Thème de la semaine – Volume 03 Numéro 39
Le tourisme dans le Coran : de la contemplation de la terre à l’éveil de l’humanité
Seyed Hashem Moosavi
Introduction
À l’occasion de la Journée mondiale du tourisme, le voyage ne se résume pas à un simple déplacement géographique, à une simple occasion de repos ou à un levier de prospérité économique. Il peut devenir une fenêtre à travers laquelle l’être humain accède à une compréhension plus profonde du monde et de lui-même. Dans la perspective du Saint Coran, le tourisme et le voyage à travers la terre constituent une profonde invitation à la clairvoyance et à l’éveil : une invitation à observer, à travers l’immensité de la terre, les signes de Dieu, le destin des nations et les lois qui régissent la vie humaine, afin d’en tirer des leçons.
Selon cette vision, le monde extérieur est un miroir destiné à éveiller le monde intérieur. Le voyageur coranique ne se contente pas de traverser des lieux ; il franchit également les couches d’inattention, d’orgueil et d’habitude, et se rapproche, à chaque pas, d’une compréhension renouvelée de Dieu, de l’humanité et de sa propre responsabilité. Ainsi, dans la culture du coranique, le tourisme est à la fois l’art de voir et un chemin vers l’éveil ; il est tout à la fois un voyage à travers la géographie et un mouvement intérieur vers la connaissance et la responsabilité.
Le voyage dans le Coran : un commandement d’observer et de méditer
Dans les versets du Coran, le voyage n’est pas une recommandation marginale ; c’est un commandement de quitter la stagnation pour entrer dans le domaine de l’observation et de la réflexion. L’expression « سيروا في الأرض » invite l’être humain au mouvement, mais ce mouvement ne devient véritablement coranique que lorsqu’il s’accompagne d’observation et de méditation. Le verset:
«قل سیروا فی الارض فانظروا کیف بدأ الخلق»
« Dis : « Parcourez la Terre et voyez comment Il a commencé la création. »
(Al-Ankabut, 29 :20)
montre que la terre est une école pour comprendre la création, une école dont la leçon commence par le mouvement et porte ses fruits par la contemplation.
L’insistance du Coran sur l’observation ne se limite pas à un regard extérieur ; elle invite bien plutôt le cœur à la compréhension. C’est pourquoi le verset :
«أفلم یسیروا فی الارض فتکون لهم قلوب یعقلون بها…»
« Que ne parcourent-ils sur la Terre afin d’avoir des cœurs pour comprendre… ? »
(Al-Hajj, 22 :46)
nous rappelle que le principal problème de l’être humain n’est parfois pas le manque de voyages, mais l’absence d’un cœur éveillé et d’un intellect capable de tirer des leçons. On peut parcourir de nombreuses routes et passer à côté de chaque signe sans véritablement le recevoir ; un autre peut contempler un seul signe et trouver par son intermédiaire une nouvelle ouverture vers la vérité.
Ce commandement se déroule par étapes : sortir du cercle de la familiarité, contempler les signes disséminés à travers les horizons, lire le destin de ceux qui ont précédé, laisser cette lecture s’ancrer dans l’âme et revenir avec un regard renouvelé. Au cours de ce voyage, le voyageur rencontre la majesté de la nature, les ruines des civilisations, la splendeur des montagnes et le silence des déserts, et au milieu de tout cela, il prend conscience de sa propre petitesse et de sa condition mortelle. Ici, le tourisme cesse d’être un simple divertissement pour se transformer en un acte d’adoration enraciné dans la clairvoyance : passer de la vision à la connaissance, et de la connaissance à l’humilité.
Ainsi, lorsque le Coran évoque le voyage comme un commandement, ce n’est pas pour que les êtres humains se contentent de changer d’emplacement, mais pour qu’ils redécouvrent leur place au sein de l’existence. Ce commandement incite à la réflexion car il transforme chaque route en un signe, chaque ruine en un avertissement, et chaque horizon en un miroir pour connaître Dieu et soi-même. Le pèlerin du savoir perçoit la terre comme une école du tawḥid (l’unicité divine) et considère ses pas comme des degrés d’ascension : de l’inattention au rappel, de la dispersion à l’unité, et du simple tourisme à la clairvoyance.
La Terre : une classe du tawḥid
Dans la perspective du Saint Coran, la terre n’est pas seulement un lieu où l’être humain vit et subvient à ses besoins matériels ; elle est un livre ouvert des signes de Dieu et une salle de classe permanente pour connaître le Créateur. Les montagnes, les mers, les forêts, les déserts, le ciel étoilé, la diversité des êtres vivants et la variété des climats constituent autant de signes de la sagesse, de la puissance et de la miséricorde divines. Le voyage arrache l’être humain au cadre étroit et répétitif du quotidien pour le placer face aux manifestations les plus vastes de la création.
Le même commandement coranique mentionné au début de cet article prend ici tout son sens : le voyage doit mener à l’observation de la création ainsi qu’à la compréhension de son origine et de son ordre. Par conséquent, le mouvement à travers la terre n’a de valeur que lorsqu’il guide l’être humain de l’apparence extérieure des phénomènes vers la sagesse du Créateur.
C’est à partir de là que s’éclaire l’inséparabilité du « voyage » et de « l’observation » dans la logique du coranique. Parcourir la route n’acquiert de valeur épistémique que lorsqu’il s’accompagne d’une observation réfléchie, une observation qui extrait l’être humain de la surface des choses pour l’amener aux questions de sagesse, d’ordre et de sens. Beaucoup de gens voient les montagnes, les mers et le ciel sans jamais dépasser leurs formes extérieures ; tandis qu’une autre personne, en contemplant une simple feuille, une goutte de pluie ou le soleil levant, peut trouver un chemin vers la grandeur et la sagesse du Créateur.
Ailleurs, le Coran invite l’être humain à méditer sur un ensemble de phénomènes naturels :
«أَفَلَا يَنْظُرُونَ إِلَى الْإِبِلِ كَيْفَ خُلِقَتْ وَإِلَى السَّمَاءِ كَيْفَ رُفِعَتْ وَإِلَى الْجِبَالِ كَيْفَ نُصِبَتْ وَإِلَى الْأَرْضِ كَيْفَ سُطِحَتْ»
« Ne considèrent-ils donc pas les chameaux, comment ils ont été créés, et le ciel comment il est élevé, et les montagnes comment elles sont dressées. et la terre comment elle est nivelée ? » (Al-Ghāshiyah : 17–20)
Dans ces versets, le regard de l’être humain passe d’une créature vivante au ciel, du ciel aux montagnes, et des montagnes à l’immensité de la terre. C’est comme si le Coran souhaitait enseigner aux êtres humains que, lors du voyage, ils doivent observer à la fois les détails et la globalité du monde : la subtilité de la création d’une seule créature tout autant que l’ordre harmonieux de l’existence dans son ensemble. La diversité des phénomènes n’est pas le signe de multiples gouverneurs ; elle témoigne au contraire de l’unité de la gouvernance et de l’harmonie d’un système unique et sage.
Le voyage révèle également les limites de la perspective d’un individu. Dans le cadre restreint de sa propre existence, une personne peut considérer un certain mode de vie, un climat ou un ensemble de possibilités comme naturels et permanents. Mais lorsqu’il voyage vers d’autres terres et découvre la diversité des climats, des plantes, des animaux, des langues et des apparences humaines, il prend conscience plus profondément de l’immensité de la création divine. Le Coran présente cette diversité comme l’un des signes de Dieu :
«وَمِنْ آيَاتِهِ خَلْقُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَاخْتِلَافُ أَلْسِنَتِكُمْ وَأَلْوَانِكُمْ»
« Et parmi Ses signes la création des cieux et de la terre et la variété de vos idiomes et de vos couleurs. » (Al-Rum, 30 :22)
Ainsi, dans la logique du Coran, le tourisme peut devenir une forme d’éducation au tawḥid (l’unicité divine). Selon cette vision, la nature n’est pas seulement un lieu de détente ou de photographie ; elle est une école où l’on apprend la grandeur de Dieu, l’ordre de la création, la dépendance des êtres humains et l’harmonie des composantes de l’existence. Face à des montagnes solides, à des mers immenses et à un ciel infini, l’être humain comprend mieux sa propre petitesse et son besoin de Dieu, s’éloignant ainsi de l’orgueil.
Pourtant, tout voyage ne mène pas nécessairement à la connaissance. Si l’on voyage uniquement pour le plaisir, la consommation, le paraître ou l’accumulation d’images, on peut passer à côté de milliers de signes divins sans en saisir le message. Un voyage du tawḥid prend forme lorsque le pèlerin du savoir se pose ces questions : quelle est la puissance qui a fait exister ce monde immense ? Quelle est la sagesse qui a uni une telle diversité au sein d’un ordre unique ? Et quelle est ma responsabilité face à ces bienfaits ? De cette manière, le voyage cesse d’être une simple expérience récréative pour se transformer en un acte d’adoration conscient, un acte qui commence par l’observation, se poursuit par la réflexion et culmine dans la gratitude, l’humilité et la responsabilité.
La Terre : une mémoire vivante de l’histoire et un miroir d’avertissement
La terre ne préserve pas seulement les signes de la nature ; elle conserve également en son sein les souvenirs doux et amers des nations, des civilisations et des puissances du passé. Les palais, les forteresses, les lieux de culte, les cités en ruines, les routes anciennes et les vestiges laissés par les communautés d’autrefois constituent autant de pages du livre de l’histoire humaine. Le Saint Coran invite les êtres humains à étudier ces pages non pas par simple curiosité, mais afin d’en tirer des leçons et de reconnaître les lois qui régissent l’histoire.
Le Coran dit :
«قَدْ خَلَتْ مِنْ قَبْلِكُمْ سُنَنٌ فَسِيرُوا فِي الْأَرْضِ فَانْظُرُوا كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الْمُكَذِّبِينَ»
« Avant vous, certes, beaucoup d’événements se sont passés. Or, parcourez la terre, et voyez ce qu’il est advenu de ceux qui traitaient (les Prophètes) de menteurs. » (Ali-Imran, 3 :137)
Le mot « voies » (ou lois immuables) indique que les événements historiques ne relèvent pas d’une suite de faits décousus et anarchiques ; au contraire, des principes et des traditions régissent la vie des sociétés. De même que le monde naturel possède des lois stables, la vie sociale des nations obéit elle aussi à des schémas durables. L’oppression, la corruption, l’arrogance, la discrimination, la violation des droits d’autrui et le reniement de la vérité entraînent tous des conséquences ; tout comme la foi, la justice, la gratitude envers les bienfaits reçus, la solidarité et la réforme jettent les bases de la dignité et de la pérennité au sein d’une société.
En décrivant certaines nations du passé, le Coran déclare :
«أَوَلَمْ يَسِيرُوا فِي الْأَرْضِ فَيَنْظُرُوا كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ كَانُوا أَشَدَّ مِنْهُمْ قُوَّةً وَأَثَارُوا الْأَرْضَ وَعَمَرُوهَا أَكْثَرَ مِمَّا عَمَرُوهَا»
« N’ont-ils pas parcouru la Terre pour voir ce qu’il est advenu de ceux qui ont vécu avant eux ? Ceux-là les surpassaient en puissance et avaient labouré et peuplé la Terre bien plus qu’ils ne l’ont fait eux-mêmes… » (Al-Rum, 30 :9)
Ce verset exprime un point fondamental : le progrès matériel, la puissance militaire, le développement urbain et la possession d’une civilisation splendide ne garantissent pas à eux seuls la survie d’une société. De nombreuses civilisations ont atteint des sommets en architecture, en agriculture, en industrie ou en puissance politique, avant de s’effondrer en raison de la corruption morale, de l’injustice sociale et de la rébellion contre la vérité. La persistance de leurs monuments aux côtés de la disparition de leur pouvoir livre un message limpide : les bâtiments peuvent subsister des siècles durant, mais une autorité dissociée de la justice ne saurait perdurer.
Le peuple des ‘Ad s’est enorgueilli de sa force physique et de ses structures grandioses ; le peuple des Thamūd a sculpté les montagnes pour en faire des habitations solides ; Pharaon possédait la royauté, les armées et l’autorité politique ; et le peuple de Saba’ jouissait d’une terre fertile et de bienfaits abondants. Pourtant, lorsque la puissance s’est alliée à l’arrogance, les bienfaits à l’ingratitude, et le progrès à la corruption, leurs ressources ne les ont pas sauvés de l’effondrement.
L’histoire du peuple de Saba’ constitue une illustration éloquente de cette vérité. Le Coran évoque une terre fertile, des jardins luxuriants et une subsistance abondante, avant de poser la condition nécessaire au maintien de tels bienfaits :
«كُلُوا مِنْ رِزْقِ رَبِّكُمْ وَاشْكُرُوا لَهُ بَلْدَةٌ طَيِّبَةٌ وَرَبٌّ غَفُورٌ»
« Mangez de ce que votre Seigneur vous a attribué, et soyez Lui reconnaissants : une bonne contrée et un Seigneur Pardonneur. » (Saba’, 34 :15)
Mais lorsqu’ils se sont détournés, cet ordre prospère a lui aussi été détruit. Le message de ce récit est que la sécurité, la prospérité et le bien-être ne découlent pas uniquement des ressources naturelles et des compétences techniques ; ils dépendent également de la manière dont les bienfaits sont utilisés et de la conduite morale et sociale d’une communauté.
Le Coran invite même les êtres humains à contempler des édifices silencieux et des ruines persistantes pour en écouter le message tacite :
«فَكَأَيِّنْ مِنْ قَرْيَةٍ أَهْلَكْنَاهَا وَهِيَ ظَالِمَةٌ فَهِيَ خَاوِيَةٌ عَلَى عُرُوشِهَا وَبِئْرٍ مُعَطَّلَةٍ وَقَصْرٍ مَشِيدٍ»
« Que de cités, donc, avons-Nous fait périr, parce qu’elles commettaient des tyrannies. Elles sont réduites à des toits écroulés ! Que de puits désertés ! Que de palais édifiés (et désertés aussi) ! » (Al-Ḥajj : 45)
Le « puits désertés » et le « palais édifiés » forment deux images pleines de sens : l’une représente la vie publique et l’approvisionnement en eau du peuple, tandis que l’autre symbolise la puissance et la splendeur des dirigeants. Lorsqu’un ordre social s’effondre, à la fois les sources de vie du peuple sont laissées à l’abandon et les palais des puissants se vident.
Ainsi, le tourisme historique dans le Coran ne se résume pas à une simple visite des vestiges du passé ; il s’agit d’un effort pour éveiller la conscience historique et mesurer le présent au regard du destin d’hier. L’observation des monuments historiques prend toute sa valeur lorsqu’elle éveille la conscience historique de l’être humain. Le pèlerin du savoir, se tenant aux côtés d’un palais en ruines, ne s’interroge pas seulement sur la date de sa construction, son architecture ou ses anciens habitants ; il médite également : qu’est-ce qui a causé la chute de cette puissance ? Comment les gens de cette terre ont-ils perdu leurs bienfaits ? Les signes d’une telle déviance sont-ils visibles dans notre société aujourd’hui ?
La terre est une mémoire intègre : elle préserve la gloire des nations, l’oppression des dirigeants, la souffrance des démunis et le destin des civilisations. Quiconque comprend le langage de cette mémoire utilise le passé pour bâtir l’avenir. De cette manière, le tourisme historique, dans la perspective coranique, n’est pas un arrêt figé dans le passé, mais un chemin menant à la réforme du présent et à la prévention des erreurs futures.
Apprendre du passé, préparer l’avenir
C’est à travers cette perspective historique que la relation entre le voyage et l’avenir devient évidente. Le voyage coranique ne se résume pas à contempler des ruines ou à écouter des récits d’époques révolues ; il s’agit de lire les destins des nations passées afin de réformer le présent et de bâtir l’avenir. Le commandement :
«فَاعْتَبِرُوا یَا أُولِی الْأَبْصَارِ»
« Tirez-en une leçon, ô vous êtes doués de clairvoyance. » (Al-Hashr, 59 :2)
invite les êtres humains à dépasser l’observation passive pour s’engager dans une réflexion active : étudier le passé, reconnaître les dangers du présent et éviter la répétition des mêmes erreurs à l’avenir.
Les expériences des nations passées permettent aux hommes de reconnaître, au sein de leur propre époque, les prémisses de l’oppression, de la corruption, de l’extravagance et de l’effondrement. L’histoire est un laboratoire où l’on peut observer clairement des schémas récurrents : l’arrogance et la quête de suprématie ; l’hédonisme et le luxe excessif ; le rejet de la vérité ; l’injustice et la décadence morale ; et, en fin de compte, une chute qui érode progressivement la société de l’intérieur, à la manière d’une maladie chronique. En relatant les histoires des peuples des ‘Ad, des Thamūd, de Pharaon, de Qarun et de Saba’, le Coran place ces signaux d’alarme sous les yeux de l’humanité afin que chacun évite de s’engager sur la même voie. Un pèlerin du savoir doté de clairvoyance ne voit pas dans les ruines de simples pierres et poussières ; il y discerne au contraire un miroir reflétant ce que son propre avenir pourrait devenir.
En ce sens, le voyage historique est une forme d’éducation qui contribue à prévenir les crises futures. Se préparer à l’avenir ne relève ni de la prédiction ni de la divination ; c’est une forme d’immunisation spirituelle et sociale par l’apprentissage du passé. Un individu ou une société qui s’instruit de l’histoire décèle le danger plus tôt, amorce la réforme avant que l’effondrement ne survienne et cherche un remède avant que l’extravagance et la corruption n’en aient rongé les fondements. Le voyage inspiré par la foi constitue ainsi un pont entre le passé et l’avenir. Il lit le passé pour bâtir l’avenir et parcourt la terre pour éviter la répétition amère de l’histoire. Le pèlerin du savoir rentre de voyage non seulement avec des souvenirs et des images, mais doté d’une clairvoyance, d’un sens de l’avertissement et d’une aptitude accrue à bâtir un lendemain meilleur.
Conclusion : le retour du pèlerin éveillé
Dans la logique du Coran, la valeur d’un voyage ne se mesure pas seulement à la distance parcourue, aux villes visitées ou aux photographies prises. Sa véritable valeur réside dans la transformation qu’il opère dans l’esprit, le cœur et la conduite du voyageur. Une personne peut visiter de nombreuses terres et rentrer inchangée, tandis qu’une autre peut revenir d’un bref voyage avec une compréhension plus profonde et un regard renouvelé sur la vie.
Le pèlerin du savoir revient avec une foi approfondie, ayant été témoin des signes de la science, de la puissance et de la sagesse de Dieu dans l’ordre de la nature, la diversité de la création et les merveilles de la terre. Un tel voyageur ne considère pas la nature comme un simple ensemble de beaux paysages, mais comme un livre empli de signes divins. Un voyage de cette nature renforce la conscience de la présence de Dieu dans la vie et ravive l’esprit de gratitude.
Le voyageur revient également doté d’un intellect plus mûr. Le voyage arrache l’individu aux frontières de la familiarité et le met en contact avec différents modes de vie, cultures, nations et expériences historiques. À la lumière de l’enseignement coranique selon lequel le voyage à travers la terre doit éveiller la compréhension au fond du cœur, le pèlerin de la foi apprend à transformer ce qu’il a vu en analyse, en comparaison et en discernement, plutôt que de se contenter d’allonger la liste des lieux qu’il a visités.
Le voyage coranique doit par conséquent affiner la capacité d’analyser, de comparer et de distinguer. En observant les vestiges des civilisations passées, le voyageur comprend que la puissance, la richesse et la prospérité ne sauraient perdurer sans la justice et l’intégrité morale. Une société affligée par l’oppression, la corruption et l’ingratitude peut amorcer sa descente vers le déclin en dépit de tous ses avantages extérieurs.
Le véritable voyageur revient aussi avec une perspective plus large. Le voyage peut affaiblir les préjugés et les jugements hâtifs. Au fil des rencontres avec d’autres peuples et cultures, l’individu prend conscience que la vérité de la vie ne se confine pas à sa propre expérience limitée et qu’il y a beaucoup à apprendre des vertus, des savoirs et des vécus d’autrui. Dans la perspective coranique, les différences de langue, de couleur et de culture ne constituent pas des motifs de conflit ou de revendication de supériorité ; elles offrent au contraire une opportunité de compréhension mutuelle :
وَجَعَلْنَاكُمْ شُعُوبًا وَقَبَائِلَ لِتَعَارَفُوا
« et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entreconnaissiez.» (Al-Hujarat, 49 :13)
Plus important encore, le pèlerin du savoir coranique revient habité par un plus grand sens des responsabilités. Contempler la beauté de la nature renforce son devoir de protéger l’environnement. Observer les ruines des civilisations déchues le rend plus sensible à l’injustice et à la corruption. Se familiariser avec la vie d’autres peuples consolide son obligation de respecter la dignité humaine.
Si le voyage se borne à enrichir le stock d’informations d’une personne, il n’a pas encore atteint son objectif ultime. Il doit également influencer la manière dont le voyageur vit, consomme, traite autrui et s’intègre dans la société.
Le véritable voyageur n’est donc pas simplement celui qui revient avec une valise pleine de souvenirs et un téléphone rempli de photos. C’est la personne qui rentre avec un cœur plus éveillé, un esprit plus clair, une âme plus humble et une détermination plus ferme à se réformer elle-même et à réformer la société. Dans le tourisme coranique, la destination finale n’est pas seulement une ville, un monument historique ou un paysage naturel ; la véritable destination est la connaissance, la réflexion et la responsabilité.
Un voyage authentique est celui par lequel, après avoir vu le monde, l’être humain en vient à se connaître plus profondément lui-même ; après avoir observé les vestiges de grandes puissances, il n’est plus dupé par le pouvoir ; après avoir été témoin de bienfaits abondants, il devient plus reconnaissant ; et après être rentré chez lui, il n’est plus la même personne que celle qui était partie. Un tel voyage élève l’être humain de l’observation à la réflexion, de la réflexion à l’apprentissage, et de l’apprentissage à la responsabilité.
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