L’écho éternel des récits coraniques – Volume 03 Numéro 23
L’inondation qui effaça les liens du sang ; quand la foi annule le lignage !
Les liens du sang sont-ils véritablement au-dessus de tout ?
L’histoire de Nûh (que la paix soit sur lui) renverse complètement cette croyance. Au cours du déluge le plus terrifiant de l’histoire, alors que des vagues semblables à des montagnes engloutissaient la terre, un père implorait Dieu en faveur de son fils qui se noyait dans les flots. Pourtant, la réponse divine ébranla les fondements mêmes de l’histoire : « Il n’est pas de ta famille ! »
La plainte de Nûh (que la paix soit sur lui)
Pendant des siècles, l’ignorance, l’idolâtrie et l’oppression avaient jeté leur ombre sur le monde. La société s’était divisée en deux classes : les élites arrogantes et les masses démunies. C’est au cœur de ces ténèbres que le Prophète Nûh (que la paix soit sur lui), le premier de l’élite des Prophètes législateurs (Ulul ʿAzm), reçut l’ordre de briser les chaînes du polythéisme par une lutte incessante.
Il n’épargna aucun effort pour éveiller les consciences endormies. Jour et nuit, publiquement et en secret, il alla vers son peuple avec bonté et compassion. Pourtant, leur seule réponse ne fut qu’obstination et refus. Le Noble Coran narre la douloureuse plainte de Nûh à Dieu en ces termes :
«قالَ رَبِّ إِنِّي دَعَوْتُ قَوْمِي لَيْلاً وَ نَهاراً، فَلَمْ يَزِدْهُمْ دُعائِي إِلاَّ فِراراً، وَ إِنِّي كُلَّما دَعَوْتُهُمْ لِتَغْفِرَ لَهُمْ جَعَلُوا أَصابِعَهُمْ فِي آذانِهِمْ وَ اسْتَغْشَوْا ثِيابَهُمْ وَ أَصَرُّوا وَ اسْتَكْبَرُوا اسْتِكْباراً، ثُمَّ إِنِّي أَعْلَنْتُ لَهُمْ وَ أَسْرَرْتُ لَهُمْ إِسْراراً
« Il dit : « Seigneur ! J’ai appelé mon peuple, nuit et jour. » (Nûh, 71 :5)
« Mais mon appel n’a fait qu’accroître leur fuite. » (Nûh, 71 : 6)
« Et chaque fois que je les ai appelés pour que Tu leur pardonnes, ils ont mis leurs doigts dans leurs oreilles, se sont enveloppés de leurs vêtements, se sont entêtés et se sont montrés extrêmement orgueilleux. » (Nûh, 71 :7)
Puis, je leur ai fait des proclamations publiques, et des confidences en secret. »
(Nûh, 71 :9)
Mais cette lutte ne fut pas l’affaire d’un jour ou d’une année ; elle se poursuivit durant des siècles. Nûh (que la paix soit sur lui) fit preuve d’une patience remarquable, que le Coran consigne ainsi :
«وَلَقَدْ أَرْسَلْنَا نُوحًا إِلَىٰ قومه فَلَبِثَ فِيهِمْ أَلْفَ سَنَةٍ إِلَّا خَمْسِينَ عَامًا فَأَخَذَهُمُ الطُّوفَانُ وَهُمْ ظَالِمُونَ»
« Et en effet, Nous avons envoyé Nûh vers son peuple. Il demeura parmi eux mille ans moins cinquante années. Puis le déluge les emporta alors qu’ils étaient injustes.”
(Al-‘Ankabut, 29 : 14)
Le plus grand défi de Nûh : le front de l’incrédulité au sein de son propre foyer.
(La trahison de son épouse et l’isolement de son fils)
La plus grande douleur que Nûh endura au cours de ces quelque mille ans fut la solitude au sein même de son propre foyer. Son épouse ne se contenta pas de refuser de croire, elle agit également comme une infiltrée, révélant les secrets de la maison du Prophète aux mécréants. Elle s’allia intellectuellement avec eux et disait aux gens que Nûh avait perdu la raison. Le Coran qualifie ce sabotage domestique par le mot percutant de « trahison », démontrant ainsi que la foi est supérieure aux liens conjugaux :
«ضَرَبَ اللَّهُ مَثَلًا لِّلَّذِينَ كَفَرُوا امْرَأَتَ نُوحٍ وَامْرَأَتَ لُوطٍ ۖ كَانَتَا تَحْتَ عَبْدَيْنِ مِنْ عِبَادِنَا صَالِحَيْنِ فَخَانَتَاهُمَا فَلَمْ يُغْنِيَا عَنْهُمَا مِنَ اللَّهِ شَيْئًا وَقِيلَ ادْخُلَا النَّارَ مَعَ الدَّاخِلِينَ»
« Allah a cité en parabole pour ceux qui ont mécru la femme de Nûh et la femme de Lot. Elles étaient sous l’autorité de deux vertueux de Nos serviteurs. Toutes deux les trahirent et ils ne furent d’aucune aide pour [ces deux femmes] vis-à-vis d’Allah. Et il [leur] fut dit : « Entrez au Feu toutes les deux, avec ceux qui y entrent », » (At-Tahrim, 66 :10)
D’un autre côté, le fils de Nûh (Canan) choisit la voie du matérialisme et de l’alliance avec les mécréants plutôt que de suivre son père, bien qu’il eût dissimulé son incrédulité dans une certaine mesure jusqu’au moment du déluge.
L’ordre de construire l’Arche et les amères moqueries des élites
Une fois tout espoir de guider ce peuple perdu, l’ordre divin de construire l’Arche du salut fut édicté. La construction d’un navire massif sur une terre aride et éloignée de toute mer devint un nouveau motif de ridicule pour les élites riches et arrogantes :
«وَيَصْنَعُ الْفُلْكَ وَكُلَّمَا مَرَّ عَلَيْهِ مَلَأٌ مِّن قَوْمِهِ سَخِرُوا مِنْهُ ۚ قَالَ إِن تَسْخَرُوا مِنَّا فَإِنَّا نَسْخَرُ مِنكُمْ كَمَا تَسْخَرُونَ»
« Et il construisait l’arche. Et chaque fois que des notables de son peuple passaient près de lui, ils se moquaient de lui. Il dit : “Si vous vous moquez de nous, eh bien, nous nous moquerons de vous, comme vous vous moquez [de nous]. » (Hud, 11 :38)
Le prélude fracassant du Déluge et l’appel poignant d’un père
L’heure fixée était arrivée. Le ciel se fendit et la terre s’entrouvrit. Des pluies torrentielles se joignirent aux sources jaillissant du sol. Nûh fit monter à bord de l’Arche les croyants ainsi que des couples d’animaux, et le navire se mit à naviguer sur des vagues semblables à des montagnes. Au milieu de ce chaos terrifiant, Nûh aperçut son fils Canan, qui se tenait à l’écart, isolé. L’affection paternelle s’enflamma alors en lui, et il s’écria :
وَنَادَىٰ نُوحٌ ابْنَهُ وَكَانَ فِي مَعْزِلٍ يَا بُنَيَّ ارْکَب مَّعَنَا وَلَا تَکُن مَّعَ الْکَافِرِينَ»
« Et elle vogua en les emportant au milieu des vagues comme des montagnes. Et Nûh appela son fils, qui restait en un lieu écarté (non loin de l’arche) : “Ô mon enfant ! Monte avec nous et ne reste pas avec les mécréants !” (Hud, 11:42)
L’arrogance du fils et sa chute dans l’étreinte des vagues
Canan, prisonnier d’une pensée matérialiste, croyait que les moyens terrestres étaient plus forts que le décret de Dieu. C’est avec arrogance qu’il répondit à son père :
«قَالَ سَآوِي إِلَىٰ جَبَلٍ يَعْصِمُنِي مِنَ الْمَاءِ ۚ قَالَ لَا عَاصِمَ الْيَوْمَ مِنْ أَمْرِ اللَّهِ إِلَّا مَن رَّحِمَ ۚ وَحَالَ بَيْنَهُمَا الْمَوْجُ فَكَانَ مِنَ الْمُغْرَقِينَ»
« “Il répondit : « Je vais me réfugier vers un mont qui me protégera de l’eau. » Et Nûh lui dit : « Il n’y a aujourd’hui aucun protecteur contre l’ordre d’Allah. (Tous périront) sauf celui à qui Il fait miséricorde. » Et les vagues s’interposèrent entre les deux, et le fils fut alors du nombre des noyés. » (Hud, 11:43)
Le murmure du père affligé et la bouleversante vérité divine
Le déluge s’apaisa et la terre engloutit ses eaux. Pourtant, le cœur de Nûh restait troublé par une profonde interrogation, car Dieu lui avait promis, avant le cataclysme, de sauver sa « famille ». Nûh se tourna alors vers son Seigneur et dit :
وَنَادَىٰ نُوحٌ رَّبَّهُ فَقَالَ رَبِّ إِنَّ ابْنِي مِنْ أَهْلِي وَإِنَّ وَعْدَكَ الْحَقُّ وَأَنتَ أَحْكَمُ الْحَاكِمِينَ»
« Et Nûh invoqua son Seigneur et dit : « Ô mon Seigneur ! Certes, mon fils est de ma famille et Ta promesse est vérité. Tu es Le plus Juste des Juges. » » (Hud, 11:45)
La réponse claire et bouleversante de Dieu frappa de caducité tous les critères matériels et raciaux :
قَالَ يَا نُوحُ إِنَّهُ لَيْسَ مِنْ أَهْلِكَ ۖ إِنَّهُ عَمَلٌ غَيْرُ صَالِحٍ…»
« Il dit : « Ô Nûh ! Il n’est pas de ta famille car il a commis un acte infâme… » (Hud, 11:46)
Dieu précisa clairement que la mécréance et la rébellion réduisent les liens du sang en cendres, et qu’ainsi, le fils de Nûh n’appartenait plus à la famille de la prophétie. Le Prophète Nûh (que la paix soit sur lui), entièrement dévoué au monothéisme, sacrifia son affection paternelle devant la justice divine et se soumit immédiatement :
قَالَ رَبِّ إِنِّي أَعُوذُ بِكَ أَنْ أَسْأَلَكَ مَا لَيْسَ لِي بِهِ عِلْمٌ ۖ وَإِلَّا تَغْفِرْ لِي وَتَرْحَمْنِي أَكُن مِّنَ الْخَاسِرِينَ»
« Alors Nûh dit : “Seigneur ! Je cherche refuge auprès de Toi contre toute demande de ce dont je n’ai aucune connaissance. Et si Tu ne me pardonnes pas et ne me fais pas miséricorde, je serai au nombre des perdants.” (Hud, 11:47)
Conclusion et message de l’histoire
Cette épopée coranique nous enseigne que, dans l’ordre divin, les distinctions se fondent sur « la foi et les œuvres », et non sur « la génétique et le lignage ». La mécréance de Canan a réduit en cendres son lien de sang avec le plus grand prophète de son temps, au point que son existence même est devenue « un acte infâme ».
L’histoire du fils de Nûh est un avertissement éternel : nul ne doit se reposer uniquement sur son affiliation aux vertueux ou aux grands de ce monde. Car face aux tempêtes de la vie et devant le tribunal de la justice divine, seule la voile de « la foi et des bonnes œuvres » peut mener l’être humain à bon port, sur le rivage du salut.
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