Thème de la semaine – Volume 03 Numéro 42
Zaynab al-Kubra (paix sur elle) : La sublime alliance de l’émotion, de la raison et de la foi.
Seyed Hashem Moosavi
Introduction :
À l’approche de l’anniversaire de la naissance de la grande figure féminine de l’islam, Zaynab al-Kubra (paix sur elle), l’opportunité nous est offerte de réinterroger la vie et la personnalité de cet être d’exception avec une profondeur accrue et selon une perspective plus globale.
Sa naissance bénie ne rappelle pas seulement la joie qui pénétra la demeure de la Révélation et la famille d’Ali (que la paix soit sur lui) ; elle nous invite également à redécouvrir une personnalité dont l’existence même incarnait les plus hautes vertus humaines et divines.
Le nom de Zaynab (paix sur elle) demeure indissociable de l’événement d’Achoura, de la douleur de la captivité et de la transmission du message de l’imam Husayn (que la paix soit sur lui). Pour autant, ce lien singulier ne doit pas réduire notre compréhension de son œuvre à cette seule période historique. Avant même la tragédie de Karbala, elle était déjà une femme de savoir, formée au sein de la demeure prophétique ; Karbala n’a pas été le point de départ de sa grandeur, mais plutôt le théâtre où se sont pleinement révélés son érudition, sa force de caractère et ses talents mûris de longue date.
Au-delà d’une vision unidimensionnelle : reconnaître son érudition et sa stature singulière.
Dans une large part du discours religieux et des homélies, la figure de Zaynab (paix sur elle) se trouve bien souvent réduite aux événements d’Achoura, à sa présence à Karbala et au rôle de guide qu’elle exerça auprès de la caravane des captifs. Bien que Karbala constitue la scène majeure où s’est révélée la grandeur de son être, réduire l’ensemble des dimensions d’une telle figure à cet unique événement (aussi fondamental que le jour d’Achoura) demeure aussi réducteur qu’inadéquat.
Avant d’être consacrée comme « l’héroïne de Karbala », Zaynab (paix sur elle) était une érudite, « savante sans avoir été instruite [par autrui] » (عالمةٌ غیرُ مُعلَّمة), une exégète du Coran et une dispensatrice des savoirs islamiques de son époque.
À Médine comme à Kufa, elle enseignait le commentaire coranique ainsi que les sciences islamiques aux femmes, et incarnait une autorité intellectuelle et spirituelle incontestée. La mise en lumière de cette dimension essentielle nous rappelle une règle primordiale de la lecture historique : la grandeur des figures d’exception ne saurait se mesurer aux seuls moments de crise, car le courage et la capacité d’action dont elles font preuve au cœur de l’épreuve découlent directement des valeurs, des savoirs et des facultés cultivés au fil des années qui ont précédé le drame.
L’alliance de l’émotion, de la raison et de la foi chez Dame Zaynab (paix sur elle).
L’un des enseignements les plus édifiants de sa personnalité réside dans la coexistence harmonieuse d’une affectivité profonde, de la raison et de la foi. Chez Zaynab al-Kubra (paix sur elle), l’amour filial et fraternel, la douleur de la perte et la sensibilité à la souffrance humaine s’articulaient à un sens aigu du devoir et à une constance inébranlable sur le chemin de la vérité. Si elle chérissait les affections maternelles et sororale, elle ne laissait jamais le chagrin dégénérer en lamentations désordonnées, en transgression des prescriptions religieuses ou en démission face à ses responsabilités. Sa conduite fait écho aux paroles du Prophète (que la paix et la bénédiction soient sur lui et sa famille) lors du décès de son fils Ibrahim :
«إِنَّ الْعَيْنَ تَدْمَعُ وَالْقَلْبَ يَحْزَنُ، وَلَا نَقُولُ إِلَّا مَا يَرْضَى رَبُّنَا»
« L’œil pleure et le cœur s’afflige, mais nous ne disons que ce qui agrée notre Seigneur. »[1]
C’est à partir de cette articulation intime entre la sensibilité affective et le sens de la responsabilité que nous pouvons analyser la raison éclairée par la foi chez Dame Zaynab (paix sur elle) face à l’adversité, et poser cette question fondamentale : comment conjuguer une grande compassion et un ressenti profond avec la clarté du jugement et la rigueur de l’action ?
La raison et la foi face à l’adversité.
Lorsque Ibn Ziyad lui demanda avec une arrogance taquine : « Comment as-tu trouvé ce que Dieu a fait à ton frère ? », la vision monothéiste et la foi profonde de Zaynab trouvèrent une expression immortelle dans ces mots :
«ما رَأَیْتُ إِلاَّ جَمیلاً»
« Je n’ai vu que de la beauté. »
Cette déclaration incarne la raison éclairée par la foi à son degré ultime : une perception qui appréhende l’ensemble de l’événement sous l’horizon de la sagesse divine, de la quête de la vérité et du martyre dans le chemin de Dieu, inscrivant ainsi la douleur du deuil sous le sceau de l’agrément divin.
Cette réponse ne relevait nullement de la simple spontanéité ; elle reposait sur un socle intellectuel inébranlable. Ibn Tayfur, auteur du IIIᵉ siècle de l’Hégire, rapporte ses discours devant la cour de Yazid dans son ouvrage *Balaghat al-Nisa*[2]. Sous la pression écrasante de la captivité, elle mobilisa le Coran pour déconstruire l’illusion selon laquelle le pouvoir temporel équivaudrait à un rang élevé auprès de Dieu, tout en soumettant le traitement infligé par le régime aux femmes de la demeure prophétique à l’exigence de la justice. Sa fermeté face à l’ennemi découlait ainsi d’un esprit cultivé, d’une haute intelligence du religieux et d’une capacité de discernement aiguisée face aux événements.
Ces exemples démontrent que si nous voulons prendre une telle figure pour modèle, nous devons prêter attention non seulement à ses souffrances, mais aussi à sa manière de comprendre, d’opérer des choix et d’agir. Dans chaque récit, il nous appartient de dépasser la simple chronique de la douleur pour nous interroger : comment a-t-elle appréhendé la situation ? Quelle valeur a-t-elle défendue ? Comment a-t-elle mis son savoir au service de la vérité et du soutien d’autrui ? De telles interrogations nous font passer de la simple narration factuelle aux fondements structurants de l’action, permettant de saisir avec une précision accrue la synergie entre l’émotion, la raison et la foi.
L’émotion comme source de la responsabilité, la raison comme guide de l’action.
Afin de clarifier ce principe fondateur, il convient d’expliciter tout d’abord l’interaction dynamique entre ces trois facultés. Dans la perspective coranique, l’émotion et l’intellect ne s’opposent nullement. L’amour nous rend sensibles à la souffrance d’autrui ; la raison nous aide à déterminer le mode d’action le plus juste ; et la foi clarifie la mesure et l’horizon ultime de cette réponse. L’émotion énonce : « Ne reste pas indifférent. » La raison s’interroge : « Quelle est l’action la plus bénéfique et la plus équitable ? » La foi, quant à elle, rappelle qu’en secourant ou en défendant ceux que nous aimons, nous ne devons en aucun cas transgresser les droits d’autrui.
Le Coran décrit les êtres dotés de conscience spirituelle en ces termes :
«وَالْكَاظِمِينَ الْغَيْظَ وَالْعَافِينَ عَنِ النَّاسِ»
« qui dominent leur rage et pardonnent à autrui »
(Ali-Imran, 3 :134)
La maîtrise de la colère ne prend son sens précisément que parce que la colère existe. La vertu morale ne réside donc pas dans l’extinction des sentiments, mais dans la capacité à les canaliser et à les orienter.
Dans une tradition rapportée de l’imam al-Sadiq (paix sur lui), l’intellect est défini comme :
«مَا عُبِدَ بِهِ الرَّحْمَنُ وَاكْتُسِبَ بِهِ الْجِنَانُ[3]»
« Ce par quoi le Tout-Miséricordieux est adoré et par quoi le Paradis est acquis. »
Selon cette exigence, la vraie rationalité demeure indissociable de la vertu. Les calculs d’intérêt qui mènent à la cruauté, à l’égoïsme ou à la justification de la tyrannie se situent aux antipodes de cette sagesse.
Larmes et fermeté : deux expressions d’une même stature.
L’interaction entre Zaynab et Ibn Ziyad illustre parfaitement ce principe : en parallèle de sa fermeté verbale, la tradition historique consigne ses larmes et son affliction au souvenir des martyrs. La coexistence de ces deux états offre une leçon structurante : la foi n’exclut pas la douleur de la perte, mais permet au croyant de préserver sa noblesse morale et sa capacité de discernement.
Réduire la grandeur de Zaynab al-Kubra (paix sur elle) à une forme d’impassibilité ou d’étanchéité aux larmes constituerait un contresens. Le mérite de l’endurance ne s’affirme précisément qu’au cœur de l’épreuve subie. Son affection sincère pour ses proches fonde la légitimité de son affliction, sans que ce chagrin ne vienne pour autant altérer la droiture de ses actes.
L’affection familiale au service de la préservation de la vie.
Cette même articulation entre la sensibilité affective et le sens de la responsabilité s’illustre dans la défense de l’imam al-Sajjad (que la paix soit sur lui) par Zaynab au tribunal d’Ibn Ziyad. Selon le récit rapporté dans Al-Irshad[4], lorsque l’ordre d’exécuter l’imam fut donné, Zaynab (paix sur elle) s’agrippa à lui et s’écria :
«فَإِنْ قَتَلْتَهُ فَاقْتُلْنِي مَعَهُ» “
« Si tu le tues, alors tue-moi avec lui ! »
Le récit poursuit en indiquant qu’Ibn Ziyad renonça alors à son ordre.
Ici, l’affection familiale s’est muée en un rempart protecteur. D’un point de vue structurant, cet acte s’appréhende comme l’union féconde de l’amour et de la responsabilité : au cœur du danger, une femme endeuillée a dressé sa propre vie en protection d’un être humain, celui-là même qui, dans la foi chiite, incarnait l’Imam (paix sur lui) et le continuateur de la voie de la guidance.
La leçon qui s’en dégage est que l’amour ne porte ses fruits que lorsqu’il se traduit en une action juste. La compassion envers un enfant blessé, une personne âgée isolée ou toute victime d’injustice, dès lors qu’elle s’allie au discernement et à la clarté du jugement, devient une force capable de préserver la vie, de garantir la sécurité et de restaurer l’espérance.
Le chagrin personnel à l’épreuve de l’exigence de justice.
Dans la conduite de Dame Zaynab, l’émotion ne s’est pas limitée à la sauvegarde de la vie : elle est également devenue le moteur d’une revendication de justice. Dans le discours qui lui est attribué à la cour de Yazid, c’est précisément dans la langue de la justice qu’elle formule son défi :
«أَمِنَ الْعَدْلِ يَا ابْنَ الطُّلَقَاءِ»
« Est-ce là de la justice, ô fils des affranchis ? »
Elle dénonça aussitôt l’inégalité de traitement infligée aux femmes de la demeure prophétique.
Ici, la souffrance éprouvée s’articule à l’argumentation morale. Zaynab (paix sur elle) a lié l’épreuve des siens aux questions universelles de l’oppression et de la dignité humaine. Sa démarche démontre que l’affectivité peut devenir la source d’une véritable conscience sociale : la douleur vécue permet de saisir la peine d’autrui et d’en faire sourdre une exigence de justice.
C’est à la lumière de cette alliance entre la foi et la justice qu’il convient d’appréhender la fameuse formule : « Je n’ai vu que de la beauté ». La beauté de la fidélité et du sacrifice des martyrs ne signifie aucunement que les crimes de leurs bourreaux fussent beaux. La foi permet d’allier la perception de la valeur du témoignage rendu à la vérité au cœur des catastrophes, et la condamnation sans réserve de l’oppression. Cette distinction fondamentale ouvre la voie à une comparaison entre la posture de Zaynab et les figures coraniques associant l’amour à la confiance et à l’action clairvoyante.
Exemples coraniques : l’amour allié à la confiance et à l’action clairvoyante.
Cette coexistence de l’affectivité, de la décision éclairée et de la foi ne se limite pas à l’existence de Dame Zaynab (paix sur elle) ; le Coran en offre d’éclatantes illustrations. La mère de Musa, bien qu’étreinte par une profonde angoisse maternelle, confia son enfant au Nil en réponse à l’inspiration divine. Le Coran dépeint son état intérieur en ces termes:
«وَأَصْبَحَ فُؤَادُ أُمِّ مُوسَىٰ فَارِغًا ۖ إِنْ کَادَتْ لَتُبْدِی بِهِ لَوْلَا أَنْ رَبَطْنَا عَلَىٰ قَلْبِهَا…»
« Et le cœur de la mère de Musa devient vide. Peu s’en fallut qu’elle ne divulguât tout, si Nous n’avions pas renforcé son cœur… » (Al-Qasas, 28 :10)
Sa confiance en la promesse divine ne se traduisit pas pour autant par une résignation passive : elle demanda à sa fille de suivre la trace du nourrisson. La sœur de Musa l’observa à distance en toute discrétion, puis suggéra un moyen d’assurer le retour de l’enfant auprès de sa mère.[5]
Dans ce récit, la remise de soi à Dieu s’accompagne indissociablement de l’action. L’amour maternel, la maîtrise de soi, l’observation perspicace et la recherche de solutions concrètes concourent ensemble au salut de l’enfant. L’émotion fournit l’élan créateur de l’action, tandis que le jugement avisé en éclaire le cheminement.
Cette même dynamique se retrouve dans l’histoire de Yacoub (paix sur lui). La séparation d’avec Youssouf lui causa un chagrin immense, sans toutefois qu’il n’abandonnât l’espérance ni le sens de l’action. D’un côté, il confiait :
«إِنَّمَا أَشْكُو بَثِّي وَحُزْنِي إِلَى اللَّهِ»
« Je ne me plains qu’à Allah de mon déchirement et de mon chagrin. »
(Yusuf, 12 :86)
De l’autre, il enjoignait à ses fils de se mettre à la recherche de Joseph et de son frère, en leur interdisant de désespérer de la miséricorde divine.[6] Sa douleur s’articulait ainsi à la confiance, à l’espoir et à l’effort soutenu, un modèle spirituel qui entre en résonance directe avec les défis de notre monde contemporain.
L’interaction féconde de l’émotion et de la raison chez la femme contemporaine.
Au terme de l’examen de ces figures historiques et coraniques, il convient de s’interroger sur la portée de ce modèle dans le monde contemporain. La posture inspirée par Zaynab (paix sur elle) invite les femmes d’aujourd’hui à cultiver de concert l’esprit et le cœur, bien que la nécessité d’un tel équilibre ne leur soit nullement exclusive, les hommes en ayant tout autant besoin. Dans la vie familiale, l’éducation, le monde professionnel et l’engagement social, l’amour ne devient pleinement constructif que lorsqu’il s’allie à la conscience des droits, à l’évaluation des conséquences et à la prise de décision éclairée.
Dans l’éducation des enfants, cette disposition implique d’accueillir la sensibilité de l’enfant tout en posant clairement les repères d’une conduite juste. Une mère peut ainsi signifier à un enfant en colère : « Je comprends ta frustration, mais faire du mal à autrui est inacceptable ; cherchons ensemble une autre solution. » L’enfant se sent alors reconnu dans son vécu affectif tout en apprenant la responsabilité de ses actes.
Au sein des différends familiaux, écouter le ressenti d’autrui, choisir le moment opportun pour dialoguer et se garder des réactions précipitées constituent les expressions d’un même équilibre. L’amour ne saurait servir de prétexte pour fermer les yeux sur l’humiliation ou le tort subi, tout comme l’affirmation d’un droit ne doit nullement passer par l’avilissement de l’autre. Une bienveillance responsable exige parfois de poser des limites fermes et de solliciter le concours d’une personne éclairée.
Dans la sphère sociale, la compassion gagne en efficacité lorsqu’elle s’accompagne d’une juste évaluation des besoins réels et du respect de la dignité des personnes secourues. Sur l’espace numérique également, la sympathie envers un récit poignant doit se doubler d’une vérification des faits et du souci de préserver les réputations. La sincérité d’un sentiment ne saurait justifier toutes les imprudences.
Pour mettre en pratique cette intégration, nous pouvons marquer un temps d’arrêt avant chaque décision majeure et nous interroger : ‘Que suis-je en train de ressentir ? Quelles sont les informations qui me font encore défaut ? Quels sont mes droits et mes devoirs ? Quelle décision s’avère à la fois la plus humaine et la plus féconde ?’ Une telle pause transforme l’émotion en une occasion de choix conscient.
Lorsque le cœur et l’esprit se séparent.
Les exemples qui précèdent mettent en lumière les conséquences de la dissociation entre l’émotion, la raison et la foi. L’émotion dépourvue de discernement peut conduire à la défense inconditionnelle des siens, à une permissivité éducative dommageable, à une colère destructrice ou à une confiance aveugle et impulsive. À l’extrême opposé, un calcul intellectuel coupé de toute empathie tend à ignorer la souffrance humaine et à réduire les relations interpersonnelles à une simple comptabilité de profits et de pertes. De même, la foi perd sa puissance structurante lorsqu’elle demeure purement ostentatoire et ne trouve aucune concrétisation dans l’amour, la justice et la responsabilité.
Qu’il s’agisse de Dame Zaynab (paix sur elle), de la mère et de la sœur de Musa (paix sur lui), ou encore de Yacoub (paix sur lui), chacun illustre, dans des configurations singulières, que l’affectivité ne devient féconde que lorsqu’elle s’allie à la confiance, au discernement et à l’engagement. La portée pérenne de ces figures émane précisément de cette intégrité spirituelle : pour édifier une existence porteuse de sens, l’être humain a indissociablement besoin d’un cœur sensible, d’une raison éclairante et d’une foi qui éclaire ses choix.
Dès lors, commémorer la naissance de Zaynab al-Kubra (paix sur elle) ne saurait féconder notre quotidien qu’à la condition d’imprimer à notre amour plus de responsabilité, à nos décisions plus de mesure, et à notre foi plus d’incandescence dans nos actes. D’une femme qui sut préserver toute sa dignité au cœur de l’affliction et dresser un rempart pour la vie et l’honneur d’autrui, nous apprenons que l’émotion et la fermeté ne s’excluent nullement : unies, elles deviennent la source d’une empreinte inaltérable.
[1] Parole prophétique rapportée lors du décès de son fils Ibrahim.
[2] Ibn Tayfur, *Balaghat al-Nisa*, récit du Sermon de Zaynab à la cour de Yazid.
[3] Tradition attribuée à l’imam al-Sadiq (paix sur lui).
[4] Al-Irshad*, récit de la défense de l’imam al-Sajjad (paix sur lui) par Zaynab à la cour d’Ibn Ziyad.
[5] Al-Qasas, 28:11-13
[6] Yusuf, 12:87
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