Expérience sensibilisation religieuse – Volume 03 Numéro 12
De la cellule du séminaire à la Maison du Repentir
Pour nous, étudiants des sciences religieuses, le Ramadan n’a jamais été un simple mois d’adoration ; c’était une saison de migration. C’était le moment de se détacher de nos humbles cellules de séminaire et de nos manuels pour s’immerger dans la vie des gens. Dans le calendrier clérical, le Ramadan signifie la suspension des études formelles avancées et l’aube du « Tabligh » (la mission de transmission).
Cette année-là marquait ma quatrième année d’études. Je n’étais plus assez novice pour être un simple spectateur, mais pas encore assez aguerri pour monter en chaire avec une confiance absolue. Je brûlais d’envie de suivre un mentor expérimenté pour apprendre le métier sur le terrain. L’occasion se présenta lorsqu’un étudiant plus ancien accepta que je l’accompagne pour la première semaine du mois saint. Quand j’appris que notre destination était une prison régionale isolée, mon enthousiasme s’envola : c’était une expérience rare, accordée à peu de gens.
Nous arrivâmes au moment du nouveau croissant de lune. Une petite pièce dans l’aile administrative de la prison nous fut assignée. Bien que l’épuisement du voyage collât encore à nos os, nous nous mîmes immédiatement en route pour les prières et le sermon de la première nuit.
Un tourbillon d’émotions m’habitait : l’excitation de mon premier voyage missionnaire s’entremêlait à l’anxiété de rencontrer des détenus face à face. Pour être honnête, l’image du « prisonnier » dans mon esprit correspondait aux clichés habituels : des visages marqués par la dureté, maussades et peut-être dangereux. Chargé de ces préjugés, je ressentais l’ombre d’une certaine appréhension.
En entrant, un grand panneau attira mon regard : « Nedamatgah » (La Maison du Repentir). Ce mot fut ma première rencontre avec la vérité ; il parlait d’un lieu de retour et de reconstruction. Lorsque nous pénétrâmes dans la salle de prière, contrairement à mes craintes, je fus accueilli par des hommes qui ne dégageaient ni présence terrifiante ni regards hostiles. Ils nous accueillirent avec un respect et une chaleur qui dépassaient de loin mes attentes.
Mon ami prononça le sermon inaugural. Après coup, lors des salutations, un détenu fit remarquer : « Laissez ce jeune Sayyid (descendant du Prophète) parler également. » Je déclinai, expliquant que je n’étais là que pour observer, mais ils insistèrent : « La progéniture du Prophète doit aussi partager une parole. »
Leur persistance poussa mon ami à me demander de parler le deuxième soir. Je passai toute la nuit à lutter avec les thèmes du repentir et du péché, jusqu’à ce qu’une question percutante frappe mon cœur : « Es-tu toi-même parvenu à la station du repentir, pour oser y inviter les autres ? »
Je n’avais pas de réponse. Je décidai qu’au lieu de faire un cours, j’offrirais une confession sincère. Debout devant le micro, je dis : « Quand j’ai vu le nom « Maison du Repentir » aux portes, j’ai réalisé que moi aussi, j’avais besoin d’atteindre cette station. S’il vous plaît, permettez-moi d’être un simple compagnon d’étude à vos côtés, et je vous demande de ne pas exiger de moi de sermon formel. »
Je pensais que ce serait la fin de l’histoire. Au contraire ! Ces deux minutes d’honnêteté brute résonnèrent en eux plus profondément que n’importe quel sermon poli ne l’aurait pu, et leur insistance redoubla. Je restai sur mes positions. Finalement, nous trouvâmes un compromis : je dirigerais les prières de congrégation et répondrais à leurs questions, tandis que mon ami prononcerait les sermons. Ils acceptèrent… et nous restâmes.
Cette première semaine s’étira sur tout le mois. Durant ces trente jours, je fus témoin de choses extraordinaires. Une fois, un détenu vint me voir pour une Istikhara (consultation divine) ; le résultat fut très négatif. Il confessa plus tard qu’il avait une opportunité de s’évader et qu’il hésitait. Nous saisîmes ce moment pour expliquer l’essence réelle et les conditions d’une telle consultation.
D’autres venaient partager leur histoire de vie : erreurs, tromperies et moments de fragilité. Durant ces jours, j’appris que parfois, la tâche la plus vitale n’est pas de parler, mais d’offrir une « écoute sans jugement ». Beaucoup de ces hommes étaient des âmes blessées bien avant d’être des criminels. Ce Ramadan-là, je n’étais pas allé guider les autres ; j’étais allé cultiver ma propre âme.
Réflexions sur la mission
- Le pouvoir du langage sur la perception : Nommer un établissement « Maison du Repentir » plutôt que « Prison » est le premier pas pour faire passer l’identité d’un individu de « condamné » à « humain en processus de retour ». Les étiquettes que nous apposons sur les gens dictent la trajectoire de nos interactions.
- La sincérité plutôt que l’éloquence : Les gens, particulièrement ceux issus de milieux vulnérables, possèdent une intuition fine pour distinguer un « cours » d’une « parole du cœur ». L’aveu de ses propres faiblesses par un mentor brise les défenses de l’auditoire et bâtit un pont de confiance.
- La mission de l’écoute : Dans de nombreuses impasses morales et sociales, les individus ont davantage besoin d’une « oreille attentive » et d’un « regard libéré de tout jugement » que de solutions ou de réprimandes. La libération de la douleur accumulée est le précurseur essentiel à l’acceptation d’une guidance.
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