et simple d’un fait ; il arrive parfois que se produise un phénomène bien plus destructeur : la manipulation du sens et la fabrique de récits alternatifs.

Dès lors que ceux qui avaient été témoins de Ghadîr manquèrent à leur devoir de transmission en ne le prenant pas au sérieux, les conditions furent réunies pour que la vérité fasse l’objet d’une ingénierie inverse. Deux niveaux distincts d’opérations psychologiques commencèrent alors à émerger.

1- Le niveau de la distorsion : Le détournement du message

Bon nombre d’opposants à Ghadîr ne pouvaient nier l’événement en lui-même, ni la célèbre déclaration «مَن کُنتُ مَولاه» (« Celui dont je suis le maître, ‘Alî est son maître »), tant le nombre de témoins oculaires était considérable. Ils se tournèrent donc plutôt vers une distorsion sémantique. Le terme pivot, mawla, qui dans ce contexte signifiait de manière évidente l’autorité, la guidance spirituelle et la direction, fut réduit au sens plus inoffensif d’amitié ou d’affection.

C’est précisément ce que la théorie moderne des médias nomme le cadrage (framing). L’événement fut placé au sein du cadre d’une « expression d’affection », de sorte que sa portée politique et sa force de gouvernance s’en trouvèrent neutralisées. Le silence de ceux qui avaient pourtant été témoins du pacte d’allégeance et des félicitations publiques conféra une légitimité à cette lecture biaisée. Cela permit à une version édulcorée et aplatie de Ghadîr de se substituer à son essence même : une direction et une gouvernance divinement guidées.

2- Le niveau de la fabrication : La production de récits alternatifs

Dans le vide médiatique créé par le silence des compagnons sincères, des récits parallèles furent produits afin d’ombrager la grandeur de Ghadîr et d’en détourner l’attention. Des rapports forgés de toutes pièces, faisant l’éloge d’autres figures, furent mis en circulation de telle sorte que, dans l’esprit du public, Ghadîr n’apparaisse plus comme une nomination divine singulière, mais simplement comme un épisode ordinaire parmi tant d’autres au cours du pèlerinage.

Troisième partie : Les conséquences du silence médiatique face à la distorsion et à la fabrication.

Ces deux dimensions — la distorsion du sens et la fabrication de récits alternatifs — ne constituaient pas de simples problèmes théoriques ou historiques. Au fil du temps, elles ont produit de profondes conséquences sociales, doctrinales et politiques. Avant de nous pencher sur notre responsabilité aujourd’hui, il nous faut d’abord mesurer tout le poids de ces répercussions.

  1. La perte de repères et la confusion des générations futures

Lorsque les « médias de Ghadîr » se turent et que la chaîne de transmission directe fut rompue, l’une des plus grandes ruptures cognitives de l’histoire islamique commença à se déployer. Des enfants qui auraient dû entendre le récit authentique de Ghadîr au sein de leur foyer de la bouche de leurs pères — ces témoins oculaires précisément investis de la mission de le transmettre — grandirent au contraire dans une atmosphère de silence et de lourd boycott informationnel.

La terrible conséquence de cet environnement opaque et silencieux fut un conformisme social à grande échelle. La distorsion s’ancra si profondément qu’à peine cinquante ans après la disparition du Prophète, la tragédie de Karbalâ’ devint possible. En d’autres termes, le silence médiatique d’hier prépara le terrain aux justifications religieuses de demain, jusqu’à ce que le meurtre du propre petit-fils du Prophète puisse être présenté au nom de la religion, du djihad et de la défense de l’ordre politique, et qu’une large part du public l’accepte.

  1. Transformer une vérité absolue en un brouillard de doute

Un événement attesté par plus de cent mille personnes et proclamé ouvertement par le Messager de Dieu aurait dû demeurer l’une des réalités les plus manifestes et les plus indiscutables de l’histoire islamique. Pourtant, la conséquence directe d’une transmission défaillante, d’une réédition passive et d’un repli vers une interprétation d’ordre privé fut le sacrifice progressif de cette vérité transparente.

En créant le doute, en manipulant les mots et en déplaçant les priorités, les stratégies rivales sont parvenues à réduire Ghadir, de principe fondateur et vital, à un événement historique mineur. En raison de cette passivité médiatique du côté de la vérité, le soleil éclatant de Ghadir s’est trouvé occulté par les nuages d’une interprétation sélective ; ainsi, pour de nombreux chercheurs de vérité sincères, cette limpide déclaration est devenue un sujet de controverse, d’ambiguïté et de suspicion.

  1. La séparation du politique et de la guidance

En étouffant ou en remodelant le message politique de Ghadîr — modèle de gouvernance fondé sur la tutelle spirituelle (walayah), la justice et l’autorité morale —, un coup profond fut porté au corps même de la civilisation islamique. La gestion de la société, de la politique et du pouvoir fut détournée de sa trajectoire divinement guidée. Une fois rompu le lien indissociable entre guidance spirituelle et direction politique, la religion fut reléguée à la sphère privée de la dévotion personnelle, tandis que l’arène du pouvoir fut abandonnée à ceux que guidait l’ambition terrestre.

Le résultat concret de cette séparation fut le retour progressif et alarmant des tendances aristocratiques antéislamiques, imprégnées du même esprit tribal et classiste, mais revêtant désormais les habits neufs d’un pouvoir héréditaire et autoritaire.

Quatrième partie : Ghadîr à l’ère contemporaine : Comment devenir les reporters de Ghadîr aujourd’hui ?

L’examen de ces conséquences démontre que Ghadîr n’est pas un simple épisode historique relégué au passé. C’est une vérité vivante qui interpelle directement nos responsabilités culturelles, sociales et médiatiques actuelles. C’est pourquoi nous devons désormais quitter le terrain de l’histoire pour nous plonger au cœur de la vie contemporaine et poser cette question : si le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui et sa famille) a ordonné que le message de Ghadîr soit maintenu vivant jusqu’au Jour de la Résurrection, comment devons-nous soutenir cette campagne à l’ère des technologies modernes ?

Voici plusieurs étapes concrètes et efficaces pour assumer aujourd’hui le rôle de communicateurs de Ghadîr. Ces mesures répondent directement aux dérives décrites précédemment : si la distorsion s’enracine en l’absence d’un récit authentique, alors la renaissance de Ghadîr doit commencer par la production d’une narration claire, captivante et continue.

  1. Briser le cadre de la distorsion : Mettre l’accent sur le modèle humain et administratif de l’Imam ‘Alî (que la paix soit sur lui)

L’un des meilleurs moyens de neutraliser la distorsion historique consiste à réinterpréter Ghadîr à la lumière des besoins humains actuels. Le monde moderne aspire profondément à la justice, à l’intégrité, à la lutte contre la corruption et au respect de la dignité humaine. Plutôt que de simplement faire circuler à nouveau de longs textes répétitifs, nous pouvons extraire des passages percutants des lettres et des sermons de l’Imam ‘Alî — en particulier du Nahj al-Balâghah, à l’instar de ses instructions à Mâlik al-Ashtar — et les présenter sous des formats élégants et contemporains. En agissant ainsi, la vision de gouvernance de Ghadir et le modèle alide de direction apparaissent plus clairs et d’autant plus convaincants.

  1. Recourir au micro-contenu : Créer pour des temps d’attention réduits

Le public d’aujourd’hui, en particulier la génération Z, ne s’engage que rarement dans la lecture de textes de plusieurs pages. Sur les plateformes numériques et les réseaux sociaux, les utilisateurs recherchent des contenus rapides, clairs et percutants. De courtes vidéos dotées de sous-titres captivants, des extraits audios concis et des infographies créatives permettent d’expliquer une question historique controversée ou de faire revivre une vertu oubliée, le tout sur un ton qui soit à la fois chaleureux et rigoureusement documenté.

  1. Présenter Ghadîr au-delà des clivages confessionnels : Produire un contenu international

Selon le Coran, la mission du Prophète est universelle. Dès lors, Ghadîr ne devrait pas être confiné au sein de frontières confessionnelles ou géographiques étroites. À titre de mesure concrète, les déclarations percutantes de penseurs non musulmans au sujet du caractère unique de l’Imam ‘Alî (que la paix soit sur lui) peuvent être traduites et publiées en différentes langues. Le présenter comme un symbole universel de justice et d’humanité constitue l’une des voies les plus efficaces pour faire découvrir l’événement de Ghadîr à un public mondial.

  1. Raconter l’histoire par le prisme de l’art et de la littérature

Ghadîr est d’une grande richesse en termes de dramaturgie, d’intensité, de beauté et d’émotion humaine. Écrivains, poètes, graphistes et artistes ont tous un rôle à jouer pour faire vivre son message. Une nouvelle littéraire racontée du point de vue d’un enfant présent à Ghadîr, une bande dessinée attrayante pour les jeunes lecteurs ou une simple animation graphique (motion design) peuvent souvent transmettre ce message de manière bien plus efficace que les méthodes conventionnelles.

  1. Créer une dynamique sociale sur le terrain, renforcée par le partage numérique

Le rayonnement numérique ne doit jamais nous faire négliger le monde réel ; les deux sphères doivent au contraire se renforcer mutuellement. Des campagnes citoyennes inspirées par l’amour de l’Imam ‘Alî (que la paix soit sur lui) peuvent façonner l’espace public de manière significative. À titre d’exemple, on pourrait encourager les citoyens, le jour de la Eïd al-Ghadîr, à accomplir un acte de bienveillance — proposer des réductions commerciales, faire grâce d’une dette, offrir une consultation médicale gratuite ou distribuer des douceurs aux enfants — puis à partager cette action en ligne. De la sorte, l’image mentale que la société se fait de Ghadîr s’ancre dans une expérience vécue de justice, de générosité et de compassion.

Conclusion

L’essence de cette réflexion réside dans le fait que Ghadîr n’est pas un simple événement historique ou une commémoration cérémonielle. C’est un modèle pérenne pour transmettre la vérité, résister à la distorsion et assumer une responsabilité médiatique. Si la faiblesse de la narration de la vérité a autrefois créé les conditions propices à la distorsion et à la fabrication, alors toute négligence aujourd’hui dans l’explication sage, esthétique et efficace de Ghadîr risque de reproduire le même vide.

C’est pourquoi les outils médiatiques numériques actuels peuvent être envisagés comme le prolongement des chaires de Ghadîr — des tribunes qui, si elles sont investies de manière consciente et responsable, peuvent maintenir vivant le message d’autorité spirituelle, de justice et de guidance. Dans ce domaine, nul ne saurait demeurer simple spectateur ; chaque plume, chaque voix et chaque action significative peut s’inscrire dans le cadre de notre devoir partagé de porter Ghadîr vers l’avenir.

Partagez cette histoire, choisissez votre plateforme!

Actualités par boîte de réception

Abonnez-vous à la newsletter.

Leave A Comment