Explorer la jurisprudence islamique – Volume 03 Numéro 43
La Pureté Rituelle (Taharah) en Jurisprudence Islamique (13)
L’ablution sur pansement (Wuḍū’ al-Jabīrah), les facteurs d’annulation des ablutions, les doutes pratiques, l’ablution par immersion (Wuḍū’ al-Irtimāsī) et l’incontinence (Dā’im al-Ḥadath)
Critères jurisprudentiels et règles juridiques
- Définition et règles de l’ablution sur pansement (Wuḍū’ al-Jabīrah)
Définition de la Jabīrah : Tout pansement, matériel médical ou couverture appliqué sur une blessure, une fracture ou une brûlure (tel qu’une bande, un pansement chirurgical, un plâtre, un sparadrap ou un timbre médicamenteux…) est désigné en jurisprudence islamique sous le terme de jabīrah.
Comment s’effectue l’ablution sur pansement (Wuḍū’ al-Jabīrah) ?
- A) Pansement (Jabīrah) situé sur les membres à laver (visage et bras)
Si le retrait du pansement est impossible ou s’il entraîne une douleur ou une aggravation de la blessure :
- Les parties saines entourant la plaie sont lavées conformément à l’ablution ordinaire.
- La surface externe du pansement lui-même (à condition qu’elle soit rituellement pure) est essuyée avec la main humide.
B) Pansement (Jabīrah) situé sur les parties à essuyer (tête et pieds)
Dans ce cas également, la surface du pansement doit être essuyée avec la main humide.
C) Condition de pureté du pansement (Jabīrah)
Si la surface externe du pansement ou du plâtre est impure (najis) :
- Un tissu propre ou un film plastique doit être posé par-dessus.
- L’essuyage (masḥ) est ensuite effectué sur cette couverture propre.
- Les facteurs d’annulation de l’ablution (Nawāqiḍ al-Wuḍū’)
L’ablution est annulée par cinq éléments :
- L’évacuation d’urine, de matières fécales ou de gaz intestinaux par les voies naturelles.
- Le sommeil durant lequel la vue et l’ouïe sont simultanément altérées.
- Tout facteur altérant la raison, tel que la perte de connaissance, l’état d’ivresse ou la démence.
- Les métrorragies (istihāḍah) chez la femme (selon leurs dispositions légales spécifiques).
- Tout acte ou état nécessitant le grand lavage rituel (ghusl), tel que l’état d’impureté majeure (janābah) ou le contact avec un corps humain sans vie (mass al-mayyit).
Notes pratiques et divergences des décrets juridiques (fatawa) concernant l’ablution sur pansement (Wuḍū’ al-Jabīrah)
1) Plaies ouvertes sans pansement :
Le Guide martyr Ayatollah Ali Khamenei et Ayatollah Makarem Shirazi : Si l’eau est nocive pour la plaie, il suffit de laver la zone saine entourant celle-ci ; il n’est pas requis d’effectuer l’essuyage (masḥ) directement sur la plaie ouverte, bien qu’il soit recommandé par précaution (iḥtiyāṭ) de placer un tissu propre sur la plaie pour l’essuyer.
L’Ayatollah Sistani : Le lavage autour de la plaie est suffisant, mais par précaution obligatoire (iḥtiyāṭ wājib), un tissu propre doit être placé sur la plaie puis essuyé.
2) L’assistance dans l’accomplissement de l’ablution (La procuration / Niyābah)
Si une personne est dans l’incapacité d’accomplir seule ses ablutions en raison d’une maladie, d’un handicap ou du grand âge :
- Elle doit formuler elle-même l’intention (niyyah) de l’ablution (wuḍū’).
- Le mandataire (nā’ib) procède au lavage des membres du malade.
- Pour l’essuyage (masḥ), le mandataire humecte la main du malade et utilise la propre main de ce dernier pour effectuer l’essuyage sur sa tête et ses pieds.
- L’ablution par immersion (Wuḍū’ al-Irtimāsī)
Définition : L’ablution par immersion consiste à plonger le visage et les bras dans l’eau avec l’intention (niyyah) d’accomplir le wuḍū’.
Modalités d’exécution : L’immersion du visage et des bras dans l’eau doit s’effectuer en respectant l’ordre séquentiel (tartīb) et avec l’intention (niyyah). Néanmoins, l’essuyage (masḥ) de la tête et des pieds devant toujours se faire avec l’humidité restant sur les mains, la méthode la plus simple pour éviter tout doute consiste à immerger le visage et le bras droit, puis à laver le bras gauche de façon classique (en versant l’eau à la main).
- Règles relatives à l’incontinence (Dā’im al-Ḥadath : écoulement involontaire d’urine, de matières fécales ou de gaz)
Les personnes sujettes à un écoulement involontaire d’urine, de matières fécales ou de gaz se répartissent en trois cas de figure :
- Les personnes disposant de courts intervalles de pureté : Elles doivent accomplir l’ablution (wuḍū’) et accomplir la prière (ṣalāt) durant cet intervalle de répit.
- Les personnes ne disposant d’aucun intervalle distinct, mais pour lesquelles l’écoulement pendant la prière ne cause pas de difficulté excessive (ḥaraj) : Elles accomplissent une ablution pour chaque prière et prient immédiatement après.
- Prévention de la propagation de l’impureté (najāsah) : Elles doivent utiliser des protections, des poches médicales ou tout autre produit d’hygiène, dans la mesure de leurs capacités, afin d’empêcher l’impureté d’atteindre leurs vêtements.
Règles relatives aux pansements médicaux et aux cathéters (Angiopathie)
Si le retrait d’un pansement médical ou du dispositif maintenant un cathéter provoque de la douleur, un saignement ou une lésion :
- Il est soumis à la règle du pansement (jabīrah).
- Il suffit alors d’effectuer l’essuyage (masḥ) directement sur le pansement à l’aide de la main humide.
L’ablution avec de l’eau filtrée ou chauffée
L’eau provenant de systèmes de filtration domestiques, de chaudières murales, de chauffe-eau ou des réseaux publics d’eau courante :
- Est rituellement pure (ṭāhir) et valide pour l’accomplissement de l’ablution (wuḍū’).
- Ne fait l’objet d’aucune objection juridique ou religieuse
Questions fréquentes
A) Doute concernant le lavage d’un membre pendant l’ablution
- Si vous n’avez pas encore changé de membre : Vous devez laver la partie omise.
- Si vous êtes déjà passé à l’étape suivante : Le doute n’est pas pris en compte et l’ablution (wuḍū’) reste valide.
B) Doute survenu après l’accomplissement complet de l’ablution
En vertu de la Règle de l’achèvement (Qā‘idat al-Farāgh), l’ablution est considérée comme valide.
C) Doutes obsessionnels (Waswās)
Une personne sujette au doute obsessionnel ne doit accorder aucune attention à ses doutes ; céder à ces doutes est juridiquement illicite (ḥarām).
D) Petits pansements adhésifs du commerce
Si leur retrait provoque une douleur ou un saignement, ils relèvent de la règle du pansement (jabīrah), et un simple essuyage (masḥ) par-dessus suffit.
E) Ablution effectuée avec une très faible quantité d’eau (ex. un seul verre d’eau)
Elle est parfaitement valide ; il suffit de faire couler l’eau sur le membre et d’en humidifier toute la surface.
F) Ablution réalisée dans les hôtels ou aéroports des pays non musulmans
Tant qu’il n’y a pas la certitude (‘ilm) que l’eau ou le lieu sont impurs (najis) ou usurpés (ghaṣbī), l’ablution est valide.
G) Lavage de l’intérieur des yeux, du nez ou de la bouche
Il n’est pas requis lors de l’ablution ; seules les surfaces externes du visage et des bras doivent être lavées.
Messages pédagogiques, éthiques et spirituels
- Facilité jurisprudentielle et levée de la gêne (Raf‘ al-Ḥaraj) :
L’institution de l’ablution sur pansement (Wuḍū’ al-Jabīrah) illustre toute la flexibilité de la loi islamique. Elle garantit que la maladie ou la blessure physique ne constitue jamais un obstacle au lien spirituel de la personne avec son Créateur, ni ne la prive de sa prière.
- Bien-être mental et lutte contre le doute obsessionnel (Waswās) :
En établissant des règles fondamentales imposant de ne pas tenir compte des doutes injustifiés — telles que la Règle de l’achèvement (Qā‘idat al-Farāgh) et la Règle du dépassement d’étape (Qā‘idat al-Tajāwuz) —, la loi islamique préserve le croyant d’une incertitude obsessionnelle qui paralyserait sa vie quotidienne et sa pratique.
- L’obligation adaptée aux capacités humaines :
Les dispositions relatives à l’incontinence (Dā’im al-Ḥadath) démontrent que les obligations divines ne sont jamais suspendues ; elles sont au contraire adaptées aux capacités physiques de chacun afin que personne ne soit privé de la spiritualité et du bienfait de la prière.
- Rejet de la rigidité injustifiée face au progrès moderne :
La noble loi islamique approuve pleinement l’utilisation des commodités modernes (telles que les chauffe-eaux, les systèmes de filtration et le matériel médical moderne) pour accomplir la purification rituelle.
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