Explorer la jurisprudence islamique – Volume 03 Numéro 44
La Pureté Rituelle (Taharah) en Jurisprudence Islamique (14)
Séances, actes recommandés (Mustahabbat), actes déconseillés (Makruhat) et règles concernant le fait de toucher le texte du Coran et les Noms sacrés.
Introduction : Le statut des actes recommandés (mustahabbat) et déconseillés (makruhat) dans le Wuḍū’
En jurisprudence islamique, les actions obligatoires (wajib) et interdites (haram) définissent les frontières fondamentales du devoir religieux. Cependant, ce qui insuffle une âme et une profondeur spirituelle à un acte d’adoration, c’est l’observance des actes recommandés (mustahabbat) et l’évitement des actes déconseillés (makruhat). Dans la tradition islamique, les actions recommandées sont décrites comme un bouclier protecteur et un accomplissement pour les devoirs obligatoires, ouvrant la voie à l’élévation spirituelle et à une plus grande proximité avec Allah.
Par conséquent, observer les bienséances recommandées des ablutions (wudu’) renforce la présence du cœur, favorise une disposition spirituelle et permet de récolter plus profondément les fruits de cet acte. Inversement, s’abstenir des actes déconseillés préserve la pureté spirituelle de l’action et évite toute diminution de la récompense divine attachée à l’adoration.
Actes recommandés et déconseillés des ablutions (Wudu’)
A) Les actes recommandés (Mustahabbat) du Wudu’
Les juristes considèrent certaines actions comme recommandées avant ou pendant l’accomplissement des ablutions. Les plus importantes d’entre elles sont:
- Le Miswak (brossage des dents) : Se purifier la bouche et se nettoyer les dents avant de commencer les ablutions.
- Le rinçage de la bouche (Madmadah) et l’aspiration d’eau par le nez (Istinshaq) : Se rincer la bouche avec de l’eau à trois reprises puis l’en recracher, et aspirer de l’eau par les narines trois fois avant de l’expulser.
- L’évocation de Allah (Dhikr) et la récitation d’invocations : Mentionner le Nom du Très-Haut et réciter les invocations traditionnelles (ad’iyah) transmises pour les différentes étapes du Wudu’.
- L’orientation vers la Qiblah : Se tourner en direction de la Qiblah pendant l’accomplissement de la purification.
- Garder les yeux ouverts lors du lavage du visage, et effectuer un second lavage optionnel avec l’intention d’accomplir un acte recommandé (istihbab).
B) Les actes déconseillés (Makruhat) du Wudu’
Certains comportements, bien qu’ils n’invalident pas les ablutions, sont considérés comme détestables sur le plan jurisprudentiel et spirituel :
- Demander de l’aide sans nécessité : Solliciter une autre personne pour verser l’eau alors que l’on dispose des capacités physiques pour le faire soi-même.
- Le gaspillage de l’eau : Consommer l’eau avec excès, même lorsqu’elle est disponible en abondance.
- L’accomplissement du Wudu’ dans des lieux inappropriés : Comme à l’intérieur des (cuves) toilettes ou en utilisant de l’eau chauffée au soleil dans certains récipients métalliques.
- Le séchage des membres avec une serviette ou un tissu : Laisser l’humidité des ablutions sécher naturellement comporte une plus grande valeur spirituelle et une bénédiction supérieure.
Règles relatives au fait de toucher l’écriture du Coran et les Noms sacrés
L’un des effets juridiques majeurs du Wudu’ est d’autoriser le contact direct avec le texte du Saint Coran et certains Noms sacrés. Les règles relatives à cette question se présentent comme suit :
- Interdiction de toucher l’écriture coranique sans Wudu’
Une personne qui n’est pas en état de pureté rituelle (Wudu’) n’est pas autorisée à toucher les lettres et les mots du Saint Coran avec une partie quelconque de son corps. Cet acte est légalement interdit (haram).
- Toucher la reliure et les marges du Coran
Il est permis, sans Wudu’, de toucher la reliure du Coran, les marges des pages ainsi que les espaces non imprimés du papier. Toutefois, témoigner de la déférence et du respect envers le Saint Livre reste vivement préférable.
- Règles concernant les Noms divins et les Titres sacrés
- Les Noms divins : Il est interdit de toucher sans Wudu’ le Nom d’Allah le Très-Haut, ainsi que ses équivalents dans d’autres langues (comme Khuda).
- Les figures saintes : Par précaution obligatoire, il convient également d’éviter de toucher sans Wudu’ les noms du Noble Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui et sa famille), de Dame Fatimah (que la paix soit sur elle) et des Imams infaillibles (que la paix soit sur eux).
- Règle relative à l’écriture en Braille
En ce qui concerne l’écriture en relief (Braille) utilisée par les déficients visuels, si elle n’est pas considérée par le grand usage (‘urf) comme un contact direct avec l’écriture même du Coran, elle ne pose pas d’inconvénient juridique. Néanmoins, faire preuve de précaution et maintenir son état de pureté (Wudu’) demeure une démarche recommandée.
Notes et divergences d’avis juridiques (Fatawa)
A) Enseigner le Coran dans les écoles et les centres éducatifs
Concernant le fait de toucher les versets du Coran dans les milieux éducatifs, de subtiles nuances existent entre les juristes :
- Le Guide martyr Ayatollah Ali Khamenei et Ayatollah Makarem Shirazi : L’obtention des ablutions (Wudu’) pour toucher l’écriture du Coran est obligatoire, y compris à l’intérieur d’une salle de classe. Cependant, en ce qui concerne les enfants n’ayant pas encore atteint l’âge de la puberté religieuse (ghayr baligh), les tuteurs n’ont pas l’obligation de les y contraindre ni de les en empêcher.
- L’Ayatollah Sistani : Si l’enseignement ou l’apprentissage du Coran dépend du contact avec les versets, et que l’accomplissement des ablutions entraîne une difficulté excessive (‘usr wa haraj), cela est permis dans la mesure de la stricte nécessité.
B) Toucher les versets coraniques sur les téléphones portables et les tablettes
Toucher l’écriture coranique affichée sur l’écran d’un smartphone ou d’une tablette ne relève pas de la règle du « contact avec l’écriture du Coran ». En effet, le contact physique s’exerce avec la surface vitrée de l’écran et non avec les caractères tracés eux-mêmes. Par conséquent, toucher ces supports sans être en état de pureté (Wudu’) ne pose aucun problème d’ordre juridique.
Questions fréquentes
A) Est-il permis de porter un exemplaire du Coran sans Wudu’ ?
Oui. Le fait de porter un exemplaire du Coran, du Mafatih al-Jinan ou d’autres livres religieux sans être en état d’ablutions est parfaitement permis. Ce qui est interdit, c’est uniquement le contact physique direct avec l’écriture même du Coran.
B) Quelle est la règle si des Noms sacrés sont gravés sur une bague, un collier ou un pendentif ?
Si la gravure entre en contact physique direct avec la peau, il est nécessaire d’observer la règle relative au Wudu’. Par conséquent, il faut soit maintenir ses ablutions, soit interposer une barrière physique entre la peau et la gravure afin d’éviter tout contact direct.
La réalité du Wudu’ : L’intention (Niyyah) et la rechercher de la proximité divine (Qurbah).
Bien que les conditions, les piliers, les obligations et les actes recommandés des ablutions aient été examinés dans les sections précédentes, toutes ces actions extérieures n’acquièrent de valeur spirituelle que lorsqu’elles sont accompagnées d’une intention (niyyah) et de la quête de la proximité divine (qurbah). En vérité, l’intention n’est pas seulement le point de départ du Wudu’, mais le souffle vivant qui traverse chacune de ses étapes.
- Le sens de l’intention : L’intention signifie que l’individu accomplit tous les gestes du Wudu’ dans l’unique but d’obéir à l’ordre de Allah et de se rapprocher de Lui.
- La condition de la sincérité : Si le Wudu’ est accompli simplement pour se rafraîchir, pour attirer l’attention d’autrui ou par ostentation, il perd sa dimension cultuelle et ne procure aucun rapprochement divin.
- L’inutilité de la verbalisation : L’intention relève d’un acte du cœur et n’a pas besoin d’être prononcée à haute voix. Il suffit que la personne ait l’intention intérieure d’accomplir ses ablutions pour l’agrément d’Allah le Très-Haut.
Supplément : Invocations recommandées pour le Wudu’
Parmi les actes recommandés des ablutions figure la récitation d’invocations transmises par le Commandeur des Croyants, l’Imam Ali (que la paix soit sur lui), lors des différentes étapes du Wudu’. Ces prières maintiennent vivante l’évocation de Allah au cœur de la purification rituelle et élèvent la dévotion spirituelle. Dans l’ordre, elles comprennent :
- En voyant l’eau:
بِسْمِ اللهِ وَبِاللهِ، وَالْحَمْدُ للهِ الَّذِي جَعَلَ الْمَاءَ طَهُوراً وَلَمْ يَجْعَلْهُ نَجِساً
Bismillāhi wa billāh, wal-ḥamdu lillāhil-ladhī ja‘alal-mā’a ṭahūran wa lam yaj‘alhu najisā.
(Au nom de Allah et par Allah ; louange à Allah qui a fait de l’eau un agent purifiant et n’en a point fait une impureté.)
- En se lavant les mains avant le Wudu’ :
اللَّهُمَّ اجْعَلْنِي مِنَ التَّوَّابِينَ، وَاجْعَلْنِي مِنَ الْمُتَطَهِّرِينَ
Allāhummaj‘alnī minat-tawwābīna waj‘alnī minal-mutaṭahhirīn.
(Ô Allah ! Mets-moi au nombre de ceux qui se repentent, et mets-moi au nombre de ceux qui se purifient.)
- Lors du rinçage de la bouche (Madmadah) :
اللَّهُمَّ لَقِّنِي حُجَّتِي يَوْمَ أَلْقَاكَ، وَأَطْلِقْ لِسَانِي بِذِكْرِكَ
Allāhumma laqqinī ḥujjatī yawma alqāk, wa aṭliq lisānī bi-dhikrik.
(Ô Allah ! Suggère-moi mon argument le Jour où je Te rencontrerai, et délie ma langue par Ton invocation.)
- Lors du rinçage du nez (Istinshaq) :
اللَّهُمَّ لاَ تُحَرِّمْ عَلَيَّ رِيحَ الْجَنَّةِ، وَاجْعَلْنِي مِمَّنْ يَشَمُّ رِيحَهَا وَرَوْحَهَا وَطِيبَهَا
Allāhumma lā tuḥarrim ‘alayya rīḥal-jannah, waj‘alnī mimman yashummu rīḥahā wa rawḥahā wa ṭībahā.
(Ô Allah ! Ne me prive pas du parfum du Paradis, et mets-moi au nombre de ceux qui en sentent l’odeur, la brise et la fragrance.)
- Lors du lavage du visage :
اللَّهُمَّ بَيِّضْ وَجْهِي يَوْمَ تَسْوَدُّ فِيهِ الْوُجُوهُ، وَلاَ تُسَوِّدْ وَجْهِي يَوْمَ تَبْيَضُّ فِيهِ الْوُجُوهُ
Allāhumma bayyiḍ wajjhī yawma taswaddu fīhil-wujūh, wa lā tusawwid wajjhī yawma tabyaḍḍu fīhil-wujūh.
(Ô Allah ! Rends mon visage lumineux le Jour où les visages s’obscurciront, et ne noircis point mon visage le Jour où les visages s’éclairciront.)
- Lors du lavage du bras droit :
اللَّهُمَّ أَعْطِنِي كِتَابِي بِيَمِينِي، وَالْخُلْدَ فِي الْجِنَانِ بِيَسَارِي، وَحَاسِبْنِي حِسَاباً يَسِيراً
Allāhumma a‘ṭinī kitābī bi-yamīnī, wal-khulda fil-jināni bi-yasārī, wa ḥāsibnī ḥisāban yasīrā.
(Ô Allah ! Place mon livre de comptes dans ma main droite, accorde-moi la demeure éternelle au Paradis par ma gauche, et règle mon compte avec indulgence.)
- Lors du lavage du bras gauche :
اللَّهُمَّ لاَ تُعْطِنِي كِتَابِي بِشِمَالِي، وَلاَ مِنْ وَرَاءِ ظَهْرِي، وَلاَ تَجْعَلْهَا مَغْلُولَةً إِلَى عُنُقِي، وَأَعُوذُ بِكَ مِنْ مُقَطَّعَاتِ النِّيرَانِ
Allāhumma lā tu‘ṭinī kitābī bi-shimālī, wa lā min warā’i ẓahrī, wa lā taj‘alhā maghlūlatan ilā ‘unuqī, wa a‘ūdhu bika min muqaṭṭa‘ātin-nīrān.
(Ô Allah ! Ne me remets pas mon livre dans ma main gauche, ni de derrière mon dos, et ne l’enchaine pas à mon cou ; et je cherche refuge auprès de Toi contre les tourments du Feu.)
- Lors de l’essuyage de la tête :
اللَّهُمَّ غَشِّنِي بِرَحْمَتِكَ وَبَرَكَاتِكَ وَعَفْوِكَ
Allāhumma ghashshinī bi-raḥmatika wa barakātika wa ‘afwik.
(Ô Allah ! Enveloppe-moi de Ta miséricorde, de Tes bénédictions et de Ton pardon.)
- Lors de l’essuyage des pieds :
اللَّهُمَّ ثَبِّتْنِي عَلَى الصِّرَاطِ يَوْمَ تَزِلُّ فِيهِ الأَقْدَامُ، وَاجْعَلْ سَعْيِي فِي مَا يُرْضِيكَ عَنِّي، يَا ذَا الْجَلاَلِ وَالإِكْرَامِ
Allāhumma thabbitnī ‘alaṣ-ṣirāṭi yawma tazillu fīhil-aqdām, waj‘al sa‘yī fī mā yurḍīka ‘annī, yā dhal-jalāli wal-ikrām.
(Ô Allah ! Affermis mes pas sur le Pont (Sirat) le Jour où les pieds trébucheront, et oriente mes efforts vers ce qui T’agrée de ma part, ô Détenteur de la Majesté et de la Générosité !)
Au-delà de leur dimension de dévotion, ces invocations établissent un lien profond entre la purification physique extérieure et la pureté spirituelle intérieure, transformant le Wudu’ en une expérience spirituelle des plus enrichissantes.
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