L’écho éternel des récits coraniques – Volume 03 Numéro 28

Everlasting Tales of the Quran – Volume 03 Issue 28

Les pas de la pudeur : Chasteté et droiture dans le récit de Madyan

Suite à l’incident survenu en Égypte, le prophète Musa (que la paix soit sur lui) prit la direction de Madyan pour fuir la tyrannie de Pharaon. Il entama ce long périple à pied, dépourvu de tout, sans vivres, sans monture et sans guide.

Après plusieurs jours de marche, il atteignit les abords de Madyan, épuisé, affamé et les pieds meurtris. Il s’arrêta alors près d’un puits pour y trouver un peu de repos. Les lieux étaient en pleine effervescence : une foule de bergers s’y pressait bruyamment pour abreuver leurs troupeaux. C’est alors que son attention fut portée sur deux jeunes femmes, postées à l’écart, qui s’efforçaient seules de contenir leur troupeau afin de ne pas se mêler au tumulte des autres bergers. Le Saint Coran dépeint cet instant en ces termes :

وَلَمَّا وَرَدَ مَاءَ مَدْيَنَ وَجَدَ عَلَيْهِ أُمَّةً مِنَ النَّاسِ يَسْقُونَ وَوَجَدَ مِنْ دُونِهِمُ امْرَأتَيْنِ تَذُودَانِ قَالَ مَا خَطْبُكُمَا ۖ قَالَتَا لَا نَسْقِي حَتَّىٰ يُصْدِرَ الرِّعَاءُ ۖ وَأَبُونَا شَيْخٌ كَبِيرٌ
« Et quand il fut arrivé au point d’eau de Madyan, il y trouva un attroupement de gens abreuvant [leur bêtes] et il trouva aussi deux femmes se tenant à l’écart et retenant [leurs bêtes]. Il dit : « Que voulez-vous ? » Elles dirent : « Nous n’abreuverons que quand les bergers seront partis ; et notre père est fort âgé. » » (Al-Qasas, 28 :23)

Bien que le prophète Musa (que la paix soit sur lui) fût extrêmement épuisé et affamé, il s’avança, souleva l’imposante pierre qui recouvrait le puits et puisa de l’eau pour leur troupeau. Puis, sans attendre de remerciements ni espérer aucune récompense, il se retira à l’ombre d’un arbre, se tourna vers son Seigneur et pria ainsi :

فَسَقَىٰ لَهُمَا ثُمَّ تَوَلَّىٰ إِلَى الظِّلِّ فَقَالَ رَبِّ إِنِّي لِمَا أَنْزَلْتَ إِلَيَّ مِنْ خَيْرٍ فَقِيرٌ
« Il abreuva [les bêtes] pour elles, puis retourna à l’ombre et dit : « Seigneur ! J’ai grand besoin du bien que tu fasses descendre vers moi. » » (Al-Qasas, 28 :24)

Une invitation au foyer et l’observance de la pudeur

Peu de temps après, l’une des deux jeunes femmes s’approcha du prophète Musa (que la paix soit sur lui) avec une dignité et une modestie remarquable, afin de l’inviter à se rendre chez son père, pour qu’il puisse être rétribué pour sa bonté.

فَجَاءَتْهُ إِحْدَاهُمَا تَمْشِي عَلَى اسْتِحْيَاءٍ قَالَتْ إِنَّ أَبِي يَدْعُوكَ لِيَجْزِيَكَ أَجْرَ مَا سَقَيْتَ لَنَا ۚ فَلَمَّا جَاءَهُ وَقَصَّ عَلَيْهِ الْقَصَصَ قَالَ لَا تَخَفْ ۖ نَجَوْتَ مِنَ الْقَوْمِ الظَّالِمِينَ
« Puis, l’une des deux femmes vint à lui, d’une démarche timide, et lui dit : « Mon père t’appelle pour te récompenser pour avoir abreuvé pour nous. » Et quand il fut venu auprès de lui et qu’il lui eut raconté son histoire, il (le vieillard) dit : « N’aie aucune crainte ! Tu as échappé aux gens injustes.” » (Al-Qasas, 28 :25)

Après que le prophète Musa (que la paix soit sur lui) fut entré dans la demeure et eut raconté le récit de sa vie au prophète Chou’ayb (que la paix soit sur lui), ce dernier le rassura et lui offrit la sérénité. Au cours de cette entrevue, l’une des filles de Chou’ayb fit à son père une suggestion pleine de sagesse, une recommandation que le Saint Coran a préservée pour la postérité :

قَالَتْ إِحْدَاهُمَا يَا أَبَتِ اسْتَأْجِرْهُ ۖ إِنَّ خَيْرَ مَنِ اسْتَأْجَرْتَ الْقَوِيُّ الْأَمِينُ

« L’une d’elles dit : « Ô mon père ! Engage-le [à ton service] moyennant salaire, car le meilleur à engager c’est celui qui est fort et digne de confiance. » » (Al-Qasas, 28 :26)

Selon les narrations, le prophète Chou’ayb (que la paix soit sur lui) interrogea sa fille : « Tu as été témoin de sa force lorsqu’il a puisé l’eau au puits, mais comment as-tu pu reconnaître sa vertu ? »

Elle répondit alors : « Alors que nous marchions vers la maison, il a refusé de marcher derrière moi, craignant que son regard ne se pose sur ma silhouette. »

Lorsque le prophète Chou’ayb (que la paix soit sur lui) observa une telle maturité et une telle pudeur chez sa fille, associées à une telle intégrité et une telle noblesse de caractère chez le prophète Musa (que la paix soit sur lui), il comprit qu’il avait devant lui un homme d’exception. C’est ainsi qu’il lui proposa de s’unir à l’une de ses filles.

قَالَ إِنِّي أُرِيدُ أَنْ أُنْكِحَكَ إِحْدَى ابْنَتَيَّ هَاتَيْنِ عَلَىٰ أَنْ تَأْجُرَنِي ثَمَانِيَ حِجَجٍ ۖ فَإِنْ أَتْمَمْتَ عَشْرًا فَمِنْ عِنْدِكَ ۖ وَمَا أُرِيدُ أَنْ أَشُقَّ عَلَيْكَ ۚ سَتَجِدُنِي إِنْ شَاءَ اللَّهُ مِنَ الصَّالِحِينَ
« Il dit : « Je voudrais te marier à l’une de mes deux filles que voici, à condition que tu travailles à mon service durant huit ans. Si tu achèves dix [années], ce sera de ton bon gré ; je ne veux cependant rien t’imposer d’excessif. Tu me trouveras, si Allah le veut, du nombre des gens de bien. » » (Al-Qasas, 28 :27)

Le prophète Chou’ayb (que la paix soit sur lui) proposa que la dot (mahr) pour sa fille consiste en huit années de service (extensibles à dix si le prophète Musa (que la paix soit sur lui) le souhaitait) afin de l’aider à s’occuper de ses troupeaux.

Le prophète Musa (que la paix soit sur lui) accepta cette proposition équitable, fondée sur le respect des aînés et la fidélité à son engagement :

قَالَ ذَٰلِكَ بَيْنِي وَبَيْنَكَ ۖ أَيَّمَا الْأَجَلَيْنِ قَضَيْتُ فَلَا عُدْوَانَ عَلَيَّ ۖ وَاللَّهُ عَلَىٰ مَا نَقُولُ وَكِيلٌ
« « C’est (conclu) entre toi et moi, dit [Moïse]. Quel que soit celui des deux termes que je m’assigne, il n’y aura nulle pression sur moi. Et Allah est Garant de ce que nous disons. » » (Al-Qasas, 28 :28)

Leçons éducatives de ce récit

Première leçon : La présence des femmes dans la société, avec dignité et pudeur

Ce passage démontre que l’Islam n’a jamais appelé à l’isolement ou à l’enfermement des femmes à la maison. Les filles du prophète Chou’ayb (que la paix soit sur lui) prenaient part aux activités économiques et sociales par nécessité, leur père étant devenu âgé et incapable d’accomplir ces tâches lui-même. Le point crucial, cependant, réside dans la manière dont elles participaient à la vie sociale. Elles préféraient attendre patiemment sous le soleil brûlant plutôt que de se mêler inutilement aux hommes.

De même, la pudeur (ayāʾ) dans la société contemporaine ne demande pas aux femmes de quitter les universités ou les lieux de travail. Elle implique plutôt de cultiver un caractère moral solide et de maintenir une conduite professionnelle qui préserve la dignité de chacune et décourage tout manque de respect ou comportement inapproprié de la part d’autrui.

Deuxième leçon : Comprendre l’expression coranique « تَمْشِي عَلَى اسْتِحْيَاءٍ » (« Marcher avec pudeur »)

Certains avancent que la pudeur et la chasteté sont des vertus purement intérieures qui s’expriment à travers le comportement, tandis que la tenue vestimentaire extérieure ne serait qu’une pratique culturelle sujette au changement. Ce verset offre une réponse importante à cette affirmation.

  • La manifestation extérieure de la chasteté : Le Coran ne dit pas simplement que la jeune femme s’est approchée du prophète Musa (que la paix soit sur lui) avec une « intention pure ». Il précise explicitement qu’elle est venue « marchant avec pudeur » (تَمْشِي عَلَى اسْتِحْيَاءٍ).

Cela indique que la pudeur n’est pas seulement un sentiment intérieur ; c’est une qualité visible et reconnaissable qui se reflète même dans la démarche, l’attitude et l’apparence.

Dans la vision du monde islamique, la conduite extérieure et le caractère intérieur sont indissociables : l’extérieur reflète l’intérieur, tandis que l’intérieur protège l’extérieur.

  • Distinction entre principes immuables et formes culturelles : Selon cette interprétation, les directives coraniques concernant la tenue modeste (telles que celles trouvées dans les sourates An-Nur et Al-Azab) constituent des principes religieux durables qui transcendent les cultures et les périodes historiques particulières. Leur objectif est de préserver la dignité humaine et la liberté morale de la femme, afin qu’elle soit reconnue dans la société principalement pour son savoir, ses compétences et son caractère, plutôt que pour son attrait physique.

Si les styles, les couleurs et les formes des vêtements peuvent légitimement varier selon les cultures et les climats, le principe fondamental d’une couverture modeste demeure inchangé. De ce point de vue, prétendre que la pudeur intérieure suffit tout en rejetant l’observance extérieure revient à dire : « Je respecte le code de la route, mais je ne m’arrête pas au feu rouge. »

Le prophète Musa (que la paix soit sur lui) a, lui aussi, fait preuve du plus haut niveau de conduite modeste. Selon les narrations islamiques, il a dit à la fille de Chou’ayb : « Je marcherai devant, et tu me guideras de derrière, car nous sommes une famille qui ne regarde pas les femmes de dos. »

Cela reflète son souci de préserver la dignité des femmes et de favoriser un sentiment de sécurité psychologique au sein de la société.

Troisième leçon : Les critères coraniques pour le choix d’un homme

Ce verset introduit deux qualités fondamentales qui définissent l’homme idéal (que ce soit pour une embauche ou pour le mariage) :

  • La force (القويّ) : La compétence, la capacité physique, l’expertise professionnelle, la détermination et la faculté d’assumer les responsabilités de la vie.
  • La confiance (الأمين) : L’intégrité morale, la vertu, la fiabilité, l’honnêteté et la conscience d’Allah (taqwa).

Beaucoup de problèmes sociaux actuels surviennent lorsque ces deux qualités sont dissociées. Un individu capable mais dépourvu d’éthique (« fort sans confiance ») peut abuser de son autorité par la corruption ou la trahison, tandis qu’un individu honnête mais incompétent (« digne de confiance sans capacité ») peut nuire aux institutions par son inefficacité.

De même, dans le choix d’un conjoint, ce verset enseigne aux jeunes de privilégier des qualités durables (compétence, responsabilité et intégrité morale) plutôt que la richesse superficielle ou les avantages matériels.

Quatrième leçon : Honorer ses parents et renforcer la famille

Cette histoire souligne l’importance d’honorer les parents et de préserver les liens familiaux.

Le prophète Musa (que la paix soit sur lui), bien que destiné à la prophétie, a servi son beau-père âgé avec humilité et a fidèlement rempli son engagement pendant de nombreuses années.

Leur relation était fondée sur le respect mutuel, la considération pour les besoins des aînés et l’engagement envers le bien-être de la famille. Elle sert de modèle de responsabilité intergénérationnelle et de solidarité familiale.

Cinquième leçon : Les bénédictions qui suivent la foi, l’intégrité et la pudeur

Le prophète Musa (que la paix soit sur lui) est arrivé à Madyan en tant que réfugié, ne possédant ni richesse ni abri. Pourtant, grâce à sa force, sa dignité de confiance, sa pudeur, sa vertu et son respect des valeurs familiales, les bénédictions divines ont progressivement transformé sa vie. Il a reçu une famille, un foyer, un travail valorisant et, finalement, la grande mission de la prophétie.

Cette histoire enseigne que la conscience d’Allah (taqwa) et le respect des limites éthiques (tant intérieurement qu’extérieurement) peuvent ouvrir des portes qui semblent fermées et lever des obstacles qui paraissent infranchissables.

Conclusion

Le récit du prophète Musa (que la paix soit sur lui) et des filles du prophète Chou’ayb (que la paix soit sur lui) nous enseigne plusieurs leçons intemporelles :

  • La pudeur n’est pas une restriction, mais une source de dignité et une protection qui préserve des relations saines et respectueuses entre les hommes et les femmes au sein de la société.
  • Lors du choix d’un conjoint, les qualités durables doivent primer sur l’apparence physique ou la richesse matérielle. L’intégrité morale, la digne confiance, le sens des responsabilités, la compétence et la diligence constituent les véritables fondements d’un mariage réussi.
  • Servir ses parents et honorer ses aînés attire d’abondantes bénédictions. Comme l’a démontré la vie du prophète Musa (que la paix soit sur lui), une telle dévotion a été le moyen par lequel il a obtenu une famille, un foyer, un travail valorisant et, en fin de compte, sa mission divine.

Ce parcours, de l’exil vers l’accomplissement, rappelle que le respect des valeurs éthiques et la constance dans le bien ne sont jamais vains, mais tracent le chemin vers une destinée noble.

Sources authentiques du récit :

  1. Sources Scripturaires Primaires
  • Le Saint Coran, Sourate Al-Qaṣaṣ (28:22–28) : Récit détaillé de l’exil du prophète Musa (paix sur lui) vers Madyan, de sa rencontre avec les filles du prophète Chou’ayb (paix sur lui), de l’exigence de la force et de la vertu (Al-Qawiyy Al-Amin), et de l’accord de mariage.
  • Le Saint Coran, Sourate An-Nûr (24:31) et Sourate Al-Azāb (33:59) : Fondements coraniques concernant les principes de la tenue vestimentaire modeste, les normes de couverture extérieure et leur philosophie sociale.
  1. Exégèse Coranique (Tafsīr) : Classique et Contemporaine
  • Al-Mīzān fī Tafsīr al-Qur’ān, par ʿAllāmah Sayyid Muammad usayn abāabāʾī : Analyse approfondie du passage de la Sourate Al-Qaṣaṣ (28:22–28), notamment sur la portée du comportement modeste des filles de Chou’ayb, le caractère noble du prophète Musa et l’interprétation de l’expression « tamshee ‘ala istihya » (marcher avec pudeur).
  • Tafsīr Nemūneh, par Āyatullāh Nāṣir Makārim Shīrāzī et collaborateurs (Vol. 16) : Perspectives éducatives, critères islamiques pour le choix du conjoint et applications aux contextes contemporains.
  • Tafsīr Nūr, par ujjat al-Islām Musin Qarāʾatī : Leçons éthiques et pratiques concises concernant les interactions entre hommes et femmes ainsi que l’importance de l’honneur dû aux parents.
  • Al-Jāmiʿ li-Akām al-Qur’ān (Tafsīr al-Qurubī) : Discussions juridiques et éthiques du récit, incluant les traditions rapportant la conduite exemplaire du prophète Musa (paix sur lui) marchant devant la fille de Chou’ayb par respect et pudeur.
  1. Études Analytiques et Sociologiques
  • Mas’aleh-ye Hijab (La question du Hijab), par le Martyr Murtadha Muahharī : Ouvrage de référence traitant de la philosophie de la pudeur en Islam, de la distinction nécessaire entre la vertu intérieure (chasteté) et la pratique extérieure (couverture), ainsi que de la relation indissociable entre l’apparence extérieure (ijāb) et la modestie intérieure (ayāʾ).
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