Expérience sensibilisation religieuse – Volume 03 Numéro 08

Religious Outreach Experiences - Volume 03 Issue 08

Quand nous nous sommes trouvés en présence de l’Imam

Le mois de Ramadan porte toujours en lui le parfum d’un nouveau départ, particulièrement pour ceux à qui incombe la responsabilité de la transmission religieuse. C’est une saison où la responsabilité s’alourdit, où les cœurs se font plus attentifs, et où les chaires doivent parler avec une clarté et une sincérité accrue.

Il y a quelques années, à la veille du Ramadan, j’ai été invité à donner une conférence lors d’un séminaire pour missionnaires. L’auditoire n’était pas ordinaire. La salle était remplie de savants et de prédicateurs chevronnés, des hommes qui avaient passé des années, voire des décennies, à transmettre le message des Ahl al-Bayt (paix sur eux) à travers différents pays et cultures. Choisir un sujet pour une telle assemblée n’était pas une mince affaire. Ce n’étaient pas des débutants, mais des vétérans de la chaire, familiers des profondeurs de la jurisprudence, de la théologie et de la tradition. Je ne cessais de me demander : « Que puis-je leur présenter qui puisse résonner en eux ? Qu’est-ce qui serait à la fois pertinent pour le Ramadan et utile pour leurs prochains sermons ? »

Pendant plusieurs jours, j’ai réfléchi. Puis, une narration simple mais profonde de l’Imam Jaʿfar al-Ṣādiq (paix sur lui) m’est venue à l’esprit. On rapporte que l’Imam demanda un jour à l’un de ses étudiants : « Durant tout le temps que tu as passé avec moi, qu’as-tu appris ? Résume-le. »

L’étudiant distilla tout ce qu’il avait absorbé en huit déclarations concises. Huit principes courts, mais profondément transformateurs. Lorsqu’il eut fini, l’Imam confirma ses paroles et dit : « Tous les enseignements des prophètes sont contenus dans ces huit phrases. » Ce récit devint le cœur de ma conférence. Une fois au pupitre, avant même de narrer la tradition, je m’adressai aux savants présents : « Nous sommes tous des étudiants de l’Imam al-Ṣādiq. Nous avons passé des années dans les séminaires à étudier le fiqh (jurisprudence), les principes, le hadith, la théologie. Imaginons maintenant que l’Imam lui-même se tienne devant nous et nous demande : « Après toutes ces années, qu’avez-vous vraiment appris ? Résumez-le. » » Un lourd silence s’abattit sur la salle. Je poursuivis : « Si toutes nos années d’étude, de prédication, d’écriture et d’enseignement devaient être condensées en quelques phrases, que dirions-nous ? »

Je partageai ensuite la narration et développai les huit principes. Pourtant, je sentais que le véritable impact ne résidait pas seulement dans le contenu du hadith, mais dans la simulation : l’acte de nous placer en présence de l’Imam. Pendant quelques instants, la salle de conférence ne ressemblait plus à un rassemblement académique formel. Elle ressemblait à une salle de classe à Médine. C’était comme si nous étions assis devant l’Imam, redevables de ce que nous avions fait de la connaissance reçue. L’atmosphère changea de manière visible, palpable. Les visages se firent pensifs. Les yeux se baissèrent en signe de réflexion. Il semblait que chaque personne composait silencieusement sa propre réponse.

À la fin de la conférence, les salawats qui suivirent ne ressemblèrent à aucune autre. Ce n’était pas une réponse collective routinière ; elle portait une émotion, une introspection, et même un sentiment de reddition de comptes. Par la suite, de nombreux participants m’ont approché pour demander la référence exacte du hadith. Certains dirent : « Nous devons utiliser cela dans nos sermons de Ramadan. » D’autres confièrent : « Cette question m’a déstabilisé, de la meilleure des manières. » Cette journée m’a appris quelque chose de profond.

Nous parlons souvent des Imams. Mais ce dont nous avons parfois le plus besoin, c’est de nous tenir devant eux, ne serait-ce que par notre imagination et notre conscience. Il y a une différence immense entre discuter d’un Imam et se sentir responsable sous son regard. L’accueil inhabituel ce jour-là n’était pas seulement dû à une narration bien choisie. C’était parce que, durant un bref instant, nous nous sommes tous sentis présents à la cour de l’Imam. Sa validation des huit principes de cet étudiant est devenue, pour nous, une feuille de route pratique pour le mois de Ramadan à venir.

Trois leçons de cette expérience

  1. Le pouvoir transformateur de l’imagination morale : Lorsque les auditeurs sont placés au cœur de la scène, lorsqu’ils se sentent personnellement interpellés, le message pénètre bien plus profondément que ne le ferait une instruction abstraite.
  2. La beauté de la synthèse : Dans un monde d’informations infinies, ce qui transforme les cœurs, ce sont les vérités distillées — des principes clairs et vécus qui capturent l’essence de la foi.
  3. La prédication commence par le prédicateur : Avant que le sermon n’atteigne l’auditoire, il doit confronter celui qui parle. Lorsque le prédicateur répond d’abord lui-même à la question de l’Imam en son for intérieur, ses paroles portent une sincérité, et c’est cette sincérité qui touche les cœurs.
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