Explorer la jurisprudence islamique – Volume 03 Numéro 32
La Pureté Rituelle (Taharah) en Jurisprudence Islamique (2)
La présomption de pureté (Asl al-Taharah)
En jurisprudence islamique, il existe une règle juridique fondamentale : ‘toutes les choses de ce monde sont présumées être rituellement pures (tahir) à moins qu’une preuve religieuse formelle et valide n’établisse le contraire’. Selon le consensus de la majorité des juristes (fuqaha’), seules dix substances sont intrinsèquement impures (‘ayn al-najasah), tel que cela a été exposé dans le chapitre précédent.
Par conséquent, tous les autres objets, solides et liquides sur Terre sont considérés comme rituellement purs en droit islamique.
Faisant suite à notre introduction aux concepts fondamentaux de la pureté rituelle (taharah) et de l’impureté (najasah), ce chapitre propose une étude détaillée et pratique de la première et plus courante des impuretés intrinsèques : l’urine (bawl) et les selles (gha’it), ainsi que des règles relatives aux bienséances de l’utilisation des toilettes (takhalli).
Critères d’impureté de l’urine et des selles
Selon les textes scripturaires, l’urine et les selles de toutes les créatures vivantes ne sont pas automatiquement impures. Elles ne sont considérées comme rituellement impures que lorsque deux conditions sont simultanément réunies :
- L’animal appartient à une espèce dont la consommation est illicite (haram al-lahm).
- L’animal possède un système circulatoire à haute pression (ou un flux sanguin sous pression artérielle) — c’est-à-dire que le sang est propulsé et jaillit avec force lorsque sa jugulaire est sectionnée.
Matrice de classification de la pureté des déjections (Humains et Animaux)
- Les humains : L’urine et les selles humaines sont universellement et inconditionnellement impures sur le plan rituel.
- Les animaux dont la consommation est illicite et dotés d’un flux sanguin sous pression (système à haute pression) : (ex. : chiens, chats, souris, loups, renards, etc.) Leur urine et leurs selles sont rituellement impures.
- Les animaux dont la consommation est licite : (ex. : bovins, ovins, chameaux, poulets, etc.) Leur urine et leurs selles sont rituellement pures.
- Les oiseaux (quelle que soit la licéité de leur consommation) : Selon la majorité des juristes contemporains, les fientes et l’urine de tous les oiseaux, qu’il s’agisse de poulets, de pigeons, de corneilles, d’aigles ou de faucons, sont rituellement pures.
- Les animaux dont la consommation est illicite et dépourvus de flux sanguin sous pression : (ex. : serpents ou poissons non halal) Leur urine et leurs selles sont rituellement pures.
- Les animaux dont la consommation est déconseillée (makruh al-lahm) : (ex. : chevaux et ânes) Leur urine et leurs selles sont rituellement pures.
Règle pratique en cas de doute
Si l’on ignore si la consommation d’un animal particulier est illicite, ou s’il subsiste un doute quant à savoir s’il possède un flux sanguin sous pression, son urine et ses selles sont considérées comme rituellement pures, conformément au principe de la présomption de pureté (Asl al-Taharah).
Règles jurisprudentielles et bienséances de l’utilisation des toilettes (Takhalli)
Afin de préserver la dignité humaine, l’hygiène personnelle et les bienséances cultuelles, la jurisprudence islamique définit des actes obligatoires, recommandés, déconseillés et interdits concernant l’utilisation des toilettes :
- Actes obligatoires (Wajibāt)
- Dissimuler les parties intimes en public (Satr al-‘Awrah) : Durant l’utilisation des toilettes, il est obligatoire de couvrir ses parties intimes devant tous les adultes ainsi que devant les enfants discernant (mumayyiz). Le conjoint constitut la seule exception.
- Éviter de faire face à la Qibla ou de lui tourner le dos : Au moment de faire ses besoins, ni le devant du corps (poitrine et abdomen) ni le dos ne doivent être orientés vers la direction de la Qibla.
- Actes recommandés (Mustahabbāt)
- Entrer aux toilettes du pied gauche et en sortir du pied droit.
- Se couvrir la tête.
- Prononcer « Bismillah » ainsi que les invocations spécifiques (ad‘iyah).
- Donner la priorité au nettoyage rituel immédiatement après l’élimination des déchets.
- Actes déconseillés (Makrūhāt)
- Parler pendant l’utilisation des toilettes (sauf pour l’invocation de Dieu ou en cas d’urgence).
- Prolonger la durée de l’assise.
- Regarder directement les excréments.
- Se soulager le long des chemins, sous les arbres fruitiers ou dans une eau stagnante.
- Lieux interdits pour se soulager (Harām)
- Les impasses ou ruelles sans issue sans l’autorisation explicite des résidents.
- La propriété privée sans le consentement du propriétaire.
- Les locaux spécifiquement dotés pour des bénéficiaires désignés (waqf) (ex. : des toilettes réservées aux clients d’un restaurant).
- Sur les tombes des croyants, si cela constitue un acte de profanation ou de manque de respect.
- Lieux déconseillés pour se soulager (Makrūh)
- Les voies publiques, rues, ruelles et portes des maisons.
- Sous les arbres fruitiers.
- Sur un sol dur.
- À l’intérieur des terriers ou nids d’animaux.
- Dans les points d’eau.
Remarque importante
À titre de précaution obligatoire (ihtiyat wajib), il ne faut pas installer un enfant de manière à ce qu’il fasse face à la Qibla ou lui tourne le dos lorsqu’il fait ses besoins. Cependant, si l’enfant s’installe de lui-même dans cette position de manière autonome, aucune intervention n’est requise.
Méthodes de purification des voies d’excrétion (Istinja’)
Le nettoyage des voies urinaire (bawl) et anale (gha’it) est un préalable indispensable à la validité des petites ablutions (wudu’) et de la prière rituelle (salah). Les méthodes de purification pour ces deux voies diffèrent :
1. Nettoyage de la voie urinaire (Exclusivement avec de l’eau)
La voie urinaire ne peut être purifiée qu’avec de l’eau. L’utilisation de mouchoirs, de pierres ou de papier est insuffisante.
2. Nettoyage de la voie anale (Avec de l’eau ou des pierres)
- Lavage à l’eau : Un seul lavage à l’eau (qu’elle soit abondante/kurr ou faible/qalil) jusqu’à l’élimination de la substance impure (‘ayn al-najasah) et de ses traces est suffisant.
- Essuyage avec des mouchoirs, du papier ou des pierres : Si les excréments ne se sont pas étalés au-delà des limites habituelles de l’orifice, essuyer la zone avec trois morceaux de papier, de mouchoir ou de pierres jusqu’à l’élimination complète de la substance impure est autorisé.
Purification des vêtements et des objets souillés par l’urine ou les excréments
Si de l’urine ou des excréments souillent les vêtements, le corps ou un tapis, le protocole de purification est le suivant :
Vêtements et tissus contaminés par l’urine
- Avec de l’eau minime / faible (Ma’ Qalil) : Doit être lavé deux fois, en essorant le vêtement à chaque fois pour expulser l’eau absorbée.
- Avec de l’eau abondante ou courante / du robinet (Ma’ Kurr / Eau courante) : Après avoir éliminé la substance impure, l’eau doit atteindre toutes les zones contaminées une seule fois, suivie d’un unique essorage.
Cas particulier : Urine d’un nourrisson de sexe masculin
Si un vêtement ou le corps est souillé par l’urine d’un nourrisson de sexe masculin qui n’a pas encore commencé à manger d’aliments solides et se nourrit exclusivement de lait :
- Il suffit de verser de l’eau une seule fois sur la zone contaminée de manière à ce qu’elle recouvre toutes les parties touchées.
- Un double lavage n’est pas requis.
- L’essorage du vêtement n’est pas requis.
Remarque : Cette exception ne s’applique ni aux excréments d’un nourrisson ni à l’urine d’un nourrisson de sexe féminin.
Enseignements moraux, éducatifs et sociaux
- Pudeur et limites : L’obligation de couvrir ses parties intimes (satr al-‘awrah) et l’interdiction de regarder celles d’autrui constituent le socle de la pudeur (haya’) et des limites personnelles en islam.
- Devoir civique et droits d’autrui : L’interdiction de se soulager sur les voies publiques, sous les arbres fruitiers ou dans les encadrements de portes constitue un enseignement direct de la responsabilité civique et du respect des droits de la communauté.
- Rappel et conscience continus : Les recommandations d’invocations lors de l’utilisation des toilettes et d’éviter de faire face à la Qibla rappellent que, même dans les fonctions corporelles les plus élémentaires, l’être humain doit maintenir le souvenir de Dieu et le respect des symboles sacrés.
- Santé publique et hygiène : Des règles telles que l’interdiction de contaminer l’eau stagnante et les espaces publics offrent un cadre hygiénique global pour prévenir les maladies et protéger la santé publique.
- Gestion environnementale : L’interdiction de polluer les sources d’eau et les habitats naturels reflète le cadre responsable et consciencieux de l’islam en matière de préservation de l’environnement.
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