L’écho éternel des récits coraniques – Volume 03 Numéro 30

Everlasting Tales of the Quran – Volume 03 Issue 30

L’épopée du prophète Haroun (paix sur lui) : Du palais de Pharaon au mont Hor

Le récit de la vie du prophète Haroun, frère aîné du prophète Moussa  (paix sur eux), est une fresque épique marquée par de nombreux tournants. Depuis les terres d’Égypte jusqu’aux étendues désertiques du Sinaï, Haroun s’est imposé comme une figure emblématique de la loyauté, de la résilience et d’une éloquence remarquable dans la gestion des crises. Cette histoire illustre la force du lien fraternel entre deux hommes qui, face à la tyrannie de Pharaon, ont su braver les épreuves les plus intenses. Le Saint Coran souligne leur noblesse en ces termes :

« وَلَقَدْ مَنَنَّا عَلَىٰ مُوسَىٰ وَهَارُونَ * وَنَجَّيْنَاهُمَا وَقَوْمَهُمَا مِنَ الْكَرْبِ الْعَظِيمِ » (صافات، ۱۱۴-۱۱۵)

« Et Nous accordâmes certes à Moussa et Haroun des faveurs, » (As-Saffat, 37 :114)

« et les sauvâmes ainsi que leur peuple, de la grande angoisse, » (As-Saffat, 37 :115)

Le début de la mission, la prière de Moussa (que la paix soir sur lui) et les vertus de Haroun (que la paix soit sur lui)

Lorsque le prophète Moussa (paix sur lui), au sommet sacré du mont Sinaï, fut investi de la mission d’affronter Pharaon, ce tyran dont l’orgueil défiait les cieux, il comprit l’immensité de sa tâche. Bien qu’il fût armé des miracles du bâton et de la main lumineuse, il perçut que pour ébranler les fondements du despotisme égyptien, il lui fallait davantage que des signes prodigieux : il lui fallait une éloquence irréfutable, un « média » divin capable de porter la parole de Dieu avec une clarté absolue, afin que Pharaon ne puisse se prévaloir d’aucun mépris face à son élocution.

C’est alors qu’il tourna son cœur vers le Très-Haut dans une invocation empreinte d’une beauté et d’une ferveur épiques, immortalisée à jamais dans la sourate « Ta-Ha ». Moussa demanda l’élargissement de son esprit pour porter le poids de cette prophétie. Il sollicita que son frère Haroun soit désigné comme son ministre et son allié, conscient que la droiture et l’éloquence naturelle de son frère seraient le socle indispensable à leur mission commune :

« وَاجْعَلْ لِي وَزِيرًا مِنْ أَهْلِي ، هَارُونَ أَخِي ، اشْدُدْ بِهِ أَزْرِي ، وَأَشْرِكْهُ فِي أَمْرِي » (طه، ۲۹-۳۲)

« et assigne-moi un assistant de ma famille :

Haroun, mon frère,

accrois par lui ma force !

Et associe-le à ma mission. » (Taha, 20 : 29-32)

Concernant l’éloquence de Haroun et son rôle de soutien, il est dit dans un autre verset :

« وَأَخِي هَارُونُ هُوَ أَفْصَحُ مِنِّي لِسَانًا فَأَرْسِلْهُ مَعِيَ رِدْءًا يُصَدِّقُنِي ۖ إِنِّي أَخَافُ أَنْ يُكَذِّبُونِ » (قصص، ۳۴)

« Mais Haroun, mon frère, est plus éloquent que moi. Envoie-le donc avec moi comme auxiliaire, pour déclarer ma véracité ! Je crains, vraiment, qu’ils ne me traitent de menteur. » (Al-Qasas, 28 :34)

L’exaucement divin et le début d’une épopée à deux

Dieu, dans Sa sagesse infinie, connaissait la sincérité de Moussa ainsi que les éminents talents de Haroun. Resté en Égypte au milieu des Enfants d’Israël, Haroun s’était distingué par son éloquence, sa nature apaisante et la haute estime que lui portait son peuple. Dieu exauça sans délai l’invocation de Son prophète, dissipant par cet appui divin la solitude de Moussa dans l’accomplissement de sa mission.

« قَالَ قَدْ أُوتِيتَ سُؤْلَكَ يَا مُوسَىٰ »

« [Allah] dit : « Ta demande est exaucée, ô Moussa ! » » (Taha, 20 :36)

Dans le verset 35 de la sourate Al-Qasas, Il exprima cette réponse sur un ton encore plus encourageant :

« قَالَ سَنَشُدُّ عَضُدَكَ بِأَخِيكَ وَنَجْعَلُ لَكُمَا سُلْطَانًا فَلَا يَصِلُونَ إِلَيْكُمَا ۚ بِآيَاتِنَا أَنتُمَا وَمَنِ اتَّبَعَكُمَا الْغَالِبُونَ »

« [Allah] dit : « Nous allons t’apporter le soutien de ton frère, et vous donner, à vous deux, des arguments irréfutables ; ils ne sauront vous atteindre, grâce à Nos signes [Nos miracles]. Vous deux et ceux qui vous suivront serez les vainqueurs. » (Al-Qasas, 28 :35)

Dieu révéla alors Sa volonté à Haroun, en Égypte, l’appelant à aller à la rencontre de son frère. Dépourvu de toute trace de jalousie, de compétition ou de soif de privilèges face à la mission prophétique confiée à son cadet, Haroun accueillit Moussa à bras ouverts. Incarnant la douceur, la tolérance et une éloquence à la fois fluide et percutante, il se tint aux côtés de Moïse pour pénétrer dans le palais de Pharaon et en ébranler les fondations. Par la clarté de son verbe et la force de ses discours, il défendit les idéaux du monothéisme, œuvrant sans relâche jusqu’à ce que les Enfants d’Israël soient libérés du joug de Pharaon.

L’absence de Moussa et la grande épreuve de Haroun face à la sédition de Samiri

Après la destruction de Pharaon, la traversée miraculeuse de la mer et l’installation des Enfants d’Israël dans le désert du Sinaï, Moussa (paix sur lui) se rendit au mont Sinaï pour un entretien spirituel de trente jours. Avant d’entamer cette ascension, il confia la gestion et la direction de la communauté à son frère Haroun, une transmission de responsabilité que le Saint Coran relate en ces termes :

« وَقَالَ مُوسَىٰ لِأَخِيهِ هَارُونَ اخْلُفْنِي فِي قَوْمِي وَأَصْلِحْ وَلَا تَتَّبِعْ سَبِيلَ الْمُفْسِدِينَ » (اعراف، ۱۴۲)

« …Et Moussa dit à son frère Haroun : « Remplace-moi auprès de mon peuple, et agis-en bien, et ne suis pas le chemin des corrupteurs. » » (Al-A’raf, 7 :142)

Cependant, par ordre divin, cette période fut prolongée de dix jours, atteignant ainsi une durée de quarante jours. Durant cette période, Haroun fut le successeur officiel de Moussa auprès du peuple. Cette prolongation imprévue devint alors le terreau d’une épreuve majeure et le prélude à une sédition au sein de la communauté.

La déviation des Enfants d’Israël et la position ferme de Haroun (paix sur lui)

Profitant de l’absence prolongée de Moussa, un homme nommé Samiri, artisan habile, tira parti du trouble qui s’était emparé du peuple pour semer le doute sur le retour du prophète. Usant de son savoir-faire, il façonna un veau d’or à partir des bijoux de la communauté ; l’idole fut conçue avec une ingéniosité telle que, sous l’effet du vent s’engouffrant dans ses conduits internes, elle émettait un mugissement troublant.

Marqués par des années d’immersion dans la culture idolâtre égyptienne, les Enfants d’Israël, dans un moment d’égarement, se laissèrent séduire par cette manifestation matérielle. Haroun, seul, s’opposa de toutes ses forces à cette déviation, tentant désespérément de maintenir le peuple sur la voie de la droiture :

« وَلَقَدْ قَالَ لَهُمْ هَارُونُ مِنْ قَبْلُ يَا قَوْمِ إِنَّمَا فُتِنْتُمْ بِهِ ۖ وَإِنَّ رَبَّكُمُ الرَّحْمَٰنُ فَاتَّبِعُونِي وَأَطِيعُوا أَمْرِي » (طه، ۹۰)

« Certes, Haroun leur avait bien dit auparavant : « Ô mon peuple ! Vous êtes tombés dans la tentation (à cause du veau). Or, c’est le Tout Miséricordieux qui est vraiment votre Seigneur. Suivez-moi donc et obéissez à mon commandement ! » » (Taha, 20 :90)

Cependant, la vague de sédition avait rendu le peuple aveugle à la raison. L’influence de Haroun ne perdura que tant qu’il ne se heurta pas aux caprices de la foule ; dès qu’il affirma sa position, ce peuple, autrefois dévoué, se retourna contre lui, le menaçant de mort. Haroun se trouva alors confronté à un dilemme déchirant : risquer une guerre civile aux conséquences fratricides, menant à l’anéantissement des Enfants d’Israël, ou privilégier la patience afin de préserver l’unité de la communauté. Choisissant d’épargner à ses semblables une scission irréparable, il fit preuve d’une retenue exemplaire, assumant seul le poids de cette épreuve dans l’attente du retour de son frère.

Le retour en colère de Moussa et la défense de Haroun

Lorsque Moussa revint, porteur des Tables de la Loi, et découvrit son peuple en pleine adoration du veau, il fut saisi d’une colère intense. Dans un élan impétueux, il se dirigea vers Haroun et le saisit par la tête pour l’attirer à lui. Avec une humilité et une courtoisie suprême, Haroun appela son frère au calme et dit :

« قَالَ ابْنَ أُمَّ إِنَّ الْقَوْمَ اسْتَضْعَفُونِي وَكَادُوا يَقْتُلُونَنِي فَلَا تُشْمِتْ بِيَ الْأَعْدَاءَ وَلَا تَجْعَلْنِي مَعَ الْقَوْمِ الظَّالِمِينَ » )اعراف، ۱۵۰(

« Il dit : “Ô fils de ma mère, (dit Haroun), le peuple m’a traité en faible, et peu s’en est fallu qu’ils ne me tuent. Ne fais donc pas que les ennemis se réjouissent à mes dépens, et ne m’assigne pas la compagnie des gens injustes !” » (Al-A’raf. 7 : 150)

Il exposa ensuite la gravité de la situation et la menace qui pesait sur la communauté :

« قَالَ يَا ابْنَ أُمَّ لَا تَأْخُذْ بِلِحْيَتِي وَلَا بِرَأْسِي ۖ إِنِّي خَشِيتُ أَنْ تَقُولَ فَرَّقْتَ بَيْنَ بَنِي إِسْرَائِيلَ وَلَمْ تَرْقُبْ قَوْلِي » (طه، ۹۴)

« [Haroun] dit : « Ô fils de ma mère ! Ne me prends ni par la barbe ni par la tête. Je craignais que tu ne dises : « Tu as divisé les enfants d’Israël et tu n’as pas observé mes ordres. » » (Taha, 20 :94)

À l’écoute de ces explications, Moussa comprit que son frère avait agi avec la sagesse requise face à une épreuve insurmontable et que le véritable instigateur de cette dérive était le Samiri. Apaisé et conscient de la droiture de Haroun, il se tourna alors vers le Créateur, implorant Sa miséricorde en ces termes :

À ces mots, Moussa (paix sur lui) comprit que son frère avait fait tout son possible et que le véritable coupable était Samiri. Il pria alors pour lui-même et pour son frère :

« پروردگارا! من و برادرم را بیامرز و ما را در رحمت خود داخل کن.« (اعراف، ۱۵۱).

« Seigneur, pardonne-moi ainsi qu’à mon frère et fais-nous entrer dans Ta miséricorde ! » (Al-A’raf, 7 :151).

Le décès solitaire sur le mont Hor

Bien des années plus tard, alors que les Enfants d’Israël erraient encore dans le désert, l’heure de Haroun (que la paix soit sur lui) approcha. Dieu Tout-Puissant révéla alors à Moussa de conduire son frère sur le mont Hor afin qu’il y rende son dernier souffle.

Les deux frères entamèrent leur ascension. Arrivés au sommet, ils découvrirent une chambre merveilleuse, ornée d’un trône majestueux et de tapis raffinés, d’où s’élevait un parfum céleste. En découvrant ce lieu empreint d’une sérénité absolue, Haroun confia à son frère : « Ô mon frère, je suis épuisé. Quel repos ce trône offre-t-il, j’aimerais m’y étendre un instant. » Moussa lui répondit avec douceur : « Repose-toi alors. »

Haroun s’allongea sur le trône et, à cet instant précis, l’Ange de la Mort apparut. Tournant son regard vers Moussa, Haroun lui dit : « Mon frère, ma fin est arrivée ; je me remets à la volonté divine. » Moussa prit son frère dans ses bras et, tandis que son âme pure s’envolait vers son Créateur, le trône et la chambre s’élevèrent vers les cieux jusqu’à disparaître.

Après son décès, son corps pur fut lavé et drapé par les anges, puis fut enseveli sur ce même mont.

La fausse accusation, le témoignage des anges et la manifestation de la vérité

Lorsque Moussa (que la paix soit sur lui) retourna seul auprès des Enfants d’Israël, de vieilles rancœurs et une propension à la contestation se réveillèrent parmi le peuple. Certains allèrent jusqu’à accuser Moussa d’avoir causé la mort de son frère, Haroun, dont la popularité auprès des siens était immense. Pour que la lumière soit faite sur cette tragédie, Dieu manifesta un prodige afin que tous soient témoins que Haroun avait été rappelé à Lui par décret divin, lors d’un décès naturel, et que Moussa était totalement étranger à sa fin. Une fois cette vérité établie, l’innocence de Moussa fut proclamée, et le peuple, empli de regret, pleura la disparition de Haroun.

La tradition rapporte deux récits concernant la manifestation de ce miracle :

  • Le premier relate que Dieu ordonna aux anges de porter le corps de Haroun sur un trône, le rendant visible aux yeux de tous. Une voix céleste retentit alors, confirmant les paroles de Moussa et attestant que le décès de Haroun était survenu de manière naturelle.
  • Le second récit évoque que Dieu conduisit le peuple près de la sépulture de Haroun où, par permission divine, le prophète s’adressa à eux depuis sa tombe pour confirmer la véracité des dires de Moussa.

Leçons pédagogiques et éducatives de l’histoire

  • Le principe du travail d’équipe et de l’organisation : Les grandes missions sociales ne peuvent être accomplies par des actions solitaires. Former une équipe, préparer des cadres et disposer de soutiens de confiance est la tradition des prophètes (Sunna).
  • Le courage de l’humilité et le rejet de l’orgueil : Malgré son rang élevé, Moïse (paix sur lui) a reconnu son défaut d’élocution et la plus grande éloquence de son frère afin que la mission d’appel à Dieu soit menée de la meilleure manière.
  • La purification de l’âme de la jalousie : Aaron (paix sur lui), sans aucune compétition négative, a accepté d’être le ministre et le subordonné de son frère cadet, consacrant toute son énergie à la réussite de sa mission.
  • La préservation de l’unité de la communauté prime sur tout : La stratégie d’Aaron face à la sédition de Samiri a montré que, parfois, pour éviter la division et la destruction de la société, il faut faire preuve de patience et ne pas attiser le feu d’une guerre civile.
  • La sédition aveugle la raison : L’histoire de Samiri a démontré que lors de troubles, les émotions fortes, les rumeurs et les outils visuels ou sonores ravissent la raison des foules ; dans un tel climat, l’éclaircissement nécessite du temps et de la fermeté.

Liste exhaustive des sources

A) Versets du Saint Coran

  • Sourate Ta-Ha : versets 11 à 36 (l’épisode de la vallée sacrée, l’ouverture du cœur et le ministère d’Aaron) ; versets 90 à 94 (la confrontation d’Aaron avec Samiri et son dialogue avec Moïse).
  • Sourate Al-Qasas : versets 34 et 35 (l’aveu de Moïse concernant l’éloquence d’Aaron et la demande d’aide).
  • Sourate Ash-Shu’ara : versets 11 à 15 (les préoccupations de Moïse concernant son bégaiement et le réconfort de Dieu).
  • Sourate Al-A’raf : verset 150 (le rapport d’Aaron à Moïse concernant la tentative de meurtre par le peuple).
  • Sourate Az-Zukhruf : verset 52 (l’insulte de Pharaon à propos du bégaiement de Moïse).

B) Sources exégétiques et narratives chiites

  • ‘Ilal al-Shara’i, Cheikh Saduq (décédé en 381 H), volume 1, page 68, chapitre 53 (texte précis de la narration de l’Imam Sadiq sur l’ascension au mont Hor, la mort d’Aaron et l’accusation des Enfants d’Israël).
  • Bihar al-Anwar, Allama Majlisi, volume 13, page 366, hadith 7 (Livre de l’histoire des prophètes, chapitre des récits de Moïse et de la condition d’Aaron).
  • Tafsir Majma’ al-Bayan, Allama Tabarsi : à propos des sourates Ta-Ha et Az-Zukhruf (mention de l’enfance de Moïse et de l’épreuve du charbon ardent au palais de Pharaon).
  • Tafsir al-Mizan, Allama Tabataba’i : volumes 14 et 16 (analyse profonde de la réalité du ministère d’Aaron et étude de la structure argumentative de sa stratégie face à Samiri).
  • Tafsir Nur al-Thaqalayn, Ibn Jumu’a Huwayzi, volume 2, page 541 (transmission des récits concernant la période d’errance des Enfants d’Israël).

 

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