Thème de la semaine – Volume 03 Numéro 21

Topic of the Week - Volume 03 Issue 21
Last Updated: mai 24, 2026By Categories: Thème de la semaine0 Comments on Thème de la semaine – Volume 03 Numéro 2112,5 min readViews: 9

Le lien entre l’amour et l’obéissance dans l’école de l’Imam al-Baqir (que la paix soit sur lui)

Seyed Hashem Moosavi

Introduction

L’Imam Muhammad al-Baqir (paix soit sur lui) est né à Médine le premier jour du mois de Rajab, en l’an 57 de l’Hégire. Son noble père était l’Imam al-Sajjad (paix soit sur lui) et sa digne mère était Fatimah, la fille de l’Imam Hasan al-Mujtaba (paix soit sur lui). Ainsi, par son père, il est lié à l’Imam Husayn (paix soit sur lui) et, par sa mère, à l’Imam Hasan al-Mujtaba (paix soit sur lui). De cette manière, sa lignée bénie reflète elle-même l’union des deux branches rayonnantes des Ahl al-Bayt (paix soit sur eux).

Après le martyre de son père en l’an 95 de l’Hégire, l’Imam al-Baqir (paix soit sur lui) a assumé l’Imamat des chiites à l’âge de trente-huit ans. Sa période d’Imamat, qui a duré dix-neuf ans, a coïncidé avec le règne de cinq califes omeyyades.

Il est tombé en martyr le sept de Dhu al-Hijjah en l’an 114 de l’Hégire, à l’âge de cinquante-sept ans. Certaines sources désignent Hisham ibn Abd al-Malik comme responsable de ce crime, tandis que d’autres nomment Ibrahim ibn al-Walid. Son corps pur a été déposé au cimetière d’al-Baqi’, aux côtés des tombes de l’Imam Hasan al-Mujtaba et de l’Imam al-Sajjad (paix soit sur eux).

Pourtant, l’héritage durable de l’Imam al-Baqir (paix soit sur lui) ne se limite pas aux événements de sa vie. Plus que tout, il brille à travers sa profonde formulation de la vérité religieuse et sa restauration d’une saine compréhension du chiisme. C’est précisément ce point qui nous amène au thème central de cet essai.

Définir la réalité du chiisme et de l’obéissance divine selon les mots de l’Imam al-Baqir (paix soit sur lui)

L’un des plus grands dangers qui a toujours menacé les communautés religieuses est la séparation entre l’identité religieuse et la pratique religieuse. En d’autres termes, une personne peut se contenter de noms, de slogans, d’affiliations et d’émotions, alors que son mode de vie ne montre que peu de signes réels de foi.

Les Imams infaillibles (paix soit sur eux), et l’Imam al-Baqir (paix soit sur lui) en particulier, comprenaient profondément ce danger. Maintes et maintes fois, ils ont cherché à faire évoluer la réalité du chiisme au-delà de la simple revendication et de l’affiliation, pour la définir plutôt à travers un lien indissociable avec la servitude, l’obéissance et la conduite pieuse.

Dans son école de pensée lumineuse, le véritable sens d’un « vrai chiite » ne peut être compris sans prêter attention simultanément à trois éléments : l’obéissance à Dieu, l’action juste et l’amour pour les Ahl al-Bayt (paix soit sur eux). Pour cette raison, les déclarations de l’Imam al-Baqir (paix soit sur lui) à ce sujet comptent parmi les réflexions les plus claires et les plus profondes sur l’identité chiite. Elles tracent une frontière contre les visions exagérées et superficielles, tout en montrant que le chiisme n’est pas simplement un attachement émotionnel ou une identité nominale, mais un mode de vie formateur et porteur de responsabilités.

Pour rendre ce cadre intellectuel plus clair, nous nous référerons d’abord à plusieurs narrations de ce noble Imam (paix soit sur lui) puis, sur la base de ces récits, nous développerons la discussion autour de trois thèmes principaux afin que la relation entre l’obéissance divine, l’amour pour les Ahl al-Bayt (paix soit sur eux) et le salut de l’homme puisse être pleinement mise en lumière.

Premier Hadith : Khaythamah al-Ju’fi, l’un des compagnons et rapporteurs estimés de l’Imam al-Baqir et de l’Imam al-Sadiq (paix soit sur eux), rapporte : « Je me suis rendu en présence de l’Imam al-Baqir (paix soit sur lui) pour lui faire mes adieux. Au moment où je partais, il m’a dit:

يا خيثمة أبلِغْ شيعَتَنا أنَّهُ لا يُنالُ ما عِندَ اللّه ِ إلاّ بِالعَمَلِ ، و أبلِغْ شيعَتَنا أنَّ أعظَمَ النّاسِ حَسرَةً يَومَ القِيامَةِ مَن وَصَفَ عَدلاً ثُمَّ خالَفَهُ إلى غَيرِهِ

« Ô Khaythamah, transmets à nos chiites que ce qui se trouve auprès de Dieu ne peut être obtenu que par l’action ; et transmets à nos chiites que les personnes qui éprouveront le plus grand regret au Jour de la Résurrection sont celles qui décrivent la justice, puis agissent à l’opposé de celle-ci. » (Amali de Shaykh al-Tusi, p. 370, nº 796)

Deuxième Hadith : L’Imam al-Baqir (paix soit sur lui) a dit à l’un de ses compagnons célèbres et éminents, Maysar ibn Abd al-Aziz :

یَا مُیَسِّرُ أَلاَ اُخْبِرُکَ بِشِیعَتِنَا؟ قُلْتُ: بَلی جُعِلْتُ فِداکَ قَالَ: إِنَّهُمْ حُصُونٌ حَصِینَةٌ و صُدُورٌ أمِیْنَةٌ وَ أَحْلاَمٌ وَزِیْنَةٌ لَیْسُوا بالمَذِیعِ البَذِرِ وَلاَ بِالجُفَاتِ المُرَاعِیْنَ رُهْبَانٌ بِالْلَیلِ اُسُدٌ بِالْنَهارِ

« Ô Maysar, veux-tu que je te dise qui sont nos chiites ? » J’ai répondu : « Oui, que ma vie soit sacrifiée pour vous. » Il dit : « Ils sont des forteresses fortifiées, des cœurs dignes de confiance, et des personnes de dignité et de bon jugement. Ils ne propagent pas de rumeurs, ne révèlent pas les secrets et ne se comportent pas avec dureté et hypocrisie. Ils sont des adorateurs la nuit et des lions le jour. » (Bihar al-Anwar, vol. 65, p. 180)

Troisième Hadith : Jabir ibn Yazid al-Ju’fi dit : « Je suis resté en compagnie de notre maître, l’Imam Abu Ja’far Muhammad ibn Ali (paix soit sur lui), pendant dix-huit ans. Quand j’ai voulu lui faire mes adieux, j’ai dit : « Donnez-moi quelque chose d’utile ; enseignez-moi un conseil. » Il répondit : « Après dix-huit ans, ô Jabir ?! » J’ai dit : « Oui. Vous êtes un océan dont on ne peut atteindre la fin ni saisir la profondeur. » L’Imam (paix soit sur lui) dit alors :

یا جابر بلّغ شیعتی منی السلام و اعلمهم انه لا قرابة بیننا و بین الله عز و جل و لا یتقرب الله الا بالطاعة، یا جابر من اطاع الله و احبنا فهو ولینا و من عصی الله لم ینفعه حبنا

« Transmets mes salutations à mes chiites et informe-les qu’il n’y a aucun lien de parenté entre nous et Dieu, le Puissant et le Majestueux, et que personne ne se rapproche de Dieu si ce n’est par l’obéissance. Ô Jabir, quiconque obéit à Dieu et nous aime est notre véritable ami, et quiconque désobéit à Dieu ne tirera aucun profit de notre amour. » (Amali de Shaykh al-Tusi, p. 296)

Prises dans leur ensemble, ces déclarations offrent un cadre cohérent pour comprendre la réalité du chiisme. Au sein de ce cadre, l’identité chiite repose sur deux fondements essentiels, et les trois prochaines parties de cet essai sont organisées pour clarifier la relation entre eux :

  1. La servitude envers Dieu
  2. L’amour et la Wilayah des Ahl al-Bayt (paix soit sur eux)
  1. La réalité de la servitude envers Dieu dans la logique du Coran

Le Saint Coran ne considère pas la servitude envers Dieu comme une simple revendication ou un sentiment intérieur. Il présente plutôt la réalité de la servitude d’adoration comme une obéissance. Selon la vision coranique, la foi véritable prend forme lorsqu’une personne se soumet devant le commandement divin :

وَ مَا كَانَ لِمُؤْمِنٍ وَ لَا مُؤْمِنَةٍ إِذَا قَضَى اللَّهُ وَ رَسُولُهُ أَمْرًا أَنْ يَكُونَ لَهُمُ الْخِيَرَةُ مِنْ أَمْرِهِمْ

« Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu’Allah et Son messager ont décidé d’une chose d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir. » (Coran 33 :36)

Ailleurs, le Coran enseigne que l’amour authentique envers Dieu se mesure par le suivi inconditionnel du Messager :

قُلْ إِن كُنتُمْ تُحِبُّونَ اللَّهَ فَاتَّبِعُونِي يُحْبِبْكُمُ اللَّهُ

« Dis : « Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera… » (Coran 3 :31)

Selon cette logique, la valeur d’une personne ne réside pas dans ses revendications, sa lignée ou ses slogans, mais dans le degré de sa soumission à Dieu. Même le fait d’appartenir à la famille d’un prophète n’assure pas le salut sans l’obéissance. Le fils du Prophète Noé (paix soit sur lui), malgré son lien familial, n’a pas été compté parmi les sauvés en raison de sa désobéissance.

L’Imam al-Baqir (paix soit sur lui) insiste précisément sur cette vérité lorsqu’il dit :

ا یتقرب الله الا بالطاعة

« Personne ne se rapproche de Dieu si ce n’est par l’obéissance. »

Cette déclaration rejette toute illusion d’une immunité imaginaire ou d’une proximité privilégiée avec Dieu, et affirme au contraire la centralité de l’action et de l’obéissance. En d’autres termes, le succès de quiconque n’est garanti par la simple affiliation aux Ahl al-Bayt (paix soit sur eux), l’appartenance à une communauté religieuse ou des signes extérieurs de piété. Le critère final demeure la servitude et l’action.

C’est une déclaration frappante qui pousse à l’éveil. Lorsque l’incarnation de l’infaillibilité et le canal de la grâce divine déclare que, devant Dieu, aucun lien et aucune distinction n’apporte la proximité si ce n’est l’obéissance, le devoir de chaque fidèle devient alors d’une clarté absolue.

  1. La relation entre l’amour pour les Ahl al-Bayt (paix soit sur eux) et l’obéissance à Dieu

Si la section précédente a montré que la véritable servitude ne peut être réalisée que par l’obéissance, nous devons maintenant nous demander quelle place occupent l’amour et le dévouement envers les Ahl al-Bayt (paix soit sur eux) au sein de ce cadre. L’une des subtilités de l’enseignement islamique est que l’obéissance à Dieu est profondément et de manière directrice liée à l’amour pour les Ahl al-Bayt (paix soit sur eux), comme le déclare le Coran :

قُل لَا أَسْأَلُكُمْ عَلَيْهِ أَجْرًا إِلَّا الْمَوَدَّةَ فِي الْقُرْبَى

« Dis : « Je ne vous en demande aucun salaire si ce n’est l’affection eu égard à [nos liens] de parenté. » » (Coran 42 :23)

Une question naturelle peut alors se poser : comment cet amour, présenté comme la récompense de la mission du Prophète, peut-il être concilié avec le principe d’obéissance à Dieu sur lequel l’Imam al-Baqir (paix soit sur lui) insiste si fortement ?

La réponse réside dans les mots mêmes de l’Imam : « Ô Jabir, quiconque obéit à Dieu et nous aime est notre véritable ami, et quiconque désobéit à Dieu ne tirera aucun profit de notre amour. » En d’autres termes, dans la tradition coranique, l’amour n’est pas un attachement simplement émotionnel. C’est un amour authentique qui ne peut jamais être séparé de l’obéissance à Dieu.

La relation entre ces deux concepts est structurelle et hiérarchique, et non parallèle. L’amour est la force motrice de l’obéissance. Une personne prend naturellement comme modèle celle qu’elle aime vraiment, accepte sa parole et marche sur son chemin. Pour cette raison, l’amour pour les Ahl al-Bayt (paix soit sur eux) est le prélude pour les suivre et leur obéir, et non un substitut à cela.

Selon l’Imam al-Baqir (paix soit sur lui), l’amour sans obéissance n’est rien d’autre qu’une illusion ; un tel amour ne reste qu’un sentiment superficiel et inefficace.

Le Saint Coran décrit la relation directe entre l’amour et l’obéissance au Messager en ces termes :

ُلْ إِنْ كُنْتُمْ تُحِبُّونَ اللَّهَ فَاتَّبِعُونِي يُحْبِبْكُمُ اللَّهُ

« Dis : « Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera … »(Coran 3 :31)

Dans ce verset, l’amour véritable envers Dieu se mesure par le suivi. Le même principe s’applique à l’amour pour les Ahl al-Bayt (paix soit sur eux). Celui qui prétend les aimer tout en marchant sur un chemin contraire au leur n’a pas encore atteint l’esprit véritable du dévouement.

  1. Le double rôle de l’amour pour les Ahl al-Bayt (paix soit sur eux) et de l’obéissance divine dans le salut éternel

À la lumière de ce qui précède, nous pouvons maintenant franchir la dernière étape et examiner la relation entre ces deux éléments dans la question du salut éternel. Si l’obéissance à Dieu est le critère premier, et si l’amour pour les Ahl al-Bayt (paix soit sur eux) est tout aussi indissociable de l’obéissance, comment faut-il alors comprendre le rôle de chacun d’eux dans la destinée ultime de l’homme ?

La réponse est que l’amour pour les Ahl al-Bayt (paix soit sur eux) est la plus grande force formatrice qui pousse une personne sur le chemin de l’obéissance à Dieu. Le système divin de récompense et de responsabilité ne repose pas sur la séparation de ces deux éléments ; il repose plutôt sur leur union ordonnée et intégrée.

Pour atteindre les sommets du bonheur et d’une vie vertueuse, l’être humain a besoin de deux ailes complémentaires :

Premièrement : l’aile de la connaissance et de l’amour, une orientation intérieure du cœur. C’est l’élixir qui donne de l’esprit à l’action, dissout les péchés et définit la direction du voyage de chacun. Elle est si puissante que, selon les mots de l’Imam al-Baqir (paix soit sur lui), elle est encore plus efficace qu’une relation purement généalogique. À cet égard, il dit :

ولایتی لعلی بن ابی طالب احب الیّ من ولادتی منه

« Mon dévouement envers Ali ibn Abi Talib m’est plus cher que le fait d’être son enfant sans ce dévouement. »

Deuxièmement : l’aile de l’obéissance et de l’action, le comportement extérieur. Cette aile est une condition nécessaire pour entrer dans le domaine de la Wilayah et pour que les actes de chacun soient acceptés. C’est précisément le sens de ce que l’Imam al-Baqir (paix soit sur lui) a indiqué dans le premier hadith : « Ce qui se trouve auprès de Dieu ne peut être obtenu que par l’action. » C’est peut-être ce qui permet aussi d’expliquer son avertissement selon lequel le plus grand regret au Jour de la Résurrection appartiendra à celui qui dit la vérité mais agit contre elle.

Cet avertissement ne s’adresse pas uniquement aux savants religieux ; il s’applique à tout le monde. Combien parlent des vertus des Ahl al-Bayt (paix soit sur eux), tout en étant prisonniers dans leur vie privée de l’oppression, de la médisance, du gain illicite, de l’arrogance, du manque de piété ou de la violation des droits d’autrui. Du point de vue des Ahl al-Bayt (paix soit sur eux), la valeur réelle d’une personne réside dans l’incarnation pratique de la foi.

Un véritable chiite n’est pas celui qui abandonne les obligations divines dans l’espoir de l’intercession ; ce n’est pas non plus celui qui, par fierté pour ses actes d’adoration personnels, s’imagine indépendant de l’amour et du dévouement envers les canaux de la grâce divine. Un véritable chiite est celui dans le cœur duquel vit l’amour pour les Ahl al-Bayt (paix soit sur eux), dans le comportement duquel l’obéissance à Dieu est visible, et dans la vie duquel l’éthique des Ahl al-Bayt (paix soit sur eux) se manifeste.

La conclusion de cette discussion est que, selon la vision de l’Imam al-Baqir (paix soit sur lui), l’amour et l’obéissance ne sont pas deux réalités déconnectées, mais deux piliers complémentaires sur le chemin de la guidance. L’amour donne naissance à l’esprit et à la motivation pour le mouvement, tandis que l’obéissance révèle la vérité et la fermeté de cet amour dans le domaine de l’action. Chaque fois que l’amour est séparé de l’action, il se réduit à une émotion stérile ; et chaque fois que l’action est vidée de l’amour, elle perd sa profondeur et sa direction. La réalité du chiisme se réalise précisément dans l’union équilibrée de ces deux significations.

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